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	<title>commentaires.com &#187; soci&eacute;t&eacute;</title>
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	<description>e-magazine contre le néo-conformisme</description>
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		<title>Réformite, quand tu nous tiens !</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 16:32:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[société]]></category>

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		<description><![CDATA[Trois députés zurichois, sous l’impulsion du vert libéral Christoph Ziegler, demandent dans un postulat que les élèves les plus faibles soient exemptés du français lors des deux dernières années de scolarité obligatoire. En fait, voilà la mise en œuvre de l’utopie du pragmatisme étroit: il faut aller à l’essentiel, et l’essentiel, croit-on, est ce qui sert immédiatement.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #800000;">JEAN ROMAIN</span></h3>
<p><strong></strong>Trois députés zurichois, sous l’impulsion du vert libéral Christoph Ziegler, demandent dans un postulat que les élèves les plus faibles soient exemptés du français lors des deux dernières années de scolarité obligatoire. Ce serait mieux pour eux s’ils se concentraient sur l’allemand, et cela ne toucherait que 10 pour cent des élèves.<br />
Et voilà une fois encore la guerre des langues qui se réveille, et une fois de plus depuis Zurich. On y agite le pragmatisme : ils ne peuvent pas apprendre correctement donc il faut supprimer cet obstacle sur le chemin glorieux de sa majesté l’élève vers le succès. On connaît la scie pour l’avoir entendue si souvent dans les régions lémaniques, à Genève et Vaud en particulier. Rien d’autre que l’habituelle capitulation devant la difficulté. Le bâillement nous saisirait s’il nous avait quittés.<br />
Mais il y a pis que cette ritournelle obsessionnelle, il y a pour un pays comme le nôtre un recul de la culture commune. Rapprocher «culture» et «commune» relève de la tautologie pour beaucoup de professeurs, puisqu’ils accordent à ce mot le sens que lui donne la tradition humaniste («ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement»). En revanche, les concepteurs des multiples réformes, les chevaliers de la soustraction en matière de contenus de programme, ceux qui disent qu’à l’école il y a trop d’école, ceux-là même qui ont brisé l’enseignement, pensent que la culture transmise par les professeurs est toujours celle d’un groupe restreint, d’une fraction de la population. Après 68, rappelez-vous, il s’agissait des fameux «héritiers de la bourgeoisie» que l’école reproduisait. Ici: d’une minorité linguistique; le français pour Zurich c’est la culture d’une minorité.<br />
En fait, voilà la mise en œuvre de l’utopie du pragmatisme étroit: il faut aller à l’essentiel, et l’essentiel, croit-on, est ce qui sert immédiatement. Le rôle d’une langue est surtout de communiquer, affirme-t-on. Les tâches immédiates face à la destruction sociale, familiale, d’une jeunesse qu’on confie à l’école obligatoire parce qu’on ne sait plus qu’en faire, sont celles de la courte utilité. Or l’école transmet autre chose et bien plus qu’un kit de survie. Elle transmet des connaissances et l’ouverture à la culture communeL&#8217;école obligatoire, métamorphosée depuis 30 ans en terrain d&#8217;expérimentations hasardeuses pour chercheurs en « sciences » de l&#8217;éducation, a trouvé aujourd’hui un nouvel ami politique chez les élus Vert-Libéraux zurichois. Mais quelle vision de l’école défend-on au juste ? Quelle vision de l’élève ? Veut-on une école des maigres recettes utilitaires ou veut-on une école de la culture ? Veut-on une école des compétences  ou une école des connaissances solides ? S’agit-il d’occuper l’élève ou de le former ? De lui assurer des activités ou de l’habituer à des exercices ? Hé bien, contre une pédagogie du chatouillement, je revendique une pédagogie de l&#8217;émancipation.</p>
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		<title>Mariage, homosexualité: l&#8217;Eglise est-elle allée trop loin ?</title>
		<link>http://www.commentaires.com/societe/mariage-homosexualite-leglise-est-elle-allee-trop-loin/</link>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 08:33:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[société]]></category>

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		<description><![CDATA[Qu'est-ce qu'une Eglise sans fondamentaux ? «La vie en Christ n'est pas à bien plaire, et l'éthique spécifique de l'Eglise n'a pas à s'adapter à l'éthique majoritaire de la société. Elle est liée à l'Evangile, à la vie et à la prédication du Christ,» écrivent les pasteurs Fuchs et Glardon, qui préconisent un retour à l'essentiel. Ils posent un diagnostic radical sur les abandons de l'Eglise à l'égard du mariage, une institution dont le naufrage menace la vie en société.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #800000;">PHILIPPE BARRAUD</span></h3>
<p><span style="font-size: medium;">Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une Eglise sans fondamentaux ? «La vie en Christ n&#8217;est pas à bien plaire, et l&#8217;éthique spécifique de l&#8217;Eglise n&#8217;a pas à s&#8217;adapter à l&#8217;éthique majoritaire de la société. Elle est liée à l&#8217;Evangile, à la vie et à la prédication du Christ,» écrivent les pasteurs Fuchs et Glardon, qui préconisent un retour à l&#8217;essentiel. Ils posent un diagnostic radical sur les abandons de l&#8217;Eglise à l&#8217;égard du mariage, une institution dont le naufrage menace la vie en société.</span><span style="font-size: medium;"><br />
Les politiciens disent volontiers que la famille est la cellule de base de la société. Ils n&#8217;ont pas tort, comme on le voit aujourd&#8217;hui <em>a contrario</em>: les jeunes grandissent dans un univers de moins en moins normatif, autrement dit, dans une absence de règles, de balises et de limites qui, loin de les «libérer», les empêchent de se structurer, et donc de devenir des adultes complets.<br />
Si tant de jeunes et de jeunes adultes demeurent immatures, centrés sur eux-mêmes et insensibles aux besoins des autres, c&#8217;est bien parce qu&#8217;ils ont grandi sans repères, ces indispensables repères que devraient donner, en tout premier lieu, le cercle familial, mais aussi l&#8217;école, les Eglises, la société toute entière même, lorsque des adultes osent rappeler à l&#8217;ordre des gamins qui font de grosses bêtises. Faut-il rappeler que pour se construire, un enfant a besoin d&#8217;apprendre à gérer ses frustrations, et donc d&#8217;être confronté à des limites? L&#8217;absence de limites ne conduit pas à la liberté, mais à l&#8217;exclusion et à la violence.</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><em><strong>Un mariage sans engagement</strong></em></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Pour Eric Fuchs et Pierre Glardon*, c&#8217;est dans le domaine du mariage que l&#8217;Eglise affronte la contestation la plus rude de son enseignement moral. Or on voit qu&#8217;elle a davantage tendance à se défausser, à s&#8217;<em>adapter</em> dans le mauvais sens du terme, c&#8217;est-à-dire dans le sens de la facilité et de l&#8217;abandon de ses valeurs fondamentales. Voir à ce propos notre article<a href="../../../../../societe/se-marier-a-leglise-mais-sans-leglise"><em> Se marier à l&#8217;église, mais sans l&#8217;Eglise !</em></a><br />
L&#8217;engagement conjugal a perdu de sa gravité: l&#8217;épanouissement individuel, même dans le cadre du mariage, est devenu une exigence centrale. Pourtant, elle contient en elle-même les germes de la rupture, puisque si ce but n&#8217;est pas atteint, le divorce acquiert une sorte de légitimité naturelle. A défaut d&#8217;aller jusque là, parce qu&#8217;un divorce est un traumatisme majeur, l&#8217;infidélité apparaît comme une solution acceptable, puisqu&#8217;elle vise justement à réaliser cet indispensable épanouissement personnel.</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><em><strong>55% de divorces</strong></em></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">On est évidemment loin de l&#8217;engagement social et familial du mariage traditionnel, loin aussi de l&#8217;enseignement biblique qui consacre le caractère sacré du mariage: «Que l&#8217;homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni.» «Pour les chrétiens, écrivent Fuchs et Glardon, le mariage n&#8217;est pas qu&#8217;un contrat engageant les partenaires aussi longtemps qu&#8217;ils le désirent, un tiers – Dieu – est témoin et engagé dans cette forme d&#8217;alliance que constitue le couple.»<br />
En Suisse, 55% des mariages finissent par un divorce. Ce chiffre interpelle directement les Eglises. S&#8217;inspirant de la radicalité du Christ lui-même, pour qui il n&#8217;y a point de ruptures conjugales qui seraient permises et d&#8217;autres pas (il n&#8217;y en a point, c&#8217;est tout), les auteurs proposent trois mesures radicales elles-aussi: </span></p>
<ul>
<li><span style="font-size: medium;">Renoncer à marier un couple dont les conjoints ne sont pas disposés à entrer dans une réflexion partagée sur le sens de la vie à deux, sur les plans psychoaffectifs et spirituel, et sur leur engagement chrétien. Ceci impliquerait que l&#8217;Eglise rappelle de manière forte ce que représente l&#8217;engagement du mariage.</span></li>
<li><span style="font-size: medium;">Envisager de refuser de célébrer un second mariage à l&#8217;église après divorce; on ne pourrait donc se marier à l&#8217;Eglise qu&#8217;une fois et une seule dans sa vie, par fidélité à l&#8217;enseignement de Jésus, «manière de marquer l&#8217;étendue et la gravité de l&#8217;engagement pris devant les hommes et devant Dieu.» Ceci n&#8217;interdirait évidemment pas un remariage civil, ni la participation à la vie de la communauté chrétienne.</span></li>
<li><span style="font-size: medium;">Différencier éventuellement les cérémonies proposées, en fonction de l&#8217;engagement spirituel des conjoints, pour ne pas les exposer à la réalité d&#8217;un parjure.</span></li>
</ul>
<p><span style="font-size: medium;">Pour les pasteurs Fuchs et Glardon, ces propositions méritent mieux qu&#8217;un haussement d&#8217;épaules, «tant l&#8217;approche réformée, souvent trop laxiste, contribue à la déconsidération de l&#8217;Eglise, et tant la situation des catholiques divorcés privés du sacrement eucharistique (s&#8217;ils recréent un couple) est dramatiquement absurde et anti-évangélique.»</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><em><strong>Homosexualité: ministère problématique</strong></em></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Dans un long chapitre consacré à l&#8217;homosexualité, bien document et nuancé, les auteurs reconnaissent comme légitime le souci des homosexuels de revendiquer le respect pour ce qu&#8217;ils sont. Et de rappeler que devant Dieu, l&#8217;homosexuel n&#8217;est pas défini par son homosexualité, mais par sa foi. Baptisé, il appartient de plein droit à la communauté chrétienne, les différences ne sont pas abolies, mais elles ne sont pas prioritaires. Les pasteurs Fuchs et Glardon sont en revanche plus réticents lorsqu&#8217;on passe à des revendications de toute autre nature, comme le droit à l&#8217;adoption et à la procréation, ou encore au ministère.<br />
Les Protestants à cet égard sont plutôt libéraux au Nord, et restrictifs au Sud. «On admettra, écrivent-ils, que l&#8217;éventuelle vie publique d&#8217;un couple homosexuel logeant dans une cure (avec ou sans enfants) remet en question une anthropologie biblique judéo-chrétienne, selon laquelle le couple créé par Dieu est différencié (composé d&#8217;un homme et d&#8217;une femme).»</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><em><strong>Pour un retour aux sources</strong></em></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">L&#8217;ouvrage des pasteurs Eric Fuchs et Pierre Glardon a ceci de salutaire qu&#8217;il dirige le projecteur sur des fondamentaux que l&#8217;Eglise a progressivement négligés – et qu&#8217;est-ce qu&#8217;une Eglise sans fondamentaux, ceci valant aussi bien pour les Protestants que pour les Catholiques? «La vie en Christ n&#8217;est pas à bien plaire, et l&#8217;éthique spécifique de l&#8217;Eglise n&#8217;a pas à s&#8217;adapter à l&#8217;éthique majoritaire de la société. Elle est liée à l&#8217;Evangile, à la vie et à la prédication du Christ.» Cette phrase est fondamentale, elle est ce qu&#8217;il faut opposer aux soi-disant modernistes qui voudraient précisément que l&#8217;Eglise <em>s&#8217;adapte</em> à l&#8217;air du temps, que Rome se donne un Pape <em>cool</em> qui bazarderait deux mille ans d&#8217;héritage trop lourd&#8230;<br />
Parce que les besoins spirituels sont partout, même dans nos sociétés prospères, les Eglises devraient renoncer à cantonner leurs actions au seul terrain caritatif: «Elles devront oser des positionnements incluant la mise en question de l&#8217;oppresseur, quel qu&#8217;il soit. Il est des pauvretés autres que financières, des morts autres que physiques, des inconsciences autres que spirituelles, face auxquelles la Communauté chrétienne doit réapprendre à assumer pleinement – au sein du peuple – sa responsabilité prophétique et éthique, pour le bien de tous.»</span></p>
<p><span style="font-size: medium;">* <em>Turbulences.</em> Editions Ouverture, 2011. </span></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Les Réformés doivent relever la tête</title>
		<link>http://www.commentaires.com/societe/les-reformes-doivent-relever-la-tete/</link>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 10:07:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[société]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans un monde en perte de repères, les Réformés ont quelque chose à dire. Encore faut-il qu'ils retrouvent la fierté de s'affirmer, et de ne pas céder sur l'essentiel: tout n'est pas égal à tout. Tel est le message des pasteurs Eric Fuchs et Pierre Glardon, dans un formidable livre de combat.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size: medium;"><strong><span style="color: #800000;">PHILIPPE BARRAUD</span></strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Dans un monde en perte de repères, les Réformés ont quelque chose à dire. Encore faut-il qu&#8217;ils retrouvent la fierté de s&#8217;affirmer, et de ne pas céder sur l&#8217;essentiel: tout n&#8217;est pas égal à tout. Tel est le message des pasteurs Eric Fuchs et Pierre Glardon, dans un formidable livre de combat*.<br />
Savez-vous ce qu&#8217;est l&#8217;acédie ? Cette disposition se caractérise par la paresse spirituelle, le renoncement à un minimum d&#8217;ascèse, le refus de l&#8217;effort inscrit dans la durée, le consentement irréfléchi à l&#8217;activisme, l&#8217;éternel désir d&#8217;un ailleurs. L&#8217;acédie, c&#8217;est un mal qui ronge clairement l&#8217;Eglise réformée.<br />
Comme celle-ci serait utile, pourtant, en ces temps d&#8217;acédie généralisée, pour apporter aux femmes et aux hommes de ce temps les réponses spirituelles qui leur font tant défaut – à leur insu souvent, d&#8217;ailleurs !<br />
Le constat posé par les pasteurs et professeurs Eric Fuchs et Pierre Glardon, dans leur livre est impitoyable. Impitoyable, mais hélas juste. Voici quelques jalons posés par les deux auteurs.<br />
L&#8217;Eglise réformée se demande désespérément pourquoi son message paraît de plus en plus récusé, pourquoi elle peine à ce point à séduire et à rassembler, pourquoi tant de fidèles ont déserté. Mais elle cherche les réponses ailleurs que là où il le faudrait, de peur peut-être de devoir se poser les vraies questions; bref, elle tourne autour du pot, et cherche des solutions auprès de spécialistes de la gestion RH ou de la communication, de juristes, de sondeurs d&#8217;opinion. Et les auteurs d&#8217;ironiser: «Puisqu&#8217;une église est un fournisseur de prestations, que peut-on faire pour améliorer le produit et, si l&#8217;on ose dire, sa «commercialisation»? Cette approche ne peut apporter aucune solution durable et sera, quoi que l&#8217;on pense, vouée à l&#8217;échec tant que l&#8217;on ne prendra pas la peine de s&#8217;interroger spirituellement.»</span></p>
<p><em><strong><span style="font-size: medium;">Le déni et le deuil</span></strong></em></p>
<p><span style="font-size: medium;">Pour Fuchs et Glardon, nos Eglises souffrent non seulement d&#8217;acédie, mais encore de déni et de deuil. Qu&#8217;entendent-ils par là? Le déni, c&#8217;est le refus de se confronter à une réalité pénible: «Nous pensons que (&#8230;) nos Eglises sont dans le déni lorsqu&#8217;elles refusent de prendre acte de la pauvreté, voire de l&#8217;insuffisance, d&#8217;un certain nombre de leurs prestations, dans les domaines prédicatifs, catéchétiques, formatifs, liturgiques, etc&#8230;»<br />
C&#8217;est que les communautés et les pasteurs se dispersent et s&#8217;égarent dans des «activités» innombrables, jonglent avec l&#8217;agenda, délaissent la prière pour les plannings et les rapports&#8230; Surchargés et dépassés par la tâche, ils n&#8217;ont plus le temps de se nourrir spirituellement, de se remettre en question et d&#8217;évoluer.<br />
Le deuil dont parlent les auteurs, et auquel sont confrontés les Protestants, c&#8217;est celui d&#8217;un passé réformé structuré, dont l&#8217;influence s&#8217;est aujourd&#8217;hui effondrée; c&#8217;est aussi le deuil d&#8217;une certaine crédibilité, qui débouche parfois sur une mésestime de soi; c&#8217;est enfin la perte d&#8217;une vie communautaire engageante, face à un avenir incertain.</span></p>
<p><em><strong> <span style="font-size: medium;">A quoi sert une théologie post-libérale et agnostique ?</span></strong></em></p>
<p><span style="font-size: medium;">Les pasteurs Fuchs et Glardon sont particulièrement sévères à l&#8217;égard de la décision du professeur Pierre Gisel de couper la Faculté de théologie de l&#8217;Université de Lausanne de ses racines chrétiennes – en quoi on est libre de voir une authentique trahison des clercs. En effet, depuis 2010, elle «n&#8217;est plus une Faculté organisée en fonction du christianisme». C&#8217;est une énormité, mais qui ne suscita guère de réactions dans la société vaudoise et au ministère des cultes – un accès d&#8217;acédie, sans doute&#8230; Analysant la démarche du doyen Gisel, le pasteur Shafique Keshafjee (cité par les auteurs), remarquait que la théologie de Gisel, «à la suite de Platon, est devenue philosophique et ne se veut plus chrétienne.» Or, une telle démarche ne peut que générer une perte d&#8217;identité, analysait-il: Si une théologie post-libérale et agnostique devait «sans autre être reproduite dans une Eglise (&#8230;), la perte de l&#8217;identité chrétienne de cette Eglise n&#8217;en serait qu&#8217;accélérée.»<br />
Une des conséquences de la «déchristianisation» de la Faculté de théologie est une formation insuffisante des pasteurs, dont les diplômes pourraient n&#8217;être plus reconnus dans d&#8217;autres cantons. Et là, Fuchs et Glardon tirent le signal d&#8217;alarme, surtout lorsque une faculté accueille des gens qui visent à détruire l&#8217;institution: «Face à ce que nous considérons comme des dérives par rapport à la foi et à la théologie réformée, nous réagissons comme Luther, invoquons la clause de conscience: <em>«Non possumus».</em>Dans ce sens, si la Faculté – ou tel enseignant de la faculté – n&#8217;est plus en état d&#8217;apporter ni aide, ni exemple, ni lumières à un ministre en ces domaines, l&#8217;Eglise se doit d&#8217;autant plus de prendre le relais que la formation professionnelle de douze mois qu&#8217;elle dispense ne pèse pas lourd face aux cinq à six années passés sur les bancs de l&#8217;Académie.»</span></p>
<p><em><strong><span style="font-size: medium;">Oser s&#8217;affirmer, car tout n&#8217;est pas égal à tout</span></strong></em></p>
<p><span style="font-size: medium;">Pour Fuchs et Glardon, l&#8217;avenir des Réformés est dans un retour aux sources, aux valeurs spirituelles, à l&#8217;Evangile, et à l&#8217;affirmation de soi. «Après des années de silence et de tolérance molle, le temps est venu pour les réformés de s&#8217;interroger sur ce qu&#8217;ils défendent et ce dont ils se distancent désormais, sur les conférenciers qu&#8217;ils invitent, et sur ceux au services desquels il n&#8217;est plus nécessairement pertinent de recourir régulièrement pour contribuer à l&#8217;édification du peuple de l&#8217;Eglise. Sur les fondements qu&#8217;ils entendent se donner et ceux qu&#8217;ils récusent désormais. Le postmodernisme implique aussi – soyons cohérents – dans un monde à ce point multiculturel et multireligieux, la volonté, le droit et la capacité de s&#8217;affirmer face à d&#8217;autres, voire les contester si besoin est.»<br />
Ce besoin d&#8217;affirmation de soi, qui n&#8217;est jamais que la manifestation courageuse d&#8217;une Foi, doit aussi se traduire dans les rapports à l&#8217;Autre, et aux autres religions. Les pasteurs Fuchs et Glardon osent le dire, et on les en remercie: «Le christianisme réformé de demain, s&#8217;il veut perdurer, ne peut ainsi que redevenir plus apologétique et plus polémique qu&#8217;il ne l&#8217;est aujourd&#8217;hui. Il est des compréhensions de la théologie, du pluralisme, du multitudinisme, de la déontologie et de l&#8217;éthique, voire de l&#8217;oeucuménisme, et du dialogue interreligieux auxquels il convient désormais de s&#8217;opposer en toute charité: tout n&#8217;est pas égal à tout.»<br />
Les réformés, porteurs d&#8217;un message «spécifique et irremplaçable», selon André Gounelle, doivent absolument «retrouver une réelle fierté à le communiquer dans un monde en totale perte de repères. Ils peuvent parfaitement le faire, non de manière déguisée (en évoquant des «valeurs chrétiennes à portée universelle»), mais bien comme disciples de Jésus de Nazareth (reconnu comme Christ), et comme membres d&#8217;Eglises qui se savent responsables de partager – à temps et parfois à contretemps – une Parole interpellante de remise en cause et de libération face à toutes les idoles et à tous les asservissements du temps. Paroles débouchant immanquablement sur une éthique.»</span></p>
<p><span style="font-size: medium;"><em><strong>Une immense soif de repères</strong></em></span></p>
<p><span style="font-size: medium;">Cette affirmation d&#8217;un «message spécifique et irremplaçable» est fondamentale en effet, puisque, comme le soulignent les pasteurs Fuchs et Glardon, notre société souffre d&#8217;une dramatique pertes de repères. Nous sommes dans une société «hyperpermissive, dont les modèles structurants (véhiculés par la télévision, les affiches et les magazines) ne sont plus de patriarches bibliques, des héros grecs ou des saint(e)s, mais des <em>people</em>, des <em>traders</em>, des actrices et acteurs de cinéma, des animateurs TV, des footballeurs, idoles d&#8217;un moment.»</span><br />
<span style="font-size: medium;"> L&#8217;absence de repères n&#8217;est pas une libération, car l&#8217;individu sans repères et sans valeurs est mûr pour toutes les manipulations. Beaucoup de nos contemporains souffrent profondément de cette perte de repères, preuve en soi l&#8217;engouement dont jouissent les mouvements évangéliques, qui précisément proposent des repères – ou le choix du Général Guisan comme Romand du XXe siècle.</span><br />
<span style="font-size: medium;"> C&#8217;est à cette soif de sens et de valeurs que les Eglises réformées doivent répondre. Certes, elles se préoccupent beaucoup de la faim dans le monde, et multiplient les oeuvres caritatives; mais la faim de spiritualité de nos concitoyens est au moins aussi dramatique que la pénurie alimentaire en Afrique, et demande des réponses fortes, qui hélas ne viennent pas.</span></p>
<p><span style="font-size: medium;">* Editions Ouverture, 2011.</span></p>
<p style="text-align: center;"> <span style="font-size: medium;"><em>Prochain article: Mariage, homosexualité&#8230; L&#8217;Eglise a-t-elle trop concédé ?</em></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Bien-pensance et respect</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Jan 2012 15:17:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Stéphane Hessel, homme estimable, dans son mince opuscule Indignez-vous ! soutient les désobéisseurs. Il les soutient pour la simple raison que, selon lui, toute résistance est bonne; parce que notre société valorise par-dessus tout l’opposition, elle considère qu’il y a deux types humains: soit le rebelle indigné et donc résistant, soit le fasciste.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #800000;">JEAN ROMAIN</span></h3>
<p align="JUSTIFY">Stéphane Hessel,<strong> </strong>homme estimable, dans son mince opuscule <em>Indignez-vous ! </em>soutient les désobéisseurs. Il les soutient pour la simple raison que, selon lui, toute résistance est bonne; parce que notre société valorise par-dessus tout l’opposition, elle considère qu’il y a deux types humains: soit le rebelle indigné et donc résistant, soit le fasciste. C’est dans ce sillage simpliste que s’inscrit le libelle de M. Hessel. Et nous venons de franchir un pas de plus vers notre invariante la plus robuste depuis les années 1970: le recul des limites, le refus d’interdire, l’affirmation que tout est permis, l’identification de la norme avec la subjectivité. Ce reflux des limites a fait disparaître, au fil des années, les grandes règles collectives et il les a cantonnées au rôle d’empêcheuses de s’éclater ou d’aller camper librement dans nos parcs publics.<br />
Mai 68 a été le cristallisant de cette idéologie anti-normative de renversement des valeurs. Pour comprendre ce phénomène, il est essentiel de garder à l’esprit que ceux qui ont fait la révolution de mai étaient les enfants de ceux qui avaient 20 ans en 1940. Autrement dit, les enfants de la défaite de 40, porteurs de cette conviction que les valeurs de leurs pères n’étaient pas les meilleures puisqu’elles avaient échoué. Ils ont donc totalement remis en cause l’héritage collectif et, avec lui, les normes collectives.<br />
Ils ne pouvaient pas prévoir que la destruction des interdits collectifs allait laisser, vingt ans plus tard, place à l’interdit individuel: puisque les limites sociales l’une après l’autre avaient été franchies et piétinées, puisque tout était autorisé, on érigea des limites individuelles pour réinventer des règles, des interdits; la bien-pensance n’est qu’une sur-détermination personnelle à l’autocensure. Articulée sur cette obsession contemporaine qui croit que chacun porte en lui un génie créatif, la pensée anti-normative a muselé sans le vouloir la liberté d’expression, la réduisant à certains poncifs compassionnels sur lesquels revenir équivaut à du fascisme. Et c’est là que le débat blesse: sous couleur de pseudo-liberté, l’individu désaffilié, ne trouvant de justification qu’en lui-même, s’est rabattu sur une revendication tous azimuts de «respect». Or le respect dont il est question ici n’a rien à voir avec le fruit d’un quelconque mérite; le respect est un dû quoi qu’on fasse; et c’est un manque de «respect» si un club de sport n’accepte pas les revendications pécuniaires d’un joueur ou si le professeur met à un élève une mauvaise note assortie d’une remarque négative.<br />
La bien-pensance, cette censure mentale, ne laisse plus qu’une alternative: tout le monde est formidable et quoi qu’il fasse il a raison; le contredire c’est lui manquer de respect puisqu’il ne ment jamais mais se laisse gagner malgré lui par des «contre-vérités»!</p>
<p align="JUSTIFY">
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		<title>Guy, la mémoire, la survivante</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Jan 2012 12:54:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’ignore s’il convient de lire dans toutes les classes de France, comme le demande M. Sarkozy, l’ultime lettre de Guy Môquet à ses parents. Mais je suis sûr d’une chose : ce texte est bouleversant. Voilà un garçon de 17 ans, militant communiste du groupe des otages de Châteaubriant, qui s’en va au peloton d’exécution, le 22 octobre 1941, en réconfortant sa famille. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #800000;">PASCAL DECAILLET</span></h3>
<p><span style="font-size: medium;"><span style="font-family: Arial;">J’ignore s’il convient de lire dans toutes les classes de France, comme le demande M. Sarkozy, l’ultime lettre de Guy Môquet à ses parents. Mais je suis sûr d’une chose : ce texte est bouleversant. Voilà un garçon de 17 ans, militant communiste du groupe des otages de Châteaubriant, qui s’en va au peloton d’exécution, le 22 octobre 1941, en réconfortant sa famille.<br />
Ce texte, sur l’admirable chaîne «Toute l’Histoire», je viens de l’entendre une nouvelle fois, à l’instant, dans une émission consacrée aux premiers temps de la Résistance française. Il y eut, comme on sait, beaucoup de résistants fin 1944, pas mal déjà en 1943, beaucoup moins en 1942, si peu en 1941. Très jeunes, souvent communistes, ils aimaient leur pays. Ils en ont payé le prix, très fort.<br />
L’émission que je viens de voir nous montre une ancienne otage de Châteaubriant, survivante. Elle retourne sur le mémorial des exécutions, soixante ans après. Tous les trois mètres, un poteau. Avec une photo. Elle passe en revue ces camarades de détention qu’elle a tous connus, Certains, comme Guy, étaient amoureux d’elle. Pour chacun, elle a un mot. L’évocation de ce qu’il avait de vivant, de coloré, de talent, ou de rire dans la voix. Dans ce sinistre lieu glacé, elle réinvente leurs vies. Elle n’a, cette survivante, jamais nulle plainte, nulle haine, juste le souci de restaurer la vie, là où plane la mort.<br />
Ce soir, je vais relire un peu les « Lieux de Mémoire » de Pierre Nora. La mémoire n’est pas seulement une faculté du cerveau, ce qui est déjà remarquable. Elle est l’une des marques les plus éminentes de la reconnaissance. Et de la civilisation.</span></span></p>
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		<title>Mahler, Bernstein, le bonheur&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 11:12:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ J'ignore si l'industrie du disque est mourante, comme on le dit. Il reste qu'elle nous offre encore de formidables cadeaux, comme cette «Symphony Edition» des enregistrements de Leonard Bernstein1, comprenant notamment toutes les symphonies de Gustav Mahler.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #800000;">PHILIPPE BARRAUD</span></h3>
<p>J&#8217;ignore si l&#8217;industrie du disque est mourante, comme on le dit. Il reste qu&#8217;elle nous offre encore de formidables cadeaux, comme cette «Symphony Edition» des enregistrements de Leonard Bernstein<sup>1, </sup>comprenant notamment toutes les symphonies de Gustav Mahler.<br />
Soixante CD, pour les enregistrements les plus mémorables du grand chef américain: c&#8217;est un trésor à s&#8217;offrir, et à conserver précieusement. Je dis à s&#8217;offrir plutôt qu&#8217;à offrir, car il en va de la musique comme des cravates et des robes: inutile d&#8217;imposer nos goûts aux autres. Or Leonard Bernstein ne fait pas l&#8217;unanimité parmi les mélomanes, en particulier en Europe, où certains ne goûtent guère le caractère flamboyant de sa direction.<br />
Et pourtant ! Que d&#8217;émotion suscite, précisément, cette chaleur et cette intelligence profonde des oeuvres ! Lorsqu&#8217;il dirigea, à Noël 1989 à Berlin, la 9e de Beethoven, quelques semaines après la chute du Mur, il fit venir les larmes aux yeux de de tout l&#8217;auditoire et des musiciens de son orchestre. C&#8217;est la même émotion que j&#8217;ai ressentie la seule fois où je l&#8217;ai vu diriger, au Carnegie Hall, une oeuvre que je place au-dessus de tout: la 2e symphonie, dite <em>Résurrection</em>, de Gustav Mahler. Car dans tous les arts, l&#8217;émotion est le maître mot, c&#8217;est elle qu&#8217;il faut rechercher, elle qui nous souffle infailliblement qu&#8217;une oeuvre nous touche, que nous n&#8217;avons pas qu&#8217;un rapport intellectuel avec elle.<br />
Curieux de tout, chaleureux, grand pédagogue de la musique, Bernstein fut précisément celui qui fit sortir de l&#8217;ombre et de l&#8217;oubli la musique de Gustav Mahler, et ne serait-ce que pour cela, nous lui devons une reconnaissance éternelle ! Il enregistra toutes les symphonies pour les faire connaître et apprécier, explorant et magnifiant les trésors et la complexité inouïe de ces cathédrales de musique, au point qu&#8217;il est difficile d&#8217;entendre d&#8217;autres interprétations, après Bernstein, des chefs-d&#8217;oeuvre de cet immense compositeur.<br />
Bernstein, qui considérait la symphonie comme un genre appartenant au passé, ou en tout cas en déclin, tenait Mahler pour le dernier symphoniste: «Le destin de Mahler aura été de compléter la grande lignée symphonique allemande puis de disparaître, sans qu&#8217;il lui soit accordé d&#8217;en fonder une nouvelle. Il lui a été permis de léguer beaucoup de beauté et d&#8217;occuper une place unique dans l&#8217;histoire de la musique. Dans la position de celui qui dit «Amen» à la musique symphonique en exagérant et en distordant, en pressant les dernières gouttes de jus de ce fruit glorieux, en réexaminant et réévaluant ses matériaux avec l&#8217;énergie du désespoir, en poussant la musique tonale à ses limites extrêmes, Mahler s&#8217;est vu décerner l&#8217;honneur d&#8217;avoir le dernier mot, de pousser le soupir final, de verser l&#8217;ultime larme, de dire le dernier adieu».<br />
Mais peut-on se contenter des dizaines de symphonies enregistrées par Leonard Bernstein ? Non ! On attend le prochain coffret, avec les requiems par exemple: son interprétation de celui de Berlioz est proprement bouleversante.</p>
<p><em><span style="font-size: small;">1. Sony Music. Avec des textes de Wolfgang Stähr et Klaus Geitel</span></em><br />
<em><span style="font-size: small;">A lire: le </span></em><span style="font-size: small;">Gustav Mahler</span><em><span style="font-size: small;"> d&#8217;Henri-Louis de Lagrange (3 vol., Fayard), et le </span></em><span style="font-size: small;">Leonard Bernstein</span><em><span style="font-size: small;"> de Humphrey Burton (faber and faber).</span></em></p>
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		<title>La fin du monde est reportée à une date ultérieure</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Jan 2012 19:24:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chez nous autres Protestants, c'est une manie de croire que le monde va forcément vers un mieux, un progrès, tandis que les hommes, enfin sortis de l'ignorance, deviendront raisonnables. Hélas ! Les prophètes de la fin du monde pour 2012 viennent nous rappeler combien l'esprit humain est faible et fragile, l'ignorance triomphante et le progrès, encore loin...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #800000;">PHILIPPE BARRAUD</span></h3>
<p>Chez nous autres Protestants, c&#8217;est une manie de croire que le monde va forcément vers un mieux, un progrès, tandis que les hommes, enfin sortis de l&#8217;ignorance, deviendront raisonnables. Hélas ! Les prophètes de la fin du monde pour 2012 viennent nous rappeler combien l&#8217;esprit humain est faible et fragile, l&#8217;ignorance triomphante et le progrès, encore loin&#8230;<br />
On pourrait se contenter de rire de ces prophéties qui, comme les centaines d&#8217;autres qui les ont précédées dans l&#8217;Histoire, prétendent savoir de quoi demain sera fait. Le problème est qu&#8217;à chaque fois, l&#8217;annonce de la fin des temps pousse des personnes fragilisées au suicide, ou plus banalement les précipite dans les bras de sectes suspectes et d&#8217;affairistes sans scrupules. Eh oui ! La fin du monde est un marché très lucratif.<br />
Cette fois-ci, les marchands d&#8217;illusions brandissent le calendrier maya, qui annoncerait la fin du monde pour le 21 décembre 2012. On devrait commencer par se demander par quel prodige les graveurs du calendrier maya auraient eu connaissance de ce fait, eux et eux seuls, avec des connaissances qui étaient forcément limitées. La vérité est plus prosaïque: le calendrier maya est d&#8217;une complexité rare, il ne correspond en rien aux divers calendriers en vigueur dans le monde (grégorien. Julien, copte, hébreu, musulman&#8230;), et par conséquent on peut l&#8217;interpréter comme on veut – exactement comme les sornettes de Nostradamus, si obscures que toutes les lectures en sont possibles. C&#8217;est là que l&#8217;ignorance vient au secours des charlatans: nos contemporains connaissent mal les civilisations passées, et donc on peut leur prêter toutes sortes de pouvoirs surnaturels; ce qui vaut pour les Mayas vaut aussi pour l&#8217;Egypte ancienne, source inépuisable de mythes infantiles.<br />
L&#8217;ignorance, encore elle, vient au secours des prophètes de malheur, qui annoncent un alignement fatal des planètes du Système solaire, voire «un alignement du Soleil avec le centre de la galaxie». Sur le premier point, on peut facilement démontrer que c&#8217;est un gros mensonge: en quelques secondes, n&#8217;importe quel logiciel d&#8217;astronomie ou d&#8217;éphémérides montre que les planètes ne seront pas alignées le 21 décembre 2012 (ce qui d&#8217;ailleurs n&#8217;aurait aucune conséquence quelconque sur nos existences). Quant à la deuxième affirmation, elle est franchement comique: deux corps célestes sont forcément alignés entre eux! Si vous plantez deux arbres dans votre jardin, allez-vous vous soucier de les aligner l&#8217;un par rapport à l&#8217;autre ?<br />
A ce que l&#8217;on sait, les Mayas sont passés d&#8217;une civilisation florissante à un rapide déclin. Les causes ne sont pas sans intérêt pour nous: surexploitation et épuisement des sols, déforestation et désertification, démographie galopante, brusque changement climatique, guerres incessantes&#8230; S&#8217;il y a une leçon à tirer de la saga des Mayas, c&#8217;est bien celle-ci: l&#8217;homme est toujours le principal artisan de sa propre fin. Qu&#8217;il prenne donc ses responsabilités, plutôt que de s&#8217;en débarrasser sur le surnaturel.</p>
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		<title>A l&#8217;école, il y a trop d&#8217;école ?</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Jan 2012 19:22:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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		<description><![CDATA[Le député des Verts au Grand Conseil de Genève, M. François Lefort confie ceci au Courrier à propos du mercredi matin : « Davantage d’école, c’est antidémocratique, car cela va assommer les plus faibles, allophones ou issus des classes populaires et qui, en comptant le parascolaire, sont souvent de 7h du matin à 18h à l’école ! » (19 déc. 2011) On reconnaît là cette antienne purement idéologique qui contribue à saper l’école républicaine depuis plus de trente ans : à l’école, il y a trop d’école ! ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #800000;">JEAN ROMAIN</span></h3>
<p>Le député des Verts au Grand Conseil de Genève, M. François Lefort confie ceci au<em> Courrier </em>à propos du mercredi matin : « Davantage d’école, c’est antidémocratique, car cela va assommer les plus faibles, allophones ou issus des classes populaires et qui, en comptant le parascolaire, sont souvent de 7h du matin à 18h à l’école ! » (19 déc. 2011) On reconnaît là cette antienne purement idéologique qui contribue à saper l’école républicaine depuis plus de trente ans : à l’école, il y a trop d’école !<br />
Derrière ce slogan, il y a une conception qui propose de changer notre vision de l’école. En fait, on veut remplacer l’instruction par l’éducation. On se souvient que Rousseau, dans l’<em>Emile</em>, pense que l’enfant est dépositaire naturellement d’un contenu affectif qui l’oriente vers le bien. Tout le rôle de l’éducation consiste, non pas à lui dire ce qu’il faut faire mais à lui montrer ce qu’il ne faut pas faire, pour que puisse harmonieusement s’épanouir ce qu’il a en lui. Rousseau appelle cela l’éducation négative, entendez : l’éducation par la négation. En fait, cette vision naturaliste demande à intervenir le moins possible lorsque les choses se développent harmonieusement, c’est à dire conformément à la nature, et le plus possible lorsque la société met en place des obstacles à cette bonté naturelle de l’enfant. On comprend qu’il existe deux facteurs : d’une part un donné naturel et de l’autre une culture qui permet à ce donné d’éclore.<br />
C’est cette conception qui alimente le «À l’école, il y a trop d’école !» En effet, il convient de ne pas trop intervenir sur l’enfant car on risque de fausser plus que promouvoir ce fonds naturel de chaque homme. On ne peut rien apprendre de meilleur à l’enfant que de lui apprendre à apprendre, c’est à dire à acquérir des savoir-faire, puisque le contenu, il le possède déjà. Donc, assez logiquement, on va prétendre que l’école n’est plus le lieu privilégié de la transmission du savoir pas à pas et cohérent, mais qu’il existe bien d’autres lieux alternatifs (parascolaires, périscolaires, etc.) propices à éveiller, à faire apparaître, à laisser éclore le bon fonds de l’enfant. Certes, mais il s’agit là de l’éducation et non de l’instruction ; il s’agit là de l’enfant et non de l’élève. Parce qu’on ne va pas à l’école en tant qu’enfant, on y va en tant qu’élève. L’éducation vise à apprendre et non à recevoir un enseignement.<br />
Qu’est-ce que cela signifie ? Celà signifie qu’il est plus important d’apprendre à apprendre que de maîtriser des prétendus « faits » comme l’orthographe, la syntaxe, le vocabulaire, le calcul. Qu’il faut encourager la possession d’un iPad. Que les élèves doivent apprendre à utiliser les services de réseau de la même manière qu’ils utilisent le téléphone. Que le service public d’éducation a désormais un concurrent redoutable : Internet. Que c’est la Toile qui éduquera et contrôlera sans punir, qui aidera chacun à son rythme, sans notes, qui s’affranchira des distances et du temps, permettant aussi bien l’enseignement à distance que l’éducation tout au long de la vie. Bref, que nous aurons là un mode d’enseignement associant les racines de notre culture quant aux contenus à la modernité quant aux méthodes. N’est-ce pas fantastique, l’enseignement sans contrainte ? Voilà en tout cas un exemple des convergences possibles entre ces idées néo-rousseauistes : l’utopie d’un enseignement sans contraintes (qui ne dit pas ce qu’il faut faire, mais ce qu’il faut éviter) rejoint l’utopie de l’enseignement à distance. Et c’est exactement l’utopie qu’essaient actuellement de concrétiser tous les industriels de la planète, pour pouvoir faire payer à leurs employés leur propre formation continue « du berceau au tombeau », comme ils le disent si joliment… Alors, ça, oui, c’est démocratique, M. Lefort, ce n’est pas assommant, c’est populaire, et c’est en anglais !</p>
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		<title>Fukushima, ou le vrai coût du nucléaire</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Dec 2011 13:45:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les chiffres avancés par les autorités japonaises pour le démantèlement de la centrale nucléaire de Fukushima donnent le vertige. On espère sans trop y croire qu'il feront réfléchir les politiciens qui, dans le reste du monde, se cachent la tête dans le sable.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>PHILIPPE BARRAUD</p>
<p>Les chiffres avancés par les autorités japonaises pour le démantèlement de la centrale nucléaire de Fukushima donnent le vertige. On espère sans trop y croire qu&#8217;il feront réfléchir les politiciens qui, dans le reste du monde, se cachent la tête dans le sable.<br />
Quarante ans: c&#8217;est la durée estimée des travaux qui devront être menés, la première étape consistant à retirer puis à stocker les combustibles usés des décombres de la centrale. Cette seule phase durera vingt ans, selon le ministre de l&#8217;environnement. L&#8217;évacuation des combustibles fondus, elle, commencera dans dix ans, et durera au moins vingt ans. Encore ce délai est-il purement théorique: de l&#8217;aveu même du ministre, ces opérations seront menées à l&#8217;aide de techniques nouvelles&#8230; qui restent à inventer! En effet, l&#8217;industrie nucléaire n&#8217;a jamais été confrontée à ce genre de tâche, au Japon comme ailleurs: on a construit des centrales sans trop se demander comment on les démonterait &#8211; après nous le Déluge! A Fukushima, l&#8217;état des bâtiments comme le niveau de radioactivité rendent ces travaux difficiles et dangereux.<br />
Au démantèlement de la centrale proprement dite s&#8217;ajoutera la décontamination de la zone irradiée, officiellement 2&#8217;419 kilomètres carrés, soit un peu moins que la superficie du canton de Vaud.<br />
Le ministre japonais n&#8217;a pas chiffré le coût total de ce démantèlement, mais on peut imaginer qu&#8217;il sera colossal, bien trop élevé en tout cas pour que les propriétaires de la centrale puissent l&#8217;assumer. On voit donc que le démantèlement d&#8217;une seule centrale nucléaire va occuper le Japon pendant grosso modo un demi-siècle, et grever les budgets publics en conséquence. Fukushima nous fait prendre conscience que les retombées de la filière nucléaire, au Japon comme en Suisse, en France et ailleurs, seront supportées par les générations futures: nous avons eu l&#8217;électricité, ils auront la contamination, les déchets et les déficits&#8230; Sympa!</p>
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		<title>Une conversion qui enchante les médias</title>
		<link>http://www.commentaires.com/societe/une-conversion-qui-enchante-les-medias/</link>
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		<pubDate>Tue, 13 Dec 2011 12:23:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[société]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.commentaires.com/?p=4694</guid>
		<description><![CDATA[Sans surprise, nos médias sont tout énamourés de Michel Bavaud, un écrivain fribourgeois qui, à 80 ans, vomit bruyamment Dieu, Jésus, l'Eglise et la Vatican dans un livre récent. Cette pitoyble exhibition n'a pas beaucoup d'intérêt, mais elle donne du grain à moudre aux contempteurs du Christianisme. A quelques jours de Noël, c'est toujours bon à prendre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #800000;">PHILIPPE BARRAUD</span></h3>
<p>Sans surprise, nos médias sont tout énamourés de Michel Bavaud, un écrivain fribourgeois qui, à 80 ans, vomit bruyamment Dieu, Jésus, l&#8217;Eglise et la Vatican dans un livre récent. Cette pitoyable exhibition n&#8217;a pas beaucoup d&#8217;intérêt, mais elle donne du grain à moudre aux contempteurs du Christianisme. A quelques jours de Noël, c&#8217;est toujours bon à prendre.<br />
Cela devient une tradition sur <em>La Première</em>: à l&#8217;aube des grandes fêtes chrétiennes, on déroule le tapis rouge aux athées et aux sceptiques; nous y avons eu droit au dernier Vendredi Saint, nous y avons droit avant Noël. Citant l&#8217;interview de Michel Bavaud parue dans <em>24 Heures</em> du 13 décembre, l&#8217;auteur de la revue de presse a cru devoir ajouter un commentaire personnel, en disant par trois fois que cette interview était &#8220;magnifique&#8221;. M. Moulin se contente de peu. Lorsque M. Bavaud déduit d&#8217;un deuil dans sa famille que Dieu n&#8217;existe pas, ou invoque un &#8220;génocide&#8221; divin à propos du Déluge, c&#8217;est quand même un peu court. De la même manière, affirmer que la Bible &#8220;vaut Ali Baba et les quarante voleurs&#8221;, c&#8217;est encore plus court &#8211; et pas très charitable pour les milliards d&#8217;humains qui, humblement, y croient.<br />
Mais chacun a droit à son itinéraire spirituel personnel. Chacun a même le droit d&#8217;en prendre le public à témoin, s&#8217;il juge que c&#8217;est intéressant. Ce qui dérange, c&#8217;est l&#8217;instrumentalisation de la démarche par les médias pour, encore et toujours, taper sur le même clou &#8211; comme nous <a href="http://www.commentaires.com/societe/provocations-sans-risques">l&#8217;expliquions</a> ici il y a seulement&#8230; 24 heures! C&#8217;est évidemment facile: l&#8217;effet provocateur est garanti et le risque, nul. Pourquoi se gêner?<br />
M. Bavaud se plaint d&#8217;avoir reçu des lettres désagréables, voire des menaces, à la suite de la publication de son livre. C&#8217;est tout à fait détestable, et bien peu chrétien quand on y pense. L&#8217;agressivité et la rage sont toujours du côté des athées militants et des dévots de la laïcité. C&#8217;est plutôt de la compassion qu&#8217;il faut manifester à M. Bavaud.<br />
Si on en croit le titre de<em> 24 Heures</em>, M. Bavaud s&#8217;est &#8220;converti à l&#8217;athéisme à 80 ans&#8221;. Converti? Intéressant&#8230; L&#8217;athéisme est donc une religion, avec ses dogmes, ses prêtres et ses sectateurs. Et lui qui croyait se libérer! Le voici prisonnier d&#8217;une nouvelle religion, dont les piliers sont la désespérance et le néant. Oui, décidément, il a besoin de notre compassion.</p>
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