ico Suisse Widmer-Schlumpf, l’esprit de Vichy

13 août 2012 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

 Comment un État peut-il collaborer à la dénonciation de ses propres citoyens à une puissance étrangère, et à la transmission de données confidentielles? De tels agissements ne se sont plus vus depuis le régime de Vichy.
Certes la comparaison est forte, mais elle n’est pas absurde. Dans les deux cas l’État, normalement sensé protéger ses propres citoyens, s’est mis au service d’une puissance étrangère qui l’exigeait. Voici donc des milliers de citoyens suisses, fidèles employés de leur banque, balancés, donnés en pâture aux officines fiscales américaines, dont on connaît l’activisme paranoïde. Pour eux c’est clair: pour le restant de leurs jours, ils ne mettront plus les pieds aux Etats-Unis – sauf à ne plus en sortir – et même des voyages en Europe pourront s’avérer à hauts risques, si l’IRS veut absolument arracher leur témoignage pour coincer un fraudeur.
On aurait pu attendre de la part du Conseil fédéral une attitude non seulement plus courageuse face aux prétentions américaines, mais tout simplement morale et responsable à l’égard de ses propres citoyens. Au lieu de quoi, on se couche devant des demandes de plus en plus exorbitantes, on consent à une collaboration indigne, quitte à chercher des excuses par la suite, quitte à recourir au sempiternel «ce n’est pas de ma faute».
Mme Widmer-Schlumpf est devenue une spécialiste du genre, n’hésitant pas à accuser les banques, après les avoir encouragées à sacrifier leurs employés. Ainsi, au fil des jours, on apprend qu’elle manipule sans cesse son monde, dit des demi-vérités et de vrais mensonges, pour camoufler l’enchaînement vertigineux des abandons et des trahisons.
Car il n’y a pas que les employés des banques à être sacrifiés sur l’autel fiscal: il y a les résidents français en Suisse, et les Suisses propriétaires en France, assurés que leurs bien immobiliers seront désormais soumis aux prélèvements confiscatoires de l’impôt français sur les successions. La France l’a exigé ? Alors on dit oui, en prétextant que cela aurait pu être bien pire ! C’est la diplomatie de la trouille, Maréchal nous voilà !
Enfin, il y a ce projet d’accord avec l’Allemagne qui risque de plus en plus de capoter, tandis que des employés-félons s’en mettent plein les poches en vendant les clients de leur banque à l’Allemagne. Combien d’arrestations en Suisse, à ce jour ? Aucune puisque, selon les services de Mme Widmer-Schlumpf, «aucun achat de CD contenant des données bancaires n’a été officiellement confirmé.» C’est sûr, les voleurs et le fisc allemand vont faire à chaque nouveau CD une déclaration officielle à Berne…
Bref, dans la panade où se trouve la Suisse, on réalise que Mme Widmer.Schlumpf agit en roue libre, confisque le pouvoir du Conseil fédéral, agit seule en son nom, et dissimule une partie de ce qu’elle fait tant qu’elle le peut. Comme le disait un avocat genevois, une conseillère fédérale a dû démissionner pour un mensonge bien plus anodin.
Le Conseil fédéral est collectivement responsable de ce qui se passe. Et dans celui-ci, le ministre des Affaires étrangères porte une lourde responsabilité. Le comportement de Didier Burkhalter est stupéfiant, et totalement insuffisant. Que voit-on ? La Suisse est dans les plus grandes difficultés avec ses principaux partenaires – l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Allemagne – mais le ministre des affaires étrangères n’existe pas: il fait le Calmy-Rey au Moyen-Orient, essaie de vendre des bons offices dont personne ne veut, joue de la harpe humanitaire. Est-il chargé des relations publiques de la Confédération ?
Il est évident que Didier Burkhalter devrait être sans cesse entre Berlin, Washington et Bruxelles, à mouiller sa chemise pour mettre de l’huile dans les rouages, à convaincre, à expliquer, bref, à construire la politique étrangère de la Suisse, s’il en existe une – c’est son boulot. Au lieu de quoi, il a abandonné cette tâche essentielle à une ministre des finances qui perd les pédales, et court après les départs de feu qui se succèdent. Comment peut-il accepter cela, une telle mise à l’écart ? Et comment le Conseil fédéral peut-il accepter qu’un ministre confisque ainsi ses prérogatives collégiales, qui plus est pour aligner les bourdes?
M. Burkhalter peut encore se rattraper, en prenant conscience de la tâche qui est la sienne, et en la prenant enfin en mains; s’il laisse aller, ce sera une faute politique grave. Quant à Mme Widmer-Schlumpf, il faut que le Conseil fédéral, puis le Parlement, l’auditionnent, et tirent les conclusions qui s’imposent.
Car de toute évidence, Mme Widmer-Schlumpf dessert les intérêts de la Suisse et des Suisses. Il ne faut pas citer Churchill à toutes les sauces, mais en l’occurrence sa plus célèbre phrase s’impose: «Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre; vous avec choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre.» Car bien entendu, les Etats-Unis, l’Allemagne et l’UE poursuivront la guerre de plus belle, malgré, ou plutôt à cause, des abandons piteux de la Suisse. Cela, c’est une certitude.

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Commentaire de Charles Friderici le 13 août 2012 à 16:46

Tout-à-fait pertinent. Comme dans l’affaire des fiches, le Conseil fédéral abandonne son rôle majeur, celui de la défense du pays. A l’époque les gouvernements cantonaux avaient tenu bon. Aujourd’hui, ce n’est pas leur rôle, la politique internationale étant uniquement de la compétence des autorités fédérales (Conseil fédéral et Parlement). Malheureusement une importante partie des parlementaires veut l’échange automatique de données personnelles, ce qui n’arrange pas ce dossier.
Mais que dire des banquiers, plus intéressés à conclure des affaires dans les pays qui les attaquent, que de défendre leurs subordonnés? Ils oublient tout simplement que sans eux, il n’y a pas d’affaires possibles.
Si Widmer-Schlumpf se comporte comme le gouvenement de Vichy, les banquiers sont revenus à la guerre 14-18 et envoient la piétaille au front, comme à Verdun !

Commentaire de Samuel Dougoud le 13 août 2012 à 18:01

Les deux raisons qui font que la presse ne se soit pas depuis longtemps avisée de cette situation scandaleuse sont hélas bien connues : d’une part la notion de patriotisme lui est devenue largement étrangère, d’autre part ayant porté aux nues Mme Widmer-Schlumpf pour mieux contrecarrer l’UDC, elle est maintenant bien en peine de se déjuger.

En tous les cas, on observe qu’on est très loin d’une presse « désagréable, mais nécessaire à l’hygiène publique » telle que G. Duttweiler la concevait.

Commentaire de Paul Bär le 13 août 2012 à 19:15

Si l’on observe les sociétés humaines, proches ou lointaines, éloignées ou non dans le temps, on remarque que chacune d’entre elles pouvaient pratiquer des comportements socialement admis en leur sein, mais jugés comme totalement scandaleux à l’extérieur : le cannibalisme qui révulse tout le monde, mais admis en Papouasie ; le vol conçu comme une initiation chez les Indiens des plaines, mais condamné partout ailleurs ; l’inceste pratiqué dans la haute aristocratie égyptienne, vu aujourd’hui partout comme une horreur ; chez certains, la vengeance comme une obligation morale etc…

En revanche, il est un comportement qui, partout et à toutes les époques, a été et reste universellement et définitivement condamné……….. la trahison.

Donc, nul surprise que tout ceci vienne de Madame Widmer-Schlumpf.

Petit aparté, avez-vous remarqué – je me mets en « mode complot » – à quel point le système thalassocratique est habile à installer, à la tête de nos états européens, des dirigeants qui servent d’abord ses intérêts et non les intérêts des peuples souverains les ayant élus ? Je pense par exemple à Messieurs Brown et Sarkozy qui ont fait vendre des tonnes d’or de leurs banques nationales (600 tonnes pour Sarkozy, 400 tonnes pour Brown) au pire moment pour leurs pays respectifs ! On peut alors se demander si l’accession de Madame Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral, à la suite d’un étrange complot dans une période de « guerre mondiale » bancaire, est un hasard ou seulement une heureuse coïncidence pour certains intérêts extérieurs à la Suisse?

Commentaire de Marie-France Oberson le 13 août 2012 à 20:42

Excellent commentaire Monsieur Barraud.
Mme EWS après avoir trahi son parti, trahi son pays.. fallait s’y attendre.

Si les parlementaires ne prennent pas de mesures contre cette traîtresse, alors les citoyens doivent le faire: demander sa démission.
Et les parlementaires (PS PDC en tête)ne ferons rien contre elle: ce sont eux qui l’on mise là où elle est .
Ils se déjugeraient, comme le dit M. Dougoud à propos de la presse.

Commentaire de Xavier Gruffat le 14 août 2012 à 2:58

C’est là qu’on aurait besoin d’un Blocher !
Mais la Suisse, et là je le dis sans aucune honte et doute n’aime pas les têtes qui dépassent. On n’aime pas l’arrogance, on aime “le lisse”, et bien on a 7 conseillers fédéraux lisses. J’ai vu l’année passé à Sao Paulo M. Schneider-Ammann, quelle honte ! Un anglais médiocre, un discours limite qui ne porte pas la grandeur de la Suisse, même moi j’aurais fait mieux, il faut donner du rythmes aux choses.
Et face aux Américains, des battants, à l’image des JO de Londres, il faut de la résistance, du combat. De la testostérone comme dans le sport ou le business.
Donc dans un sens c’est le problème du système politique suisse et pas des Suisses je précise, on coupe la tête des grandes personnalités comme Blocher, laissons maintenant les socialistes qui ont coupé la tête de Blocher réparer les pots cassés.
Cela dit n’oublions pas les énormes enjeux derrière ce conflit avec les USA, jamais on ne peut se brouiller avec la “matrice” du monde, j’avais précisé dans un autre post la puissance de Nestlé aux USA (30 milliards de chiffre d’affaires), sans compter Roche et Novartis (environ 50 milliards aux deux), donc on peut dire ce qu’on veut. Mais les USA payent de nombreuses routes en Suisse, grâce à l’impôt rapatrié de Nestlé, Roche et Novartis. Sans compter les banques (UBS et CS). Mais cela les conseillers fédéraux ne communiquent rien. Selon moi il y a de nombreux enjeux derrière toute cette histoire et j’admets ne pas y comprendre grand chose…
ps. si on avait un empeachment comme aux USA ou au Brésil, il faudrait mettre Mme Widmer-Schlumpf dehors, basta. Il y a trop de critiques maintenant sur cette dame.

Commentaire de Xavier Gruffat le 14 août 2012 à 16:06

Encore une réflexion, qui est responsable de toute cela ? Selon moi les Démocrates d’Obama. Depuis très longtemps je me sens plus proche des Républicains (déjà à contre-courant en 2003 je défendais plutôt Georges Bush).
Je suis sûr que les Républicains, plus à droite n’aurait jamais autant cherché des poux à la Suisse. D’ailleurs Mitt Romney avait même un compte en Suisse je crois.
Donc vous les moutons et suiveurs qui pensez toujours que les Démocrates c’est Dieu et les Républicains le Diable.
Type la RTS (TV) et son chef de l’information M. Rappaz ou Forum de la Première anti-républicain, et bien vous voyez, vous vous êtes bien trompé, en tout cas pour les intérêts de la Suisse (la finance étant plus de 10% du PIB). Avec les médias qu’on a type monopole de Tamedia (centre gauche), et bien on a ce qu’on mérite.
Si on avait un média type Fox News bien conservateur, ce serait différent.
J’ai personnellement aucune honte à admettre d’être Républicain, ne pas suivre les moutons…
Je cherche à plaire à personne, comme je suis au Brésil, je n’ai pas peur des “qu’on dira-t-on” qui pourrait me bloquer en Suisse….

Commentaire de Marie-France Oberson le 16 août 2012 à 20:55

Mme EWS après avoir trahi son parti, trahi son pays.. fallait s’y attendre.

Pardon pour la faute que je constate dans le 2ème “trahi” auquel j’ajouterais un ” t ” pour plus de compréhension de ma phrase..

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