ico Suisse Stratégie 2050: vers l’autonomie énergétique

19 avril 2017 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Le «tous-ménages» du comité contre la Politique énergétique 2050 témoigne au moins de deux choses: d’abord, que ce comité dispose de moyens extrêmement élevés; ensuite, que le niveau de réflexion et d’information de ses auteurs ne dépasse guère un âge mental de 12 ans. Ce document est à hurler de rire, au point de s’avérer être une propagande efficace pour le oui.

Dans les campagnes politiques, les comités et autres lobbies issus de l’économie et des partis de droite se distinguent très souvent par des exagérations délirantes, des chiffres délibérément faux (des faits alternatifs sans doute), et une désinformation grossière mais assumée. Cette fois encore, ils ont tout osé: la douche froide, le retour à l’âge de pierre (sic!), l’éclairage à la bougie, la fin du café et des bananes, comme des vacances en avion, et de grossiers photomontages montrant des éoliennes couvrant la… Rade de Genève et les pentes du Cervin… N’en jetez plus !

Cette propagande est proprement ridicule, mais elle est surtout une insulte faite aux citoyens suisses, que les stratèges d’économiesuisse tendent avec constance à considérer comme des imbéciles à la crédulité sans bornes. On a vu le résultat avec la RIE III: à trop vouloir prendre les Suisses pour des crétins des Alpes, on se ramasse de cuisantes déculottées.

Hélas ! Ces stratèges n’ont guère d’imagination, ils n’apprennent rien, et ne connaissent qu’une méthode, toujours la même: flanquer la trouille aux électeurs. Mais les électeurs sont plus matures qu’eux, et ils connaissent les enjeux.

Par exemple, ils ont bien compris que le tout au pétrole et au nucléaire que préconisent les milieux économiques et le quasi-nouveau parti PLRUDC est une impasse; nos vieilles centrales partiront bientôt à la casse – sauf accident avant… – et il en coûtera des dizaines de milliards pendant une trentaine d’années. Qui payera la facture, croyez-vous ? Quant au pétrole, ressource à 100% étrangère dont nous ne maîtrisons absolument pas l’approvisionnement, il est certes vendu moins cher que l’eau minérale aujourd’hui, mais le prix peut exploser du jour au lendemain, au gré de l’insécurité croissante du monde: une ou deux méga-bombes sur la Corée du Nord, et il y aura des queues à la pompe à essence, et l’économie s’effondrera, bêtement, parce qu’elle a tout misé sur un seul pilier. C’est aussi simple que cela, lorsqu’on renonce à toute autonomie énergétique, par paresse et par confort.

Les citoyens savent parfaitement que le tableau énergétique de demain, après le pétrole et le nucléaire, sera un patchwork de sources d’énergie très diversifiées, parfois de très petite taille – les petits ruisseaux font les grandes rivières –, qui ensemble formeront un approvisionnement souple et modulable, au service d’une réelle efficacité énergétique. Et pour y parvenir, il n’est pas nécessaire de couvrir le territoire d’éoliennes, ces épouvantails dont on s’offusque tant – mais seulement en Suisse, curieusement.

Une des caractéristiques remarquables du futur paysage énergétique sera l’autonomie, partielle ou totale, d’un grand nombre de consommateurs, en particuliers les propriétaires, les petites communautés, les agriculteurs, les communes si elles en font le choix (des hectares de paravalanches offrent des supports à toute épreuve pour des capteurs). D’abord parce que le prix des installations a chuté, et que l’on peut couvrir une partie de sa consommation privée pour le prix d’une moto. Quant aux capteurs, ils améliorent sans cesse leurs performances et leur efficacité, grâce à la recherche sur des matériaux tels que le pérovskite, qui fait l’objet de travaux intensifs à l’EPFL. Et ces capteurs existent déjà sous des formes très variées, comme des tuiles, des vitrages, des façades, des tissus…

Alors bien sûr, les milieux conservateurs ricanent: «Pas de soleil, pas de vent, pas de jus !» Mais comme toujours, ces gens sont mal informés, ou choisissent de désinformer. Le stockage de l’électricité produite par des sources renouvelables (sans parler du pompage-turbinage, très efficace) est l’enjeu numéro un de la recherche, non seulement chez des géants comme Tesla, mais aussi plus près de nous, chez Leclanché. Déjà, des batteries à hautes performances permettent d’assurer une autonomie de 450 km à une lourde berline; mais surtout, demain, ces grosses batteries deviendront domestiques. Elles sont déjà commercialisées aux Etats-Unis pour moins de 5000 dollars, et des tests ont lieu dans nos hautes écoles. Dans dix ou vingt ans, elles seront un équipement de base dans toute habitation, et on s’étonnera qu’on ne l’ait pas fait plus tôt.

Ce sera un progrès prodigieux, un véritable changement de paradigme: le consommateur ne sera plus dépendant d’un fournisseur privé dont il est captif, et donc obligé de payer les tarifs qu’il lui impose; Il pourra accumuler de l’électricité chaque fois que le ciel est raisonnablement clair, et la consommer plus tard, grâce à la batterie qui aura remplacé la citerne à mazout, et grâce aussi à des appareils électriques très performants. Le même raisonnement vaut d’ailleurs pour le solaire thermique, la chaleur pouvant être stockée de manière efficace dans des réservoirs adéquats.

Cette autonomie énergétique future ne plaît pas à tout le monde, évidemment, en particulier aux électriciens, qui multiplient les taxes et les chicanes pour freiner les installations solaires – on vous parle d’expérience –, et font pression sur le politique pour qu’il ne laisse pas les Suisses produire eux-mêmes leur énergie… Des atermoiements navrants qui n’empêcheront pas cette évolution car elle va dans le sens de l’Histoire et surtout, dans le sens d’un effort pour sauver ce qui eut l’être encore de la planète, ou plus précisément, de l’humanité. La planète, elle, en a vu d’autres !

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Commentaire de charles galtier le 19 avril 2017 à 15:37

Le sens de l’histoire c’est ce qu’essayaient de nous inculquer les communistes avant l’écroulement de l’URSS, on sait ce qu’il en est advenu, je n’en dirais pas plus…

Commentaire de B. Brunner le 2 mai 2017 à 10:35

Bonne Analyse et excellent article.

D’ailleurs, celui qui aujourd’hui construit ou refait la couverture de son toit, et ne le fait pas en tuiles solaires au moins photovoltaïques est soit mal informé soit pas malin. En effet il s’agit d’un des meilleurs investissements possibles: Retour sur investissement en environ 6 ans, taux d’intérêt meilleur que les obligations, avec une grande sécurité de l’investissement et en prime une assurance gratuite de disposer de son énergie pour au moins 50 ans à prix défiant toute concurrence. Sans compter que son toit devient encore plus durable!

C’est comme quand on construit ou rénove: Exiger le label Minergie-P ou PassivHaus est un surcoût minime (voir un coût moindre si on se fait bien conseiller au niveau des systèmes de chauffage et d’eau chaude), et la garantie de pouvoir s’autosuffire énergétiquement!

Et c’est précisément cet excellent investissement et cette indépendance énergétique privée que l’UDC-economie-suisse essaient de torpiller, car au lieu de coûter plus, l’énergie renouvelable coûte beaucoup moins. Et évidemment c’est pas bon pour l’économie du pétrole.

Voir cette excellent résumé de l’étude de l’Université de Stanford sur 100 point org.

L’étude complète est très détaillée, pour chaque pays au monde, et montre que 100% de renouvelable est possible et économique, même sans subventions.

Les subventions sont importantes pour aider au démarrage, et car le nucléaire et le pétrole sont déjà fortement subventionnés car estimés “stratégiques”. Ensuite, une fois le tournant pris, les subventions de TOUTES les énergies pourront être supprimées.

Et je n’ai pas mentionné les avantages pour l’environnement.

Dans ce sens, un OUI à la Stratégique Énergétique 2050 est notre manière privilégiée de pouvoir donner un signal politique et environnemental important.

Je finirai ce commentaire en mentionnant encore le petit secret de l’UDC:

Le président de l’UDC, Albert Rösti, est également président de SwissOil.

Et il n’y voit évidemment pas de conflits d’intérêt. Les journaux français en auraient déjà fait les choux gras, mais les journaux Suisses passent ce fait essentiel dans cette campagne totalement sous silence!

Commentaire de Serge Ansermet le 12 mai 2017 à 12:08

Excellent commentaire, très bons arguments! Pas tout à fait d’accord toutefois sur le pompage-turbinage: il n’est pas très efficace, son rendement, loi de la physique oblige, n’est que de 70 à 75%.
Par ailleurs, d’autres sources de stockage se mettent en place, à part les batteries: le power to gas en est une (stockage sous forme d’hydrogène réutilisable). Et puis, surtout, les pointes de demande d’électricité tendent à être lissées grâce au réseau intelligent smart grid; de plus, ces pointes sont de plus en plus couvertes, à certaines conditions météo, par le solaire et l’éolien allemands. Hongrin+, Nant de Drance et Lintz Limmern risquent d’être des fiascos. Sur ce sujet, lire le site Infosperber.

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