ico Suisse Schneider-Ammann, ministre de la liquidation de l’agriculture

4 novembre 2017 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

J’ai toujours pensé que M. Schneider-Ammann était aussi fait pour être ministre que danseuse en tutu au Béjart Ballet. Malgré les années, il est resté un patron de multinationale ultra-libéral, indifférent à la réalité helvétique en général, et au sort de la paysannerie en particulier – une population qui manifestement l’ennuie profondément, ce qui est assez fort pour un ministre de l’agriculture.

On ne sait de quelles officines sort le nouveau rapport sur l’agriculture qui, sans surprise sous la signature de M. Schneider-Ammann, prétend ouvrir les frontières au libre-échange agricole, alors même que d’une part cela signifierait clairement la mort de l’agriculture suisse, et que d’autre part le peuple vient de réaffirmer sa volonté de bénéficier d’une agriculture de proximité. Ne lit-il pas les journaux? N’a-t-il pas quelque conseiller un peu mieux informé que lui?

Mais on voit bien l’origine de ce nouveau coup de jarnac à l’égard des paysans et des consommateurs: l’accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada, le CETA, entre en vigueur, au grand dam des paysans européens qui verront déferler sur le marché de la viande aux hormones et aux antibiotiques à prix cassés et des OGM à la pelle. La Suisse, comme toujours, s’alignera comme un seul homme, sous prétexte qu’elle ne peut pas faire cavalier seul au cœur de l’Europe – on connaît la chanson. En clair, Schneider-Ammann prépare l’ouverture de nos frontières à ces produits agricoles sauvages, qui entreront en concurrence à la fois directe et déloyale avec la production indigène.

Face à cette menace, face à l’agriculture méga-industrielle de l’Amérique du Nord, nos paysans n’auront plus qu’à jeter l’éponge et à aller solliciter l’aide sociale. Et qu’on ne vienne pas nous dire, comme l’insupportable Philippe Nantermod – le vrai avocat-député, qui manie la faconde et la mauvaise foi avec l’aisance glacée d’un politicard octogénaire – que l’ouverture des frontières agricoles est une chance pour l’agriculture suisse, qu’il croit pouvoir comparer à l’horlogerie de luxe ! Allons-nous exporter notre lait et notre viande en Nouvelle-Zélande et en Chine ? Allons-nous inonder le marché mondial de nos vins? Les éleveurs valaisans vont-ils vendre leurs agneaux aux Etats-Unis et en Argentine? Nos céréales bio vont-elles déferler sur le Canada? Même en politique, il y a des limites à la décence qu’on n’a pas de droit de dépasser.

Ces offensives et ces offenses constantes contre notre paysannerie, conduites par le ministre en charge – certains le qualifieront de traître, et ils n’auront pas tort -, sont un scandale permanent. Pourtant, et même si l’opinion publique, les consommateurs et les paysans ne veulent pas entendre parler du démantèlement de l’agriculture suisse, ni d’escroqueries du genre Cassis de Dijon, la lutte sera très dure car le lobby ultra-libéral est majoritaire aux Chambres fédérales, et dispose de moyens considérables pour imposer sa volonté.

On va naturellement essayer d’amadouer le monde agricole avec des promesses de compensations économiques et sociales, de paiements directs et autres pilules calmantes: surtout ne produisez plus rien, Maman Confédération vous assurera une petite pension si vous vous tenez tranquilles. Peut-on ainsi mépriser ceux qui travaillent notre terre? Peut-on ainsi affirmer implicitement que leur travail ne vaut rien, comparé à celui des méga-fermes d’Amérique du Nord, qui souvent produisent, qu’on me pardonne, de la m… à grands coups de pesticides? Voulons-nous par là renoncer à la sécurité alimentaire?

Ce qui pourrait arriver de mieux à M. Schneider-Ammann, c’est que Maman Confédération lui donne une petite pension pour qu’enfin il arrête de f… le bordel, comme dit Macron. Un soft impeachment, en quelque sorte.

****½60votes




Commentaire de Gabrielle Mudry le 5 novembre 2017 à 12:09

S.O.S: !!! N’existe-t-il donc aucune parade contre une décision inique et malfaisante de l’un de nos ministres?
L’histoire(triste) du “Cassis de Dijon” ne suffit-il pas au CF ?

Utilisons nos droits populaires pour nous cabrer contre cette ignominie!

Commentaire de François Mermod le 5 novembre 2017 à 15:26

Tout à fait d’accord. Ce ministre n’aurait jamais dû être élu!

Commentaire de gindrat le 5 novembre 2017 à 19:49

L’erreur est de considérer que la paysannerie est une industrie alors que c’est
une “culture”.

Commentaire de Paul Chappuis le 6 novembre 2017 à 5:46

M. Barraud, même si je suis d’accord avec vous, je ne peux m’empêcher de vous trouver excessif envers les deux politiciens PLR.

JSA est complètement à côté de la plaque en ce qui concerne l’agriculture, ce n’est pas pour autant un ministre de l’économie aussi catastrophique que vous le prétendez.

Enfin, votre critique concernant M. Nantermod ressemble plutôt à de l’aigreur. Il peut paraître arrogant, mais ce n’est pas le seul. Et je suis bien content que de jeunes s’engagent avec enthousiasme en politique.

Malheureusement, vous semblez porter sur certains politiciens, des jugements dignes du café du commerce.

Commentaire de philippe lerch le 6 novembre 2017 à 22:50

Tomber à bras raccourci sur tel ou tel ministre ou politicien est singulièrement facile.

Il est possible de manger “local”, d’acheter chez des agriculteurs responsables, et d’ignorer les produits hors-saison de la grande distribution, ainsi que ceux qui auraient une origine difficile à motiver (distance et méthode de production).

Seulement voilà, il faut accepter de payer un brin plus. Et puisque le consomamteur semble privilégier LE PRIX (à Genève et à Bâle je les observe traverser la frontière tous les jours avec des paniers pleins) plutôt que “local” et “qualité” pas étonnant que les producteurs locaux soient aux abois.

En d’autres termes: pourquoi critiquer M&Mme les Elus alors que nous sommes TOUS co-responsables ? Parce qu’il est plus facile de désigner un “coupable” plutôt que de faire montre de cohérence et de tenter de devenir responsable,

Commentaire de Gabrielle Mudry le 8 novembre 2017 à 12:16

Tout-à-fait d’accord! L’acheteur a une lourde responsabilité.

Mais ce n’est pas une raison pour nos autorités de pousser l’acheteur à la tentation des prix cassés!

Commentaire de Frédéric Nicod le 14 novembre 2017 à 9:25

L’argument de l’acheteur qui est responsable n’est qu’en partie justifié, si l’on considère que le problème avec Schneider-Ammann est qu’il fait partie de ceux qui ne sont pas pour trop de transparence sur la provenance et la composition des produits.

A cause de cela, l’acheteur n’est donc pas toujours au courant de ce qu’il achète.

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.


 





Griffures



Assange démasqué

Les révélations de Donald Trump Jr sur ses échanges avec Julian Assange apportent la preuve que celui-ci s’est servi de Wikileaks pour manipuler l’élection présidentielle américaine, suggérant même le contenu d’e-mails et de tweets que l’entourage de Donald Trump pourrait diffuser à charge sur Hillary Clinton. Celui qui se fait appeler @rightwingmadman (tout un programme!) a aussi proposé à Trump Jr de diffuser de fausses révélations mineures sur le candidat républicain juste avant l’élection, pour faire croire à la neutralité de Wikileaks.
Sic transit…

Le télétravail, rêve fracassé

Il y a une vingtaine d’années, les futurologues nous assuraient que grâce à l’internet, la plupart des gens travailleraient à domicile. Mal vu ! Le nombre des pendulaires a explosé et, selon les CFF, il va doubler. Voilà qui confirme que les futurologues ont toujours tort.
C’est rassurant…


Appel au dons

Articles récents