ico Suisse Salaire minimum: une punition collective

16 avril 2014 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

L’introduction d’un salaire minimum durcirait fortement les conditions de travail pour tous les salariés, et pénaliserait les jeunes et les personnes précaires.
Si l’on veut imposer un salaire minimum dans toute la Suisse, et à toutes les branches économiques, alors il faudrait exiger parallèlement que les prix, les loyers et les coûts de production soient les mêmes dans tout le pays ! Il est en effet absurde de demander à une PME de Porrentruy de payer le même salaire minimum qu’une entreprise semblable à Genève.
L’enfer est pavé de bonne intentions, et l’initiative des syndicats, soutenue par la gauche, promet un bel enfer non seulement à l’économie, mais surtout aux salariés qu’elle prétend défendre, et parmi ceux-ci, les plus précaires: les jeunes qui arrivent sur le marché du travail, les personnes peu qualifiées ou sans expérience professionnelle, les femmes.
Confrontées à des charges supplémentaires, les entreprises feront comme leurs homologue françaises: elle embaucheront seulement le personnel strictement nécessaire et, comme le salaire de base sera élevé, elles préféreront des candidats qualifiés, ou des personnes pouvant attester d’une expérience préalable, dont on pourra attendre une productivité élevée, au détriment de ceux qui ne peuvent présenter qu’un CV réduit – en premier lieu les jeunes sortant de formation.
Cette pression économique conduira forcément les entreprises à exiger davantage de leurs collaborateurs et donc à durcir les conditions de travail, à remplacer des emplois par des machines, voire à délocaliser certains services à faible valeur ajoutée.
Président du PSS, Christian Levrat balaie l’argument en disant que le coiffeur du coin ne peut pas délocaliser. C’est vrai, mais par contre, il peut fermer boutique ! S’il ne tourne plus, il n’aura pas le choix, et ses employés n’auront plus de salaire du tout. Dommage que M. Levrat, typique représentant de l’électorat socialiste contemporain – formation supérieure, double revenu élevé –  ne connaisse pas la base professionnelle qui rame.
Parmi les entreprises, parmi ces PME qui sont le ressort de l’économie suisse, celles liées au petit commerce, à l’hôtellerie et à la restauration seront particulièrement touchées, car beaucoup d’entre elles seront étranglées par les charges, et devront «tourner» avec moins de personnel, alors même qu’il en faudrait davantage: n’importe quel cafetier-restaurateur vous le dira – et les clients aussi!
L’instauration d’un salaire minimum pénalisera non seulement les plus précaires, mais l’ensemble des salariés: le salaire minimum risque bien de devenir le salaire d’engagement de base, si bien que des candidats qui auraient pu s’attendre à davantage lors de leur engagement verront leur rétribution ramenée au minimum. Ainsi, on aurait un grand nombre de salariés au tarif minimum, les entreprises étant dans l’incapacité d’accorder des augmentations de salaire – situation classique en France.
Un autre argument est peu évoqué parce qu’il n’est pas politiquement correct, et pourtant il pèse lourd: l’existence, en Suisse, d’un salaire minimum deux à trois fois plus élevé que dans le reste de l’Europe, produirait un formidable appel d’air, et ce qu’il faut bien appeler une… immigration de masse ! Pas sûr que les Suisses veuillent se soumettre à une concurrence féroce sur le marché de l’emploi, et subir une nouvelle vague d’immigration.

 

****½56votes




Commentaire de Paul Bär le 16 avril 2014 à 11:28

Un paramètre à ne jamais oublier, aujourd’hui la gauche ne défend plus les classes industrieuses indigènes, mais avant tout les nantis aux emplois garantis et son nouveau “coeur de cible”, les étrangers naturalisés récents ou non.

Rien d’étonnant donc que nos “rouges” s’en foutent que les bas salaires à faible qualification soient remplacés par des machines et que les salaires moyens soient mécaniquement tirés vers le bas.

Commentaire de Steve Spurley le 16 avril 2014 à 12:55

J’ai sept employés avec des qualifications peu élevées. En cas d’acceptation de l’initiative, je licencierai le moins qualifié (qui ne retrouvera sans doute pas facilement du travail), et les six restants travailleront pour sept, au même salaire. Merci les Rouges !

Commentaire de P.M. Vergères le 20 avril 2014 à 13:26

Pas besoin de se creuser les méninges bien longtemps. L’Espagne et la France ont introduit, avec le succès que l’on sait, ces brillantes mesures et on voit bien le résultat aujourd’hui. Mais il est vrai que sans chômeurs, les syndicats pourraient douter de leur utilité! Donc, dans le fond, ils travaillent pour eux.
Si vous ne le croyez pas, regardez les taux de chômage en France et en Espagne (les vrais) et bon vent.

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.