ico Suisse «Rosebud»: un architecte qui méprise le peuple vaudois

18 septembre 2012 | Catégorie: suisse

FRANK BRIDEL

24 Heures a publié le 6 septembre une interview consternante de M. Marc Collomb, auteur du projet «Rosebud», conçu pour héberger le Grand Conseil vaudois, adopté par ce parlement, combattu par les 16 000 signataires d’un référendum qui aura lieu le 3 mars 2013.
Comme, dans l’intervalle, le conseiller d’Etat Broulis propose de modifier ce projet – ou du moins son toit – pour le rendre admissible aux référendaires et même à la majorité des votants, il s’agissait de savoir ce qu’en pensait l’architecte responsable.
Sa réponse aura scandalisé ceux qui refusent de s’incliner devant un type d’architectes méprisants pour les habitants de la localité ou de la région où ils ont la chance de travailler et, obnubilés par leur propre ego, veulent choquer pour qu’on se souvienne d’eux. Voici ce qu’il dit des opposants: «Je pense qu’ils se sont fait une opinion immédiate, uniquement sur une image…». Et, plus loin: «Si les gens ont réagi sur cette image, c’est que nous avons surestimé la capacité du public à suivre notre raisonnement».
On ne saurait être plus arrogant: d’un côté le peuple, le vulgaire, les béotiens, de l’autre les détenteurs du savoir, qui se moquent de l’ «image» parce qu’ils savent, eux, raisonner. Plus loin encore, les protecteurs du patrimoine sont traités d’ «extrémistes».
L’indescriptible toit jure, c’est évident, avec la silhouette de la Cité, visible de très loin, laquelle identifie Lausanne comme une ville où survit une harmonie entre des bâtiments de plusieurs siècles différents. L’architecte justifie son toit par le volume d’air nécessaire aux députés. Là, il nous sous-estime: à qui fera-t-on croire que seule une toiture disproportionnée et d’une forme extravagante permettrait d’assurer à nos élus l’oxygène qu’exigent leurs neurones? L’interviewé concède qu’on pourrait remplacer, sur ce toit, le métal gris du projet par des tuiles, mais naturellement pas n’importe lesquelles: «Il faudra faire des recherches pour adapter un modèle à la pente du toit. Ce serait une belle issue que de créer “la tuile du Parlement”». Belle pour qui? Et payée par qui, dans l’intérêt de qui? Enfin viennent les aveux: D’abord, «…on ne pourra pratiquement pas limer sur les dimensions». Ensuite,«…la géométrie du toit ne va pas changer».
Voilà M. Broulis averti: Il lui faudra beaucoup de courage, d’obstination et d’appuis pour faire entendre raison à un architecte qui s’affirme aussi inflexible. L’homme d’Etat vaudois pourra-t-il obtenir un recul significatif chez un homme plus intéressé par son «raisonnement» que par «l’impact visuel» de ce qu’il construit? Dans son souverain dédain pour ses concitoyens, cet homme acceptera-t-il qu’on cherche à apaiser les référendaires et à séduire la majorité des votants  pour éviter, si possible, qu’elle refuse le crédit de 15 millions voté par le Grand Conseil ? C’est plus que douteux.
Quoi qu’il en soit, la situation actuelle est surréaliste. Après dix ans d’atermoiements, la majorité des élus en quête de logement neuf se sont inclinés devant un pouvoir architectural qui les dépasse. Comme souvent, malgré des critiques qui n’ont pas manqué au fil des années, ils n’ont pas su sentir la fronde qui grondait chez leurs électeurs. Et il faut maintenant qu’un magistrat soucieux de l’intérêt général et doué pour la conciliation se collette avec un raisonneur qui n’en a cure. D’un combat singulier pourrait dépendre la décision populaire du 3 mars prochain?
Hélas! en architecture et en urbanisme il n’y a pas de bons compromis. Défenseurs d’un patrimoine essentiel, les référendaires, espérons-le, resteront intransigeants et même élargiront le champ de leurs critiques. Tactiquement, ils ont eu raison de concentrer leurs feux sur l’horreur la plus éclatante, celle du toit. Après cette victoire, ils ont tout loisir d’examiner l’ensemble du bâtiment et son impact sur le quartier de la Cité.
S’ils demeurent fermes et que, le 3 mars 2013, la majorité populaire refuse le monstre, ce ne sera pas un drame. Les 4 millions déjà dépensés pour le projet ne l’auront sans doute pas été entièrement en vain, car leurs auteurs ont dû étudier ce qu’on peut, ou ne peut pas construire sur les ruines de l’ancien bâtiment. Pour n’avoir pas respecté le patrimoine de leur capitale, les députés resteront en punition (très douce) à l’Aula de Rumine, le temps qu’il faudra, en attendant une solution tout autre que l’actuel œuf de… Collomb.

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Commentaire de B. Brunner le 18 septembre 2012 à 14:24

Excellent article!

De plus le raisonnement de l’architecte ne tient pas 10 secondes aux lois de la physique.

Avec une telle hauteur, l’air chaud ayant une fâcheuse tendance à monter, soit les députés seront dans un courant d’air permanent leur ramenant de manière forcée l’air de tout en haut vers le bas, soit la température devra dépasser allègrement les 30 °C en haut de la pièce même en hiver, pour qu’il fasse au moins 18 °C en bas, au vu de la hauteur, avec seule l’aération “naturelle” prévue.

Un toit aussi énorme pour n’utiliser que 60% d’énergies renouvelables (et purement solaire thermique) ? Un projet combiné solaire thermique+solaire électrique+pompe à chaleur avec stockage l’été et durant les séances où les parlementaires présents dégagent suffisamment de chaleur en étant là éveillé et réfléchissant aurait permis d’atteindre 100% d’énergie renouvelables, et un ouvrage de référence à énergie positive, tout en respectant l’architecture du quartier et les budgets.

Il est urgent de voter Oui à l’initiative et de repenser ce projet, en utilisant les ressources de savoir de l’EPFL et de l’UNIL, qui ont considérablement évolué ces 10 dernières années, et en se donnant un but ambitieux, mais possible, montrant le chemin de la sortie complète du nucléaire et du pétrole, du gaz et du charbon pour un bâtiment de référence cantonal.

Mais où sont donc passés les vrais Verts ???

Commentaire de Jean-Pierre Blanc le 18 septembre 2012 à 16:08

Laideur de l’architecture contemporaine (du mondialisme) :
http://www.youtube.com/watch?v=rNozfdE8jCM

Commentaire de Pierre Santschi le 18 septembre 2012 à 21:17

@M Brunner.
Mais que sont les vrais Verts dans l’esprit de Brunner?
Sont-ce ceux qui sauront, résistant au “collège”
Qu’est le Conseil d’Etat, avec un peu de nerfs,
Dire que le mépris mérite qu’on s’allège
De la bureaucratie imposée au Château
Et que de l’arrogance on desserre l’étau?

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