ico Suisse Résidences secondaires: les propriétaires rançonnés

25 juin 2014 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Les propriétaires de résidences secondaires en Valais, mais aussi aux Grisons et à Berne, sont en colère. Les communes ont introduit une taxe qui veut les inciter à louer leur bien, faute de quoi ils passeront à la caisse.
Val d’Illiez a donné le branle, bientôt suivie par Champéry, Crans-Montana, Ovronnaz, Veysonnaz, Anniviers, Wiler, Bürchen, Zermatt, Riederalp, Bellwald, La Lenk… La motivation est toujours la même: le tourisme va mal, les nuitées sont en baisse, les infrastructures coûtent extrêmement cher, les charges communales sont élevées – Anniviers est la quatrième plus grande commune de Suisse – et la structure économique même des vallées change avec la Lex Weber: la traditionnelle manne résultant de la vente de terrains et de la construction de résidences touristiques à tout va, qui a fait leur richesse pendant des lustres, va se tarir.
Selon les autorités communales, cette taxe n’est pas élevée (de quelques centaines à quelques milliers de francs par année selon le nombre de lits), et les propriétaires s’y retrouveront facilement en louant leur bien pendant quelques semaines. De plus, on leur offrira des rabais sur les installations touristiques, et ils pourront même être épargnés par la taxe de séjour – au reste largement impayée… Président d’Anniviers, Simon Epiney rappelle que les résidences secondaires ont doublé de valeur en vingt ans, qu’elles paient peu d’impôts et de droits de mutation, que les droits de succession n’existent pas, et qu’elles coûtent davantage aux communes qu’elles ne rapportent: 1’800 francs par an et par unité, selon une étude du Bureau Hanser + Partner à Zurich.
Si les décisions des communes ont été validées par le Conseil d’Etat valaisan dans certains cas (mais pas en Anniviers), et même par le Tribunal fédéral pour ce qui concerne les Grisons, les propriétaires de résidences secondaires – les « R2 » – n’en sont pas plus heureux. On notera au passage que le peuple valaisan avait refusé le principe d’une telle taxe en 2009, par 75% des voix !
Les « R2 » des différentes régions se sont organisés en associations. Ils s’insurgent de ne pas avoir été consultés, et refusent d’être des vaches à lait, les boucs émissaires d’une mauvaise gestion touristique. Au plan fédéral, c’est l’ARSS (Alliance résidences secondaires suisses), présidée par Heinrich Summermatter, qui fédère les diverses associations locales (plus de 20), et aspire à devenir un lobby national. Pour lui, la taxe est «une vengeance» des communes qui, faute de pouvoir punir les Zurichois qui ont voté la Lex Weber, s’en prennent aux propriétaires.
En Anniviers, c’est Asproluc qui mène le bal, conduite avec une belle énergie par le Genevois Gilbert Burki. Pour lui, cette taxe incitative ne résoudra pas le problème des lits froids, dans la mesure où l’offre dépasse déjà la demande, mais aggravera encore la situation de l’hôtellerie professionnelle.
Plus fondamentalement, les propriétaires sont allergiques à l’idée d’être forcés à louer leur bien: «Je veux savoir qui couche dans mon lit», dit Gilbert Burki. Au-delà de cet aspect très sensible – le chalet est souvent vécu comme une retraite personnelle ou familiale, que par définition on ne veut pas partager avec des inconnus – , la location pose des problèmes concrets, et suppose notamment des déplacements fréquents de la part du propriétaire. Pour le Genevois qui loue son bien en Anniviers ou à Zermatt, les coûts induits dépassent largement le montant de la location.
Il est douteux que la nouvelle taxe, toute incitative qu’elle soit, incite beaucoup de propriétaires à louer leur bien ! En revanche, elle incitera certains à vendre leur propriété, ce qui n’est clairement dans l’intérêt de personne.

 

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Commentaire de Sébastien Vullioud le 29 juin 2014 à 20:42

Les résidences secondaires… en voilà de petits soucis pour de petits bourgeois.
Cette semaine le conseil fédéral vient d’annoncer la future interdiction de l’utilisation du capital LPP pour financer l’achat d’un bien immobilier. En voilà une bonne claque que je viens de me prendre ainsi qu’une bonne partie de la classe moyenne travailleuse de ce pays. On était déjà sans doutes un des pays au monde ou le chemin de l’accès à la propriété était le plus semé d’embuches mais là ça va bientôt devenir impossible à moins d’être un fils à papa et de recevoir de l’argent de ses parents. Ce qui est sur avec ce genre de mesures c’est que les riches resteront riches et les “pauvres” seront condamnés à louer des biens immobiliers au prix (surfait) du marché fixé par les riches qui font 5-15% de rendement sur leurs biens.
Mon fils a 1an, j’espérais qu’il aie sa propre chambre, un jardin ou jouer et un endroit pour bricoler avant ses 5ans, à quoi bon si il faut encore économiser 15ans de plus?
Parfois je me demande si le but de nos politicards n’est pas de nous voir nous exiler en France, ce qui restera bientôt le seul moyen pour la classe moyenne de devenir propriétaire avant l’age de 50ans.

Commentaire de Charly Teuscher le 30 juin 2014 à 16:55

Oui, à Ovronnaz on est fâché. Aucune information officielle de la Commune de Leytron n’a été faites aux intéressés, Même le règlement TR2 n’a été mis en ligne que 11 jours après le début de sa mise à l’enquête. Toutes les infos sur notre site http://www.ovronnaz-apero.ch Association des Propriétaires de Résidences secondaires Ovronnaz

Commentaire de christian rey le 20 janvier 2015 à 11:16

Tout coûte plus cher au Val d’Anniviers, les diverses Taxes, les visites non autorisées de géomètres qui s’amusent à faire des relevés sans l’accord des propriétaires sur mandat de la Commune, laquelle envoie bien sûr facture l’intervention au propriétaire. Tout est bon à prendre pour remplir la tirelire ! La réunification des communes d’Anniviers était censée permettre des économies d’échelles, aussi faut-il avoir les capacités de les mettre en place… Quelle tristesse !

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