Est-il inimaginable qu’une femme, travaillant comme caissière à la Migros, puisse lire autre chose que des biographies nunuches de stars diverses? Pour un certain nombre d’élus libéraux-radicaux, qui militent contre le prix unique du livre, c’est effectivement inimaginable. Plusieurs d’entre eux, dans la campagne actuelle, brandissent toujours le même exemple, supposé torpiller le prix unique: «La caissière de la Migros ne pourra plus se payer la biographie de Lady Diana, alors que le professeurs d’université, qui a les moyens, pourra toujours acheter ses livres à bon compte.»
Sachant que la majorité des lecteurs de livres sont des femmes, MM. Nantermod et consorts ont probablement marqué là un bel autogoal. Leur argumentation, simplette et méprisante pour les femmes, en particulier pour celle qui gagnent leur vie difficilement (des bécasses, forcément), convaincra sans doute beaucoup d’hésitants à voter en faveur du prix unique du livre.
Et ils auront raison. Venir dire que la libre concurrence dans le marché du livre suffit à réguler le marché est, au mieux, stupide, au pire, mensonger. Comment peut-on comparer des grandes surfaces, pour qui la vente de livres est totalement accessoire puisque leur chiffre d’affaires se réalise sur des produits de consommation courante, et de petits libraires, pour qui la vente de livres est l’unique ressource? C’est absurde, un enfant de quatre ans comprendrait cela.
Au reste, les grandes surfaces sélectionnent soigneusement les livres qu’ils vendent. Ce ne sont pas ceux d’auteurs locaux, ce ne sont pas des essais exigeants, ce ne sont pas des livres publiés par de petits éditeurs qui galèrent; ce sont seulement les best-sellers, les livres faciles et trendy, les traductions qu’on trouve dans les aéroports du monde entier, les BD très grand public. Et comme ils n’ont pas besoin de cela pour vivre, ils peuvent casser les prix, vendre à perte ou sans marge. Le client qui compte ses sous ira donc de préférence acheter ses best-sellers en grande surface, ce qui privera à coup sûr le petit libraire des revenus bienvenus que lui apporterait la vente de ces livres-là. Car lui, il se fait un devoir de présenter aussi des livres difficiles, des publications spécialisées ou universitaires, des auteurs et des éditeurs romands, voire – sommet de l’abnégation éditoriale – de la poésie! Autant de genres qui ne nourrissent pas son homme, ou bien mal, qu’il soit écrivain, éditeur ou libraire.
Défendre les petits libraires n’est pas un combat d’arrière-garde. Il n’est pas dans la logique culturelle qu’ils disparaissent, et là est l’essentiel: le prix unique du livre ne ressortit pas à une problématique économique, mais à une exigence culturelle et sociale. A partir de là, il est naturel que la collectivité et l’État s’engagent pour la défense et la promotion du livre, comme ils le font pour le théâtre, la danse, le cinéma, la musique…
Si la logique économique veut que les librairies disparaissent au profit des grandes surfaces et d’Amazon, alors notre logique économique est malade, et notre culture est en péril.
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
La culture peut tout à fait fonctionner avec d’autres canaux que les traditionnels. C’est vrai que les disquaires ont disparu avec Internet, la musique n’est par contre pas morte.
Mais j’aimerais bien savoir où vous m’avez lu ou dire que la “caissière de la Migros” n’achetait que de la piètre littérature.
Vous qui vous prétendez résistant face aux assauts du politiquement correct, je trouve votre argumentaire particulièrement “mainstream” comme on dit.
Merci Monsieur Barraud d’éclairer un peu ma lanterne ..car je n’y comprends plus rien dans ces pours et ces contres.
En résumé : le prix unique du livre, fera baisser le prix de celui-ci chez les libraires? C’est bien ça?
Personnellement , je lis beaucoup ;je suis donc abonnée à la BCU de mon canton mais j’ai toujours du mal à me séparer d’un livre: j’aime l’avoir à portée de main pour retrouver tel ou tel passage , pouvoir y faire des annotations, marquer des repaires etc..
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Alors, j’ai tendance à acheter mes livres..ce qui grève quand même pas mal mon budget
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Jusqu’à il y a peu j’achetais mes livres chez les libraires de la capitale de mon canton.Parfois à la FNAC.
Depuis 2 ou 3 ans, une jeune libraire s’est installée dans le petit chef lieu de mon district et je trouve cela tellement courageux que depuis,je commande tout chez elle, pour moi, pour des bons-cadeaux etc….
Mais comme je le dis plus haut..mon budget !!..Combien de fois ai-je été tentée par Amazon !!
Je suis donc en faveur de la baisse du prix du livre. évidemment pour mon propre intérrêt.
Mais je n’étais pas certaine que cela soit favorable aux petits libraires et je ne voulais pas contribuer par mon vote , à la disparition de ma librairie toute proche.
Je me suis donc renseignée auprès de ma libraire…qui milite pour le oui! Ouf !
Je n’ai pas cherché plus loin: le prix unique du livre semble être favorable aux libraires et aux lecteurs…Alors, pourquoi “pinailler” ?
Le problème semble résider (une fois de plus), chez des intermédiaires qui auraient cartellisé la redistribution des livres en interne de la Suisse.
Si c’est le cas, comment peut-on les empêcher de continuer à nuire?
Et le prix du livre unifié contribuera-t-il à les faire disparaître (ce qui ne serait socialement pas dommageable, les profits qu’ils auraient amassés leur permettant sans doute de survivre) ?
A ceux qui croient que le prix unique “sauve” les petites librairies, je vous invite à lire le rapport de 2011 du ministère de la culture français et du syndicat de la librairie sur la question:
http://www.ddm.gouv.fr/IMG/pdf/Etude_Xerfi_librairies_conclusionsV_DEF.pdf
En bref: “Le déclin se poursuit pour les libraires” et “L’érosion du tissu de librairies va s’accélérer”.
Vraiment un succès cette politique du livre.
L’assistanat et le protectionisme n’engendrent pas la qualité dans le domaine des arts !
@Philippe Nantermod
On a tous droit à sa minute de déprime conformiste, non ?
. Je crois comme vous qu’un oui au prix unique du livre ne sauvera pas les petites librairies à long terme; elle leur laissera tout au plus un délai pour mourir.
Et aussi bien intentionnée qu’elle soit, cette démarche du “prix unique” s’inscrit dans une tendance internationale de restriction des libertés individuelles (entendez de soviétisation planétaire).
C’est pourquoi, en dépit de tout le capital sympathie que je porte aux métiers du livre, cette politique du prix unique me laisse un arrière-goût de doute profond.
Il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas un problème de librairie et d’offre à disposition des lecteurs, on a plutôt affaire à une orientation de la société vers les nouveaux médias au détriment des supports traditionnels comme le livre imprimé. Les gens ignorent-ils l’existence de la littérature régionale? Non, parce que beaucoup ont en principe côtoyé Ramuz voire Jacques Chessex (même s’il n’y a pas qu’eux, j’en conviens!). On leur a montré la littérature française au cours leur scolarité obligatoire. Mais beaucoup préfèrent s’intéresser à la littérature policière et fantastique (et encore, pour la seconde, à l’heure des jeux vidéo). Au vu de cette situation, je ne vois donc pas pourquoi permettre cette distortion de concurrence pour maintenir à tout prix ce mode de distribution qui s’avère peu utilisé par la population.
De plus, cet article ne donne pas envie de voter pour le prix unique car il est vraiment réducteur à mon sens:
- Le site Amazon ne distribue-t-il pas de la littérature et des textes scientifiques? Il n’y a qu’à chercher dans la barre en plein milieu de votre écran et vous trouverez à peu près tout. et je ne crois pas que cette formule d’achat soit ignorée du grand public…
- Est-ce que la disparition des librairie et même du livre constituerait-il un problème à terme? Non, car comme l’a dit M. Nantermod, d’autres médias les remplacent, comme les e-books dans notre cas. Et les gens qui voudront toujours acheter leurs livres “pour éviter de s’esquinter les yeux” le pourront bien évidemment toujours, mais dans des niches plus spécialisée et rares.
- Et, de manière générale, ce n’est pas parce que les prix sont plus chers que je déguerpis forcément les librairies. Lorsque j’ai envie ou besoin d’un livre rapidement, c’est là que je me rends en priorité
Par contre, je ne vois pas pourquoi on supporterait davantage ce libraire que les autres formules de vente existantes, surtout lorsqu’on sait que les gens continueront à s’approvisionner via Amazon. Surtout lorsqu’on sait que cette initiative ne peut pas intervenir sur le plan douanier et qu’elle favorise justement les importateurs!
Je vous entends bien M. Barraud, mais malheureusement les prix pratiqués par les libraires en Suisse ont été beaucoup trop importants. Les importateurs prennent trop de marge.
Pour ma part, j’achète mes livres sur amazon et j’encourage tout le monde à le faire. C’est beaucoup moins cher et très pratique, livraison à domicile gratuite. Il faut juste ne pas acheter à la fois pour plus de 200 Frs de livres et de 60 frs de cd/dvd sinon on doit payer des frais de douane et la TVA.
Et je peux vous assurer que je n’achète pas des livres ultra-commerciaux. J’achète de la littérature, des livres scientifiques, des essais, bref toutes sortes d’ouvrages culturellement très élevés. Et certains, je ne les trouverais certainement pas chez les libraires…
Que les librairies baissent leur prix s’ils le peuvent et qu’ils exigent des importations moins cher surtout.
Le service après-vente d’amazon est également très bien.
Je suis tout à fait d’accord avec M. Rouzeau sur ce qu’il dit à propos d’Amazon, un site que je vais souvent consulter. On y trouve toutes sortes d’ouvrages culturellement élevés dont on peut lire le résumé, les critiques etc..
Je suis d’accord avec lui pour dire que c’est un moyen très pratique qui m’a souvent tentée..Mais je suis un peu “poujadiste”, je m’évertue de soutenir les petits commerçants que sont les petits libraires.
Ils font partie de la “Cité” et de son animation.
Je reprocherais quand même à la majorité des libraires de n’avoir en stocks , de ne mettre en vitrine ou bien en vue sur leur étal,. que des livres “médiatiques” sensés plaire aux clients éventuels.
Je trouve dommage que bien souvent , ils n’aillent pas un peu fouiller pour savoir quels sont les livres qui sont publiés mais dont les médias parlent peu .
Pour ma part, il est rare que je trouve ce que je cherche dans le stock d’un libraire; je dois toujours le faire commander.ce qui n’arrange certainement pas les affaires du commerçant qui voit ses livres rester en stock…mais bon, peut-être ne devraient-ils pas se cantonner aux ouvrages médiatisés…
D’accord à propos du mépris pour la caissière de la Migros. Ok, vive les petites librairies! Elles vont survivre grâce au bestsellers qu’elle pourront vendre aussi avec un marge. Et les grands distributeurs vont gagner par la masse. Si le petit libraire n’arrive pas à survivre c’est que ce qu’il propose aussi dans le catalogue ne se vend pas assez. La question centrale sont les diffuseurs, cartel contrôlé par Hachette en Suisse romande. Au dela du prix, il faut permettre à tout un chacun d’importer librement sans passer par les diffuseurs. 70% à 80% des livres lus en Suisse romande sont d’importation. Bref, et la nourriture n’est pas fondamentale? Et qui a défendu les épiciers proposant des produits locaux, de qualité, etc?
Ce n’est pas militant pour la politique du prix unique en faveur des petites librairies qu’on sauvera ces dernières. Au risque de rappeler une évidence, les canaux de distribution ont changé et les habitudes des acheteurs également. La politique du prix unique est un combat d’arrière-garde sans aucun effet positif pour les librairies et les lecteurs. En réalité, les librairies qui survivront seront celles qui feront preuve d’innovation et qui proposeront des prestations que n’offrent pas les grandes surfaces et les sites déjà mentionnés. En outre, au risque de susciter un autre débat, on peut se demander si la promotion et la défense du livre sont des tâches de l’Etat.
@M. Nantermod , à propos du déclin pour les libraires en France, ne pas toujours écouter les infos offcielles :
http://pourlelivre.wordpress.com/2008/06/29/le-marche-du-livre-en-france
oui, le problèem vient des diffuseurs qui, me dit un libraire français, n’ont pas de concurrent. Ils ont le monopole de la diffusion et vous livrent ce qu’ils veulent.
Je comprends pourquoi il est très difficle d’obtenir certains ouvrages …
Je pense par ex. actuellemnt au livre de Ivan Rioufol “De l’urgence d’être réactionnaire” que cette librairie française n’arrive pas à obtenir.
Ou encore , il y a 2 ans environ me semble-t-il , le livre de Vaclav Klaus :
“Planète bleue en péril vert”, impossible à obtenir dès le lendemain de sa parution..et que je n’ai jamais pu obtenir même apèrs plusieurs téléphones avec le diffuseur!
Il y a derrière la diffusion du livre, des magouilles politiques, c’est certain!
On pourrait penser que cela est spécifique à la France mais j’ai quand même quelques doutes sur ce qu’il se passe chez nous. voyez avec les livres de jean Ziegler: dès qu’il en pond un nouveau, il est tout de suite accessible ; on peut le voir en plusieurs exemplaires dans toutes les vitrines des librairies et surtout de nos grandes surfaces!
Mais essayez d’obtenir l’ouvrage d’un auteur qui vient le contredire par des arguments percutants ..il vous faudra le commander.
Je pense tout particulièrement à “Une Suisse au dessus de tout soupçon” que l’on voyait quasiment empilé à portée de main et le livre qui a suivi de “Une Suisse insoupçonnée” de Victor Lasserre que mêm des libraires semblaient ignorer…
Bon , il est à noter , juszte commeça en passant, que Ziegler édite en France ……ce qui lui permet d’échapper au fisc suisse
Ce qui me fait un peu sourire dans cette problématique, c’est que les opposants au prix unique s’en prennent en fait à un des fondements de l’économie de marché tout en prétendant défendre celle-ci: La volonté entrepreneuriale. En définitive, voter cette loi c’est savoir si l’on veut uniquement des gros distributeurs ou aussi des petits. Une lutte entre quelques oligopoles et la multiplicité propre à toute concurrence saine. Or, refuser le prix unique, c’est rendre impossible toute velleillité d’un jeune entrepreneur qui voudrait se lancer dans le commerce de la librairie. Un cas flagrant dans lequel les sacro saintes lois du marché détruisent elles-mêmes le cadre nécessaire à l’épanouissement de celui-ci.
Stevan, c’est exactement le contraire. La loi bétonne l’existence et le rôle des importateurs (cf. art. 4 LPL). Un petit entrepreneur sera obligé d’appliquer les tarifs de quatre sociétés en mains étrangères.
Si nous voulons une concurrence saine, il faut que la COMCO termine le boulot engagé il y a quelques années et qui a aboutit en Suisse alémanique à l’interdiction du Sammelrevers (l’ancien cartel). En Suisse romande, une enquête a été menée mais a été suspendue suite au vote sur la LPL par le parlement. SI nous disons nous, la COMCO devra reprendre son boulot et, peut-être enfin, mettre un terme à ces abus de position dominante.
@Marie-France Oberson: bien de votre avis, toutefois les informations officielles sont intéressantes en terme de chiffres.
Je suis opposé à tout ce qui est unique et normalisé, qu’il s’agisse de la pensée comme du prix du livre. Imaginer un monde où un groupuscule décidera ce qui est bon pour le citoyen nourrit chez moi les plus grandes craintes. Et qu’on le veuille ou non, un livre est un produit commercial comme les autres si on fait abstraction de son contenu: ce qu’on achète, c’est essentiellement le support papier et le financement du canal de distribution.
Prix unique ou non, il y aura toujours des libraires indépendants au même titre qu’il y a des artisans-fromagers et bouchers indépendants malgré les grandes surfaces, et dont l’existence même dépend de la qualité des produits et services. Leur survie ou non est donc entre leurs mains et non entre celles d’une élite bien-pensante qui aura beau jeu de réglementer un marché d’où la concurrence aura disparu. Ca s’appelle du protectionnisme et ça n’a jamais donné de bons résultats.
Le principal problème réside dans le fait que les livres, pour la plupart importés, sont tarifés à un cours de l’Euro n’ayant jamais été atteint dans l’histoire de cette devise (soit 1 Euro = 2 CHF), et qu’il est devenu facile de payer un prix correct en achetant par ex. sur Amazon. Ce n’est pas au consommateur de perfuser un marché tenu par un monopole sous prétexte d’accès à la culture et de survie d’un métier devenu désuet.