Donc, Le Matin a décidé de «se faire» un conseiller d’Etat neuchâtelois, Frédéric Hainard, par le harcèlement quotidien caractéristique de la presse de boulevard. Pourquoi? Au service de qui? Si vous avez la réponse…
Frédéric Hainard, le plus jeune conseiller d’Etat romand en fonction, est un homme énergique, qui n’aime pas les dossiers qui traînent, ni les gens qui parasitent la société: les abus de prestations sociales, les profiteurs et les resquilleurs, ce n’est pas son truc. Pour un homme politique, ce sont des qualités risquées, tant on préfère dans ce pays ceux qui ne font pas de vagues, ceux qui se coulent dans le moule de l’action minimale pour huit ou douze ans. De plus, il est de droite, ce qui pour la plupart des médias constitue une circonstance aggravante a priori.
Le Matin utilise beaucoup d’espace et d’énergie pour mener une campagne hargneuse, supposer clouer le magistrat au pilori. Le but manifeste du quotidien est de dresser les Neuchâtelois, et surtout le Grand Conseil, contre Hainard, de manière à faire passer deux pétitions déposées par des avocats qui, eux, défendent des intérêts privés. Tiens tiens! N’est-il pas étrange que Le Matin se mette au service d’intérêts privés – ceux des clients des avocats – tout en prétendant agir au nom de l’intérêt général? Pas joli-joli, ça!
De toute façon, il est peu probable que la laborieuse cabale ourdie à Lausanne atteigne son but. En effet, le quotidien a beau accumuler les «nouveaux témoignages», bien entendu «accablants» (c’est fou ce qu’on aime dénoncer, dans ce pays), tout cela tombe à plat. En effet, les prétendus «dérapages» de M. Hainard sont au pire des vétilles. Mieux: on lui reproche même (Le Temps du 5 mai) d’avoir fait son boulot! En 2005, alors qu’il travaillait à la police de sûreté, il a contribué à l’expulsion d’une requérante déboutée, après la filature du fils de celle-ci. Ainsi, aujourd’hui, c’est Le Temps qui apporte sa pierre à la lapidation de Frédéric Hainard – nul doute que les autres médias ne voudront pas être en reste.
Puisque Frédéric Hainard est novice en politique, on ose lui donner un conseil: c’est de ne plus se prêter au jeu du chat et de la souris avec Le Matin, car il est sûr de perdre. A chaque nouvelle charge, le journaliste prétend lui donner l’occasion de s’expliquer, mais est réalité c’est à chaque fois un nouveau piège qu’il lui tend. De plus, un magistrat n’a pas à se soumettre aux interrogatoires d’un journaliste-procureur, qui lui n’est ni élu, ni assermenté. Que Frédéric Hainard se taise désormais, qu’il réserve ses réponses et sa défense à ses pairs du gouvernement et au Grand Conseil. A ce stade de l’affaire, la collaboration avec les médias est un piège fatal, car plus l’homme est déstabilisé, plus ils vont l’enfoncer.
La France est une démocratie formidable! Dans laquelle un candidat peut utiliser les privilèges de la présidence pour monopoliser les médias, au mépris de ses concurrents. Six chaînes de télé, convoquées pour faire valoir le président, c’est tout simplement inouï, inimaginable ailleurs. Vous imaginez Mme Merkel organisant un show pareil? Ce serait un lynchage médiatique immédiat. En France, non, c’est normal, tout le monde est aux ordres. Tenez, les journaux horaires de France-Inter commencent invariablement par ces mots, obsédants: “Nicolas Sarkozy…”
On se croirait en Corée du Nord ou, pour rester dans l’actualité, au Sénégal. Ce n’est pas un compliment.
L’expulsion mentionnée de la requérante n’a pas eu lieu après la “filature” du fils de celle-ci, mais bien son enlèvement sans motif par la police, ce que les instances judiciaires ont souligné en parlant de “méthodes dignes d’un Etat totalitaire” (précisons à votre attention qu’il ne s’agit pas d’un compliment). Votre indignation sent décidément le moisi et vous êtes bien mal placé pour donner des leçons au «Matin».
M. Blaise Guignard est bien critique à l’égard de M. Barraud. On aimerait avoir plus d’arguments…
De là à caractériser de moisi l’indignation de M. Barraud, il me semble que cela est un peu excessif. Argumentez Monsieur!