Le Conseil d’Etat vaudois souhaite-t-il susciter une crise de la police comparable à celle de Genève, à quelques semaines des élections? En annulant de manière cavalière une rencontre avec les syndicats, il jette sottement de l’huile sur le feu.
Le 31 janvier, des négociations devaient s’ouvrir entre une délégation du gouvernement et les syndicats de la police cantonale, qui revendiquent, notamment, une augmentation des effectifs de 150 unités. Or c’est par un simple message e-mail que le Service du personnel – même pas la Chancellerie – informait, le jour même, les interlocuteurs du Conseil d’Etat que la séance était renvoyée sine die. Cela, sous le prétexte qu’il a «besoin de temps.» Quel mépris! Comment un gouvernement peut-il traiter de manière aussi désinvolte tout un corps de fonctionnaires en colère, confrontés à des difficultés multiples, et à une tâche de plus en plus dangereuse?
Comme par un fait exprès, l’actualité est venue brutalement rappeler le gouvernement et le Grand Conseil à leurs responsabilités: des braquages quotidiens et violents ont exaspéré la population et les commerçants. La police, consciente de ses limites, les a renvoyés à leurs responsabilités, dans un message quelque peu ambigu: protégez-vous, défendez votre commerce et votre tiroir-caisse. Le message est vite passé: certains commerçants se sont équipés, en effet, ce qui est compréhensible, mais risque de faire monter la violence d’un cran, avec de possibles victimes du côté des uns comme des autres. Et qui sera montré du doigt, en cas de pépin? Le commerçant, bien sûr, qui aura réagi de manière «disproportionnée»: on entend déjà les avocats spécialisés.
Dans ce dossier brûlant, Mme Jacqueline de Quattro, libérale-radicale, se trouve constamment mise en difficultés par son propre camp du centre-droite. Elle est favorable, en tant que ministre responsable de la sécurité publique, à une augmentation significative des effectifs. Or, elle se heurte sans cesse à l’obsession des économies de ses propres amis, du PLR à l’UDC, qui refusent systématiquement les augmentations d’effectifs demandés.
Ce faisant, le centre-droite se tire une balle dans le pied, mieux, il se tire une vraie rafale. Car ce qui est la vraie priorité aujourd’hui, pour la population, c’est la sécurité; c’est de mettre une limite à ces braquages incessants, et qui débouchent rarement sur des arrestations; c’est de libérer les villes de ces bandes de dealers pour qui il faut, sans cesse, ouvrir de nouveaux centres d’hébergement.
Malheureusement, le centre-droite est sourd à la rumeur qui monte de la rue. La rue, croit-il, va le féliciter pour les beaux comptes annuels qu’il présente. Quelle erreur! Quelle outrecuidance! La gauche, qui a parfois l’oreille plus fine, a vite fait d’abonder dans le sens des revendications populaires en matière de sécurité. «Il faut renforcer les effectifs de gendarmes sur le terrain. Comme d’autres services, la sécurité publique a besoin de présence humaine», a proclamé Pierre-Yves Maillard.
C’est une évidence. Et même si la brusque conversion de la gauche au discours sécuritaire est cousue de fil blanc électoral, elle n’en est pas moins à saluer. Et à respecter parce qu’il est bien possible que, au train où vont les choses, ce soit demain la gauche qui fasse ce que réclame la population. Ce que le centre-droite, dans sa suffisance, n’a pas voulu entendre.
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
Excellent billet.
Oui, la sécurité est un sujet plus que brûlant.
Oui, le refus du service du personnel d’écouter des employés serait un motif de renvoi immédiat dans n’importe quelle entreprise.
Oui, augmenter la présence policière rassure, et est certainement nécessaire. Mais le canton est grand, et le nombre de malfrats en “libre-circulation” ne cessera d’augmenter tant que la police ne peut y faire un contre-poids efficace.
Pour cela il faut aussi des changements de lois, qui permettent à la police d’agir efficacement. Par exemple le code de procédure avec avocat dès la première heure, et grossières limites de détention d’investigation font qu’il y a plus de malfrats connus en liberté de circulation, et donc besoin de plus de policiers sur le terrain.
Il est urgent de temporairement du moins corriger la situation sur le terrain, mais tout aussi urgent de corriger les défauts du code de procédure fédéral.
Il est piquant de constater que la gauche, qui a toujours été opposée à un “Etat policier”, se mette à réclamer une augmentation des effectifs de la police…
Mais on ne peut que lui donner raison.
A une condition toutefois:
Qu’on remette un filtre aux frontières.
Sans quoi nous serons dans la situation de celui qui s’évertue à éponger une inondation et qui refuse de fermer le robinet!
Question: Que préconise le centre-droite pour remédier à la catastrophe sécuritaire en cours d’évolution?
Notre pauvre droite vaudoise ne cesse d’élargir et d’encaustiquer le chemin de la gauche vers le pouvoir. Je me sens de plus en plus orphelin en matière politique.