Voir un conseiller d’Etat vaudois, Jean-Claude Mermoud, jouer les garçons de course de l’industrie du tabac pour qu’elle puisse continuer à produire des cigarettes hyper-toxiques en Suisse, est intolérable. Les Vaudois n’ont-ils donc aucune morale?
La Suisse négocie actuellement avec l’Union européenne un accord de libre-échange sur les produits agro-alimentaires (par ailleurs discutable), qui exclut une bonne partie des cigarettes produites en Suisse par l’industrie du tabac. Celles-ci sont en effet sont bien trop toxiques pour être autorisées à la vente en Suisse et en Europe: elles sont destinées aux marchés du Moyen-Orient et d’Asie, dont la santé est évidemment le dernier des soucis non seulement des cigarettiers, qui n’ont plus de conscience depuis leur premier million de victimes, mais de nos politiciens.
Et c’est là qu’on s’insurge. Pourquoi, en effet, M. Mermoud et ses collègues de Neuchâtel et du Jura réagissent-ils au quart de tour aux injonctions de l’industrie du tabac, comme s’ils étaient leurs serviteurs? «Les emplois ! Les emplois !», clament les ministres. Saine préoccupation, évidemment, mais ils ne peuvent pas écarter d’un revers de main deux questions fondamentales:
1. Peut-on produire n’importe quoi en Suisse, en l’occurrence des produits qui tuent à large échelle, sous prétexte que cela procure des emplois? Si une start-up venait s’installer dans le canton de Vaud pour produire des mines anti-personnels révolutionnaires, M. Mermoud émettrait peut-être quelques réserves. Il n’a rien à dire en revanche sur les cigarettes hyper-toxiques de MM. Philip Morris, BAT, Japan Tobacco et consorts, qui font infiniment plus de victimes que toutes les mines anti-personnel du monde! Cette éthique à deux vitesses est écoeurante: tu me donnes des emplois, je te laisse produire les pires saloperies, et je te couvre. Non, M. Mermoud, ce n’est pas faire de la politique, c’est du marchandage de souk, et c’est indigne.
2. Personne, apparemment, ne s’émeut que les cigarettiers aient concentré en Suisse la production de leurs cigarettes “sales”, puisqu’ailleurs c’est interdit. Pourtant, ils pourraient bien évidemment faire autrement: rien ne les oblige à détruire plus rapidement la santé des fumeurs asiatiques et moyen-orientaux, que la nôtre. Est-il moins rentable de produire des cigarettes qui tuent un peu moins? Plutôt que de délocaliser, ne serait-il pas plus simple d’améliorer la qualité des produits, qui est manifestement déplorable? Ce sont, au minimum, des questions que nos responsables économiques pourraient poser. Hélas! En Suisse, l’industrie du tabac ne connaît qu’une argumentation: le chantage aux emplois. Elle aurait tort de se gêner, puisque manifestement cela suffit à faire s’allonger les politiciens.
En attendant, on réalise avec effarement que les considérations éthiques pèsent très exactement rien dans ce genre de débat. On persiste pourtant à attendre avantage de ceux qu’on élit.
Il y a quelques jours, en France, un père de famille handicapé a été molesté par six (!) policiers pour avoir laissé sa fille de 3 ans fait pipi derrière un buisson, dans un parc public.
S’il avait eu un chien, personne ne lui aurait rien dit.
Voilà où nous en sommes: la société tolère davantage les chiens que les enfants.
La menace d’une initiative ou d’un référendum est un outil politique redoutable, et l’UDC ne se prive pas d’en user. Mais pour que cet outil reste efficace, il faut prouver qu’on sait s’en servir, et qu’on est capable de mener l’entreprise à bien. Or, le parti de Christoph Blocher tend à devenir un parti qui menace beaucoup, mais réalise peu: en matière d’initiative et de référendum, ces derniers temps, il collectionne les échecs et les ratages (secret bancaire, accord fiscal avec les Etats-Unis…).
Une initiative, un référendum ne sont efficaces que s’ils aboutissent. A en faire de simples outils de communication et de propagande, on les grille et on se grille. La dernière menace de Christoph Blocher (interdire l’adhésion à l’UE dans la Constitution) prend malheureusement le même chemin. Elle est probablement irréalisable, et de surcroît contreproductive: lier les mains des générations futures, c’est affaiblir la Suisse.
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Monsieur Mermoud n’émettrait rien du tout, Et pourquoi le ferait-il? Il a la bonne conscience “démocratique” de la majorité du corps électoral helvétique qui vient d’approuver l’exportation d’armes!
L’éthique du Conseil d’Etat est claire: il a choisi Mammon, comme la susdite majorité!
Cigarettes “classiques” vs. cigarettes “toxiques”. Quelqu’un pourrait-il m’indiquer la différence entre les deux sortes? Les clopes, c’est pas top, mais on aurait l’impression que les clopes produites pour le Moyen-Orient/Asie seraient pires encore. Je suis preneur de détails, si quelqu’un a des références.
Même s’il arbore constamment le mot “valeurs” au coin de son discours, le bourgeois, qu’il soit de droite ou de gauche, n’a qu’une seule vraie valeur : le souci des apparences, apparence de la vertu, apparence de l’égalité, apparence de la paix civique. La réalité des choses, il s’en moque pour peu que le théâtre social continue d’assurer la représentation républicaine et, accessoirement, ses prébendes. Bien évidemment sont qualifiés de mauvaix esprits, de factieux, d’extrémistes ceux qui vont fouiller derrière les trétaux.
M. Barraud, ce qui est le plus susceptible de faire du tort à quelqu’un qui se pique d’exposer une pensée, c’est d’être inconséquent. Dois-je vous rappeler ce que vous écriviez l’année passée au sujet du cassis de Dijon ? “Nous sommes désormais soumis à une pression constante et de plus en plus agressive, qui vise à casser notre résistance et notre place financière, et à obtenir des contributions croissantes – on parlera bientôt de rançons. La Suisse doit montrer qu’elle n’entend plus être la partenaire zélée et un peu bobette qu’elle a été jusqu’ici, qui ne se contentait pas de plier face aux exigences, mais les précédait avec empressement. ” !
Seriez-vous donc un avatar de feu Chessex pour demander si les Vaudois ont une morale ? Avant de nous proposer le cilice, examinez donc la question des transports d’animaux dans l’UE ou encore celle des esclaves des maraîchers andalous et italiens !
M. Barraud,vous écrivez “Personne, apparemment, ne s’émeut que les cigarettiers aient concentré en Suisse la production de leurs cigarettes “sales”, puisqu’ailleurs c’est interdit.”.
Croyez-vous réellement qu’il est “interdit” de produire des cigarettes “sales” où que ce soit sur la surface de cette planète? Cela ne me semble pas très sérieux.
Et du coup, le débat sur l’emploi, etc. et la ligne de conduite de M. Mermoud prend tout son sens.
La question n’est pas de savoir si l’on va produire des cigarettes sales ou pas, mais de savoir si l’on va produire des cigarettes sales en Suisse ou ailleurs.
C’est tout.
(Et personne n’est obligé d’en acheter, soit dit en passant.)
C’est facile de scander que les élus manque de courage politique quand on met dans la balance les emplois d’autrui. Quitte à choisir, je pense que toutes les familles vivant de cette fabrication ont tout intérêt à ce qu’elle ne soit pas délocalisée. Si les gens comme vous sont assez nombreux, cela pourrait arriver, le canton de Vaud n’est plus à quelques chômeurs près, n’est-ce pas?
Mais rassurez-vous, quoi qu’il arrive, les fumeurs asiatiques auront toujours un approvisionnement continu de cigarettes.
M, Barreau, votre argumentaire est bien ficelé. Il n’empêche que vos propos semblent plus dignes d’un ayatollah que de vous-mêmes. Toute personne sensée sait pertinemment que tant pour le tabac que pour l’alcool ou bien d’autres choses c’est leur excès qui est dommageable. J’apprécie vos coups de gueule mais de grâce retrouvez pour nous le sens de la mesure en quittant ce camp de sectaires extrémistes dont vous ne faites pas partie. M. Mermoud n’est pas plus mauvais qu’un autre, même si je vous concède qu’un certain Merz s’est effectivement aplati il y a peu devant un voyou.
Les cigarettes pour le marché moyen-oriental et asiatiques sont plus toxiques car elles sont plus fortes. Ce sont ces marchés qui ont une préférence pour les cigarette fortes.
C’est comme si un pays préfère la Vodka qui tire à 60° et qu’on dit que désormais sa production est interdite chez nous donc vous en aurez plus.
D’autre part, refuser ce droit à Philip Morris va simplement les faire déménager au Moyen-Orient ou en Asie et ça changera rien au problème si ce n’est qu’on ne touchera plus rien là-dessus.