Les prédateurs que sont le loup, le lynx et l’ours ont leur place dans notre pays. Ils y étaient avant nous, et constituent un chaînon essentiel de la biodiversité. Il faut signer l’initiative visant à les protéger.
La population suisse est massivement favorable à la présence de ces animaux sur notre territoire. On le comprend: on ne peut pas parler de biodiversité si on en exclut des acteurs essentiels.
Comment se fait-il alors qu’ils soient de plus en plus menacés? C’est hélas bien simple: dans notre pays, la gestion de la faune n’appartient pas aux services publics concernés ni aux scientifiques, elle est entre les mains d’un lobby qui représente moins de 0,1% de la population: les chasseurs. Ce sont eux qui ont obtenu du Conseil fédéral que la Suisse engage une procédure pour se retirer de la Convention de… Berne, un traité international de protection du loup. Et ce sont eux qui ont obtenu une révision de l’ordonnance sur la chasse, favorable à leurs activités bien entendu.
Contrairement à une propagande soigneusement entretenue, les chasseurs ne contribuent pas à une saine gestion de la faune sauvage, au contraire: en éliminant les prédateurs ils créent de graves déséquilibres; puis, en chassant les plus beaux spécimens (pour les trophées…), ils contribuent à l’appauvrissement génétique des populations d’ongulés. Les prédateurs, au contraire, prélèvent les animaux malades et âgés, favorisant ainsi la reproduction des individus les plus sains et les plus forts.
Il faut dire que ces prédateurs, le loup particulièrement, occupent une niche très importante dans les écosystèmes. Dans certains grands parcs canadiens, des loups ont été réintroduits parce que les populations de cerfs devenaient incontrôlables.
Le loup, en effet, influence à la fois les autres prédateurs, leurs proies, les nécrophages (les animaux qui se nourrissent d’animaux morts), et même la végétation. «La compétition du loup avec d’autres prédateurs pour le territoire peut faire augmenter le niveau de la biodiversité: si par exemple les populations de prédateurs plus petits diminuent, leurs proies potentielles s’en trouvent favorisées, comme les oiseaux et les micro-mammifères. Les restes de prédation abandonnés par les loups peuvent être consommés par de nombreuses autres espèces, ce qui contribue à la biodiversité à différents niveaux», explique Ramona Viterbi, collaboratrice scientifique au Parc national du Grand-Paradis, au Val d’Aoste – où il y a des loups !
Bien sûr, la présence retrouvée de grands prédateurs dans nos forêts n’ira pas sans difficultés puisque, après les avoir exterminés, nous nous sommes habitués à occuper une nature déséquilibrée. Ce qui a permis, entre autres, l’invasion des Alpes par des quantités aberrantes de moutons, souvent abandonnés à leur sort dans la montagne puisqu’ils produisent surtout des subventions. Mais comme tout changement, celui-ci suscitera forcément aussi des solutions, qu’il faudra développer et financer – rien là d’extraordinaire.
La Suisse ne peut pas d’un côté tenir de fiers discours sur la biodiversité, et d’un autre empêcher le retour des prédateurs naturels, piliers de cette biodiversité. Il faut donc soutenir l’initiative de Pro Fauna, la signer et la faire signer. On peut télécharger des feuilles de signature ICI.
Habitées de leurs prédateurs naturels, nos forêts ne seront pas plus dangereuses, mais elles seront plus belles, car plus riches et plus vraies – de vraies forêts, génératrices d’émotions et de découverte.
L’historien romain Ammien Marcellin, qui était par ailleurs un haut gradé de l’armée impériale, était clairvoiyant, réfléchi et, selon les spécialistes, étonnnamment impartial. Il a ainsi pressenti l’imminence de la chute de l’Empire, en décrivant un monde ployant sous le poids des impôts, et victime de la paupérisation de vastes segments de la population.
Tiens tiens! Serions-nous donc à la veille de la chute d’un empire?
Le soutien de l’UDC au référendum contre la vignette à 100 francs suscite quelque colère dans le canton de Vaud. On laisse entendre en effet que le succès du référendum devant le peuple compromettrait le financement du contournement autoroutier de Morges.
Sachant l’impact dévastateur de ce projet sur une région encore relativement préservée, comme le montre cette vidéo effarante, on se dit que la vignette à 50 francs a du bon !
Oui.
Mais cela ne sera pas compris par les droitards à l’ancienne, genre USAM et compagnie.
Bon, le vrai problème, c’est que l’écologie, valeur éminemment de droite, a été monopolisée par les “pastèques”, verts dehors, rouges dedans.
Membre de la population suisse, nous récusons l’affirmation selon laquelle cette dernière est «massivement favorable à la présence de ces animaux sur notre territoire».
Et afin de ne pas subir de procès d’intention, il est sans doute sage de le clarifier: nous ne sommes ni chasseur, ni membre de leur conspiration.
Indépendamment de la pertinence en terme de biodiversité de réintroduire ces bêtes dans nos forêts et parcs de poche, on peut se demander pourquoi les citadins ou plutôt, ceux qui ne travaillent pas de leurs mains, sont généralement favorables à cette idée.
Slobodan Despot, dans sa chronique dans Le Nouvelliste du 31 mai 2012 intitulée ‘L’heure du loup’, tente d’y répondre en partie. Cette dernière peut être et mérite d’être lue sur son blog : http://despotica.blogspot.ch/2012/06/l-du-loup.html.
Nous ajouterons à cela que ce désir de réintroduction illustre en partie la pensée gnostique manichéenne (panthéiste ?) qui marque inconsciemment le monde occidental déconnecté de toute transcendance, de toutes mesures ou limites extérieures à lui. Selon cette pensée, si l’homme et ses œuvres sont généralement mauvais, la nature, elle, est foncièrement bonne. Mais de quelle nature parle-t-on ?
Le citadin sensible (et tendanciellement romantique) qui vit dans un univers de béton ne peut qu’aspirer à un monde meilleur, pur, plus beau, à un monde plus naturel ou dit autrement, à un monde moins inhumain. Mais qui veut faire l’ange fait la bête, nous disait Pascal, et qui veut recréer une nature idéalisée risquera bien d’en faire une caricature grimaçante à l’image de sa propre vision du monde bien humaine, soit tout ce qui a de moins «naturel», de véritablement authentique. Une nature «vintage» en somme.
La réintroduction, la protection des ours, lynx et loups n’y feront rien. Le changement véritable ne surviendra que lorsque notre monde retournera aux anciennes valeurs classiques qui ont, notamment, fait le monde chrétien (mais pas seulement). Nous pensons ici aux valeurs de maîtrise de soi, de modération, d’humilité et de renoncement au désir de toute puissance, tel que l’illustre magistralement Claes Ryn dans son ouvrage ‘The New Jacobinism: America as Revolutionary State’ et dont un aperçu peut être lu dans un article publié précédent, ‘Which American?’ http://www.lewrockwell.com/orig5/ryn1.html.
Mais on me rétorquera sans doute que ce n’est pas une initiative fédérale qui saura changer le cœur de l’homme.
Monsieur Barraud, vous n’y connaissez rien et prenez la place de la masse des ignares. Les grands prédateurs n’ont pas leur place en Suisse et surtout ne doivent jamais être les instruments des pro- et des anti-prédateurs, raison pour laquelle ils ont été précisément été introduits clandestinement en Suisse… Pourquoi valoriser l’action de délinquants, à la charge des naïfs ? Ces animaux nuisibles doivent être réduits au silence, comme leurs thuriféraires d’ailleurs. Aurez-vous le courage de publier cela ? Cordialement, WT
“Les grands prédateurs n’ont pas leur place en Suisse”.
Soit… Et qu’en est-il de l’homme, volontiers grand prédateur ?
Bonjour,
Votre “angélisme” vis-à-vis de ces animaux me surpend. Ce n’est pas pour rien que pendant des générations, nos ancêtres se sont efforcés de les combattre pour finalement des éliminer de notre territoire.
Oui, vous avez raison, chaque animal a une fonction dans notre écosystème, mais il y a un peu de tri à faire ! Si l’on suit votre raisonnement (“Ils y étaient avant nous”) il faut interdire le papier tue-mouches, les pièges à rats, les produits contre les moustiques (bonjour le tigre – oui je sais, dans son cas nous étions ICI avant lui) et arrêter de produire et consommer des antibiotiques qui tuent des milliards d’organismes vivants qui étaient pour la plupart ici bien avant nous.
Salutations