ico Suisse Non à No Billag, oui à l’ATS

24 janvier 2018 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Les menaces qui pèsent sur l’Agence télégraphique suisse ont sonné comme une alerte sévère pour les journalistes qui ont vécu l’époque où l’agence était la source quasi unique de nouvelles et d’informations pour les rédactions – une époque qui est loin d’être révolue. Et qui place le devenir de l’ATS au même niveau que celui de la SSR, celui d’un service public.

L’ATS a toujours été une sorte de mère nourricière pour les journaux et les médias électroniques, ses services sont indispensables. Elle seule peut rendre compte de l’actualité dans tous les cantons, de celle la Berne fédérale, des institutions internationales à Genève, sans oublier la météo, et cela dans les trois principales langues nationales. Pour les journaux qui ne peuvent financer des postes de correspondants ou des chroniqueurs spécialisés (judiciaires, économiques, parlementaires par exemple), la manne de l’ATS leur permet de remplir leur mission d’information.

Autre avantage pour les utilisateurs: l’ATS demeure un modèle de fiabilité et de neutralité politique, jusqu’à l’austérité aux yeux de certains. Parallèlement, elle offre toujours des formations de journalistes extrêmement réputées. On a tendance à penser que la ou le journaliste formé à l’ATS est ipso facto fiable et sérieux !

L’agence a accompagné la carrière de nombreux journalistes, qui se rappellent avec nostalgie leurs rapports ambigus avec le flux des dépêches sur papier, qui n’arrivaient jamais assez vite, ou dont le papier «bourrait» dans la machine – c’était une catastrophe – ou qui s’accumulaient en tas immenses au soir des dimanches de votations. Les nouvelles arrivaient sur de lourds téléscripteurs en bois de hêtre clair, gros comme des frigidaires. Des touches semblables à celles des machines à écrire tapaient des textes en continu, en produisant un bruit infernal et beaucoup de poussière, si bien que les machines – installées par les PTT – étaient reléguées dans un local distant. La maintenance était exigeante: ces machines, qu’on appelait les Tickers ATS, ne s’arrêtaient jamais; elles devaient régulièrement être approvisionnées en rouleaux de papier et en rubans encreurs, et malheur au stagiaire qui avait manqué de vigilance, parce que l’absence de dépêches en raison d’un manque de papier était tout simplement irrémédiable: pas de dépêches, pas de journal !

Retirez la SSR et l’ATS, et c’est l’information de tout le pays qui s’effondre

On redécouvre aujourd’hui, à l’occasion des menaces qui pèsent sur sa pérennité, les vertus multiples de l’ATS, en particulier son caractère multilingue, que l’on peut légitimement comparer à celles d’un service public national tel que la SSR. Que les deux institutions disparaissent, et c’est l’information de tout le pays qui s’effondre. Car même les médias privés puisent aux sources de l’ATS, et on n’imagine pas que les grands éditeurs allemands ou zurichois qui contrôlent quasi l’ensemble de nos médias consentiraient le centième des efforts financiers nécessaires pour avoir, par exemple, un correspondant dans chaque canton. Les Suisses seraient ainsi privés de l’essentiel de ce qui se passe dans les cantons voisins, ou plus loin encore, Outre-Sarine et de l’autre côté des Alpes.

Tout comme la SSR, l’ATS joue un rôle central dans la cohésion nationale et le sentiment d’appartenance au pays. Une berlusconisation du paysage médiatique telle que la préconise les promoteurs de No Billag conduirait à une ignorance opaque de ce qui se passe dans ce pays: des divertissements infantiles et des séries américaines lardées de publicité en ruban ne nous permettront jamais d’avoir une vision satisfaisante de ce qui se passe et se vit dans notre propre pays, dans notre propre ville, dans le canton voisin.

En ce sens, la crise de l’ATS nous fait prendre conscience du fait que cette agence joue un rôle de service public indispensable; on l’avait un peu oublié, tant elle est à la fois discrète et… fidèle au poste depuis des décennies. Et il est bon que cette crise survienne en plein débat sur la SSR, car on ne peut pas séparer leurs destins. L’Agence télégraphique suisse relève pleinement du service public, et en ce sens, elle doit bénéficier du soutien de l’Etat pour pouvoir perpétuer sa mission au service de l’information des citoyens, en français, en allemand et en italien, et au service de la cohésion nationale.

Refuser cette option sous prétexte que l’ATS y perdrait son indépendance, c’est faire insulte au professionnalisme de ses acteurs, tout comme ce serait faire insulte à la SSR de prétendre qu’elle est sous l’influence du monde politique fédéral (demandez donc aux élus ce qu’ils en pensent…). La grande faiblesse du modèle ultra-libéral de No Billag, c’est de croire que des médias en mains privées sont plus indépendants que des médias de service public. C’est le contraire qui est vrai: lorsque ce sont les annonceurs qui orientent les choix rédactionnels, parfois de manière directe (puisque vous avez critiqué mes produits, je retire ma publicité), toute velléité d’indépendance s’effondre.

En d’autres termes, disons non à No Billag et oui à l’ATS service public – sous une forme juridique à définir soigneusement.

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Commentaire de Pierre Santschi le 24 janvier 2018 à 20:22

L’amalgame artificiel et un peu tendancieux sur l’ATS (qui est utile, à beaucoup de points de vue) et “no Billag” tel que fait dans cet article donne une raison de plus de ne pas faire un drame d’un OUI à No Billag”.
C’est vraiment inhabituel que M. Barraud fasse de tels amalgames, au demeurant contre-productif pour les deux causes.
L’information gouvernementale (en l’occurrence sur “No Billag” – voir les palinodies de Mme Leuthard) est à la mesure de la transparence des partis gouvernementaux quant à la provenance de leurs fonds (PLR, UDC, PDC) et de la complicité de la gauche pour cette pratique d’incitation à la corruption. Les jérémiades sur “No Billag” sont soit de l’hypocrisie, soit de la naïveté, et parfois les deux: car si l’initiative “No Billag” passe, elle sera, comme il est habituel pour les initiatives qui réussissent devant le peuple, trahie par l’appareil d’Etat, parlement en tête. Ainsi tous les diables peints sur la muraille par les partis gouvernementaux et leurs valets sur l’inexistence d’un plan B s’avéreront une fois de plus un tissu de mensonges; la trahison, au demeurant programmée, le démontrera…
Décidément, vivement la recherche, par nous tous (yc apparatchiks et journalistes), de la hausse du niveau de notre conscience personnelle…
Avec, en parallèle, l’instauration d’un tirage au sort pour la composition de l’appareil d’Etat, tirage au sort à instaurer de manière inversement proportionnelle à la légitimité démocratique (au sens étymologique et non électoraliste du terme) de l’appareil d’Etat, qui est aux environs de 20% dans le canton de Vaud. On pourra alors commencer à parler d’un vrai service public, l’actuel étant la marionnette du bankstérisme national et international (voir à nouveau la dissimulation de la source des revenus des partis gouvernementaux). L’actuelle situation d’assujettissement aux marionnettistes rend d’ailleurs vide de réalité la soi-disant neutralité des marionnettes par rapport à l’information diffusée actuellement …

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Griffures



“En deuxième diffusion”

Ceux qui disent que la SSR dépense trop et doit faire des économies en sont pour leurs frais: à écouter jour après jour La Première, on constate un formidable effort d’économies. En effet, plutôt que de produire des émissions originales, qui coûtent cher, on accable l’auditeur d’émissions “en nouvelle diffusion”, de la deuxième main en quelque sorte. Mais de quoi se plaint-on ? C’est l’été après tout, il n’y a quasi plus personne à La Sallaz, juste quelques plantons chargés de faire tourner les robots.
Mais quand même: l’auditeur n’a pas droit à une remise de redevance pour cause de produits pas frais. Or, j’imagine que Le Temps ou 24 Heures n’auraient pas le culot de me faire payer l’abonnement plein pot pour republier des vieilleries, sous prétexte que ce sont les vacances !
Au fait, Commentaires.com pourrait aussi publier des articles en deuxième diffusion, non ?

Le triomphe du pétrole

Donald Trump exige que la production de pétrole augmente partout dans le monde (sauf peut-être en Iran…), et donc la consommation aussi. Logique: l’effet du CO2 sur le climat n’est que fake news, tout comme le réchauffement climatique, que par ailleurs les scientifiques décrivent comme un facteur majeur de la migration d’Amérique centrale vers les Etats-Unis.
Mais l’essentiel n’est-il pas que les commanditaires et patrons de Trump et de son ministre de l’environnement (sic), comme les frères Koch et leurs affidés du pétrole et du charbon, fassent de bonnes affaires ? De toute façon, il auront disparu, couverts de dollars et satisfaits d’eux-mêmes, avant les grands désastres…
Et pendant ce temps de par le monde, des citoyens anonymes et probablement dérisoires font des efforts pour sauver ce qui peut l’être, fragiles fourmis qui croient pouvoir lutter contre les chars d’assaut du fric, du pouvoir et du cynisme. Vivons d’espoir !


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