ico Suisse Melgar dans la fosse aux stalinos

8 juin 2018 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Fernand Melgar mesure aujourd’hui ce qu’il en coûte de franchir la ligne du Parti: pour avoir relayé la colère de la population lausannoise exaspérée par les dealers africains, le voici traité de social-traître et de facho, rejeté par sa famille idéologique, et plus gravement peut-être, condamné au Goulag professionnel. Les stalinos sont de retour.

Car il existe dans la pensée de gauche et d’extrême-gauche des tabous absolus, auxquels il est exclu de toucher. L’image de l’immigrant est de ceux-là: son statut même d’immigrant le rend intouchable, il est parfait, sa contribution à notre société et à notre prospérité ne peut pas être discutée; et si d’aventure il se livre à des activités criminelles, il est excusé d’avance: n’est-il pas une victime ? N’est-ce pas de notre faute ?

C’est parce qu’il ne supporte plus ce discours, à des années-lumière de la réalité de tous les jours qui prévaut dans nos rues et autour des préaux d’écoles, que Fernand Melgar a poussé un coup de gueule salutaire, d’ailleurs salué par la grande majorité de la population. Car oui, pratiquement tout le monde partage son exaspération devant le nombre, l’arrogance, l’agressivité et l’impunité totale des dealers africains à Lausanne. Mais si la population – certes peu conscientisée… – a le droit d’exprimer sa colère à ce sujet, un intellectuel, qui plus est de gauche, devrait se censurer. Il y a des choses qu’il n’est pas convenable de dire, Monsieur Melgar: c’est la même règle à l’extrême-gauche que dans la grande bourgeoisie…

Plutôt que de s’en prendre à la Municipalité de Lausanne, complètement dépassée par ce problème et, plus grave, indifférente au sentiment populaire, le parti de la bien-pensance s’est prend au lanceur d’alerte, car il dérange. Melgar stigmatise des criminels qui en réalité ne sont que des victimes, il critique une municipalité massivement de gauche (des camarades, quoi), et dont le responsable de la sécurité, seul élu bourgeois, jouit d’une marge de manœuvre qu’on imagine nanométrique. Bref, autant de dérapages par rapport à la ligne du Parti, qui justifient sa mise au pilori public. D’ailleurs pour eux, la chose est claire: la libre activité des dealers est bien plus importante que la santé des enfants et des ados.

C’est ainsi qu’on voit fleurir les pétitions, les prises de position et les condamnations. Melgar se fait traiter de facho, mais quelle importance, lorsque l’invective vient de fachos de gauche… Et toute la vieille camarilla intellectuelle se mobilise, comme au bon vieux temps, comme au XXe siècle ! Il y a l’inusable Reusser, pittoresque hâbleur professionnel, il ne manque que Ziegler et Michel Bühler ! Les profs de sociologie de Lausanne et Genève, facultés marxistes tendance lourde depuis la nuit des temps, alignent les inepties – mais toujoursdans la ligne. Quant au petit monde du cinéma, il s’emballe contre ce collègue qui, en plus de dire ce qu’il pense, ose avoir du succès avec ses films ! C’en est trop, il doit payer!

Le plus consternant est de voir les étudiants en cinéma, davantage assoiffés de conformisme idéologique que de connaissance, se laisser embarquer dans ce médiocre procès stalinien, plutôt que de profiter du savoir et de l’expérience incomparables du cinéaste Melgar, qu’il voulait leur offrir. Enfin quoi ! Veulent-ils devenir cinéastes, ou profs de sociologie ?

Fernand Melgar a fait un excellent travail en éclairant ce que d’autres veulent cacher, en appelant un chat un chat et un dealer un dealer, et en obligeant les autorités lausannoises à sortir de leur léthargie et à prendre leurs responsabilités. Il a ainsi fait preuve de civisme, et surtout d’un courage dont on mesure aujourd’hui l’ampleur – honneur à lui. Et qui sait: peut-être cet épisode, révélateur à bien des égards de certaines petitesses locales, lui donnera l’idée d’un film…

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Commentaire de Noel Cramer le 8 juin 2018 à 18:29

Les Stalinos – c’est bien le terme qui convient. Quand dans la fin des années 1950, lorsque je débutais mes études à Lausanne, les intouchables immaculés adulés dans les milieux universitaires étaient alors les soviétiques – acteurs d’une société idéale . Toute forme d’idéologie génère inévitablement une profonde bêtise – qui retarde l’acceptation de la réalité. Les intégrismes de toute sorte sont à la base des pires dérèglements sociaux. L’histoire l’a tant de fois démontré – et l’avenir le fera malheureusement aussi.

Commentaire de Daphne Betner le 8 juin 2018 à 19:49

Merci Monsieur Barraud,
L’imperatif aujourd’hui est d’etre malvoyant, décrire ce que tout un chacun voit devient peu à peu un acte illégal…vous lire réjouit ceux qui vieillissent, ils ne vivront pas la fin du feuilleton!
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Commentaire de Gabrielle Mudry le 9 juin 2018 à 10:36

Melgar… “a dit la vérité, il doit être exécuté!” dit la chanson écrite par un artiste (gauchiste)…

Fernand Melgar se fait massacrer, parce qu’il était sincère dans ses trois premiers films sur le sujet,et qu’ il le sera tout autant dans les suivants…( Pour autant qu’il trouve des acteurs qui ne craignent pas de se “mouiller” en risquant des représailles de la profession!!!)

Commentaire de Xavier Gruffat le 9 juin 2018 à 11:06

Passons sur la forme et ce M.Melgar. Cela fait des années que je réfléchis sur la drogue. Il y a selon moi une mafia au haut niveau de l’Etat, Vaud ici. Une mafia surtout par omission. Il est évident qu’en 12 mois on éradique le trafic de drogue sur Vaud comme je crois l’Islande l’a fait. Quelques idées : fouilles dans toutes les loges du Montreux Jazz ou Paléo, caméras partout avec du machine learning, drones, 5 ans de prison ferme pour tout consommateur de cocaïne, 15 ans pour tout trafic… Bon je passe, même si j’habite pas la Suisse pour le moment. On me met Conseiller d’Etat en charge de la sécurité sur Vaud et dans 12 mois il y’a plus rien. J’aura bien sûr besoin de nombreux gardes du corps moi et ma famille. Ce trafic de drogue est un gag actuellement. Bravo quand même à ce M. Malgar d’avoir été courageux, peut-être trop d’ailleurs.

Commentaire de Deladoëy le 9 juin 2018 à 14:30

A mon avis tant qu’on n’aura pas saisi le problème à la base on arrivera tout simplement pas à supprimer les dealers car tant qu’il y a des consommateurs les affaires seront toujours bonnes. Il faut aussi se poser la question pourquoi y a-t-‘il autant de personnes qui ont besoin de leur dose de cocaïne pour aller travailler tous les jours et ce n’est pas toujours pour aller faire la fête. Il faut aller au fond du problème et se poser les bonnes questions car ce ne sont pas 2 ou 3 patrouilles de police de plus qui vont faire changer les choses, les dealers et consommateurs auront vite fait de trouver leurs doses d’une autre manière comme c’est le cas partout chez nous. Il y a trop d’enjeux dans toute ce secteur et personne n’est prêt à gagner moins, dons je pense qu’il est urgent de se poser les bonnes questions et prendre le problème à la base chez les consommateurs. C’est aussi une question de santé publique car ces personnes coûtent très cher à la société avec le temps pour des problèmes psychiatriques et des maladies de toutes sortes. Je dis bravo à M. Melgar et je suis certaine qu’il sera mieux considéré avec le temps et honte à ses futurs ex élèves qui l’ont descendu sur les réseaux sociaux, il faut croire qu’ils ont beaucoup à perdre sans cela ils auraient félicité leur futur prof. on attend maintenant les résultats des décisions de la municipalité de Lausanne avec impatience…

Commentaire de SCHOLER le 9 juin 2018 à 16:47

Je suis triste pour Melgar, mais surtout en colère contre tous ceux qui l’attaquent, en particulier, contre l’ECAL et le milieu du cinéma qui le traînent dans la boue. Alors que son combat est juste.
On l’accuse de délation, parce qu’il a mis sur facebook des photos de dealers. Pourquoi les milieux culturels ne sont-ils pas montés sur les barricades contre la plus vaste campagne de délation contemporaine, à savoir #balancetonporc ? Deux poids, deux mesures ?! raymond

Commentaire de Joseph Richoz le 11 juin 2018 à 17:06

Pas grand-chose à rajouter à cet impeccable article. Si ce n’est d’exprimer ma tristesse et de la compassion au lanceur d’alerte victime, comme toujours, d’un inouï lynchage médiatique.

A l’avenir, je réfléchirai à deux fois avant d’aller visionner au cinéma les films de Jean-Stéphane Bron ou Lionel Baier, tous deux signataires de cette mise au pilori moderne qu’a été cette lettre ouverte complaisamment publiée par La Pravda de Suisse romande.

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