ico Suisse Maurer, Gamelin, Stuxnet

20 octobre 2010 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

«Les systèmes informatiques de l’armée suisse sont de loin les mieux protégés du monde», a déclaré Ueli Maurer dans une interview au Matin, qui lui fait dire qu’en matière de cyber-guerre, «nous sommes les meilleurs!» Désolé pour la vulgarité du mot mais elle s’impose: un ministre de la défense n’a pas le droit de dire des conneries pareilles.

Cela d’autant plus qu’il en profère quatre en une seule phrase. Démonstration.

● Premièrement, on ne sait pas sur quelles études comparatives et sur quelles statistiques M. Maurer fonde cette affirmation prétentieuse. Et pour cause: la cyber-guerre est une guerre particulièrement sale et sournoise, et dans un domaine aussi secret, aussi soumis à toutes sortes de manipulations, les informations fiables sont quasi inexistantes. Donc, toute comparaison relève de l’amateurisme, de l’imagination ou de l’auto-persuasion, à la manière du Général Gamelin. En 1940, le commandant en chef de l’armée française se contentait d’affirmer que son armée était la meilleure du monde, plutôt que de la préparer au conflit. On sait ce qu’il en advint: elle fut balayée en quelques semaines.

Peut-être bien que la sécurité des systèmes informatiques de l’armée suisse est fortement verrouillée. Mais à ce niveau, le danger ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur: l’homme est toujours le maillon faible, le traître est statistiquement presque toujours à l’intérieur de l’institution: les banques suisses ne nous contrediront pas, dont les données secrètes filent à l’étranger. Tous les systèmes de protection n’arrêteront jamais l’individu cupide, ou animé par un esprit de vengeance, qui veut arriver à ses fins.

● Deuxièmement, M. Maurer ne s’y serait pas pris autrement s’il avait voulu lancer un défi aux pirates informatiques, qu’il s’agisse d’amateurs isolés, de réseaux maffieux internationaux, ou d’agences gouvernementales de l’ombre. En cela, M. Maurer a clairement mis en danger la sécurité de l’armée suisse, en disant aux pirates: «Venez-y si vous osez!» Ce n’est pas très responsable, parce qu’ils vont y aller.

● Troisièmement, M. Maurer paraît ignorer que les autres pays ne sont pas restés les bras croisés, mais disposent de moyens incommensurablement plus puissants et étendus que ceux de nos aigles en gris-vert. Prenons pour seul exemple le Réseau Echelon, qui écoute l’ensemble des échanges de la planète en temps réel (donc y compris vos e-mails, vos téléphones, vos transactions bancaires, et même les communications de M. Maurer avec son état-major). Echelon emploie, dans sa seule base de Fort Meade, siège de la National Security Agency (NSA), plus de 20’000 personnes. On veut bien admettre qu’ils sont forcément moins forts que nos cyber-soldats, mais quand même: ce ne sont probablement pas des manches.

● Quatrièmement, M. Maurer manifeste la dangereuse assurance de celui qui croit avoir tout prévu. Or, en tant que ministre de la défense, il devrait savoir qu’un Etat ou une institution a toujours un coup de retard face à ceux qui veulent l’attaquer: aux échecs, on dirait qu’il a les noirs, et non les blancs, qui ont le privilège de l’initiative. Depuis quelques mois, les meilleurs spécialistes de la lutte contre la cyber-criminalité s’arrachent les cheveux pour comprendre le fonctionnement du virus Stuxnet. Selon les experts de la société spécialisée Symantec, qui lui a consacré un dossier il y a quelques jours (1), Stuxnet est l’un des virus les plus complexes jamais étudiés. Il est invisible, et s’attaque non pas aux ordinateurs individuels, mais aux systèmes de pilotage des grandes installations industrielles. Jusqu’ici, deux pays ont été particulièrement touchés, notamment dans leur industrie gazière: l’Iran et l’Indonésie. Les installations les plus infectées sont celles qui utilisent le software Siemens Step 7. Mais plusieurs autres pays ont été attaqués aussi, comme la Corée du Sud et les Etats-Unis.

Stuxnet, qui se reproduit et se diffuse spontanément, vise à reprogrammer, puis à prendre le contrôle des systèmes de régulation de ces installations, dans le but évident de les saboter, en fonction des objectifs des attaquants. Ceux-ci maîtrisent dès lors le tableau de bord de ces complexes industriels, et agissent au moment qu’ils décident. On peut imaginer ainsi qu’ils prennent le contrôle d’une centrale nucléaire, d’un grand barrage alpin, d’un centre hospitalier, d’une raffinerie de pétrole, ou d’un système de contrôle aérien. Pas besoin de faire un dessin pour réaliser l’extrême danger que constitue ce virus et sa capacité de nuisance, dont on ne sait toujours pas d’où il vient, ni qui l’a inventé.

Mais les Suisses peuvent dormir tranquilles: Ueli Maurer l’a dit, nous sommes les meilleurs! Nul doute que le Sheriff Maurer a déjà réglé son compte à l’affreux Stuxnet…

1) Le dossier peut être téléchargé ICI.

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Commentaire de Pierre Santschi le 20 octobre 2010 à 16:02

Cet aveuglement est malheureusement partagé par la Chancellerie fédérale qui fonce tête baissée dans le vote par Internet avec des systèmes non garantis démocratiquement et techniquement, qui ne permettent ni le secret du vote, ni le recomptage des votes en cas de contestation. Mais comme l’Administration se croit infaillible et refuse notamment de savoir que les failles proviennent le plus souvent de l’intérieur d’elle-même, il faudra s’attendre de plus en plus à avoir des scrutins avec des résultats contraires à ce que la majorité réelle des votants avait exprimé…

Commentaire de P.-M. Vergères le 20 octobre 2010 à 16:22

L’orgueil n’a jamais réussi à la Suisse. Que ce soit en sport ou en politique. On le voit bien avec Calmy-Rey qui se ramasse des gamelles à la file.

M. Maurer se gourre en pensant un seul instant que les systèmes de l’armée sont invulnérables. Déjà simplement par le fait que ceux qui les ont programmés peuvent à peu prés tout.

Cependant, M. Santschi, le vote par Internet qui se prépare n’a pas comme problème n° 1 la sécurité mais la manipulation malhonnête.

Et quand on sait avec quelle envie nos autorités lorgnent vers Bruxelles, il y a fort à parier qu’un jour, elles y auront recours.

Commentaire de P.-M. Vergères le 20 octobre 2010 à 16:23

L’orgueil n’a jamais réussi à la Suisse. Que ce soit en sport ou en politique. On le voit bien avec Calmy-Rey qui se ramasse des gamelles à la file.

M. Maurer se gourre en pensant un seul instant que les systèmes de l’armée sont invulnérables. Déjà simplement par le fait que ceux qui les ont programmés peuvent à peu prés tout.

Cependant, M. Santschi, le vote par Internet qui se prépare n’a pas comme problème n° 1 la sécurité mais la manipulation malhonnête.

Et quand on sait avec quelle envie nos autorités lorgnent vers Bruxelles, il y a fort à parier qu’un jour, elles y auront recours

Commentaire de Jean-Pierre Blanc le 20 octobre 2010 à 17:33

Il faut refuser le vote électronique à tout prix ! Lire : http://www.journaldunet.com/solutions/expert/11497/machines-a-voter-la-mauvaise-solution-a-un-faux-probleme.shtml

Commentaire de Paul Bär le 20 octobre 2010 à 19:11

Ce qui se passe actuellement autour de notre armée est vraiment très grave.

Après que l’équipe Schmied a presque réussi à la tuer avec ses coupes-sombres irréfléchies, l’attentisme de l’équipe Maurer lui maintient quasiment la tête sous l’eau, sans qu’elle ne puisse vraiment reprendre son souffle. Cela dans un contexte très hostile où tous les partis du centre essaient de la ramener à une vague troupe de Securitas en vert-de-gris.

Il faut quand même dire que nos “casquettes” ne sont pas toujours très avisées. Un petit exemple pour la route : les Hunter, qui ont été distribués gratuitement de ci de là, sont maintenant, pour la plupart, utilisés avec profit dans le monde entier comme appareils de servitude et avions-cibles.

http://www.foxalpha.com/forums/viewtopic.php?t=15534&postdays=0&postorder=asc&start=0

Et très bientôt, vous entendrez nos galonnés pleurer sur le manque d’avions d’entraînement, alors que nos Hawks ont été bradés, quasiment au prix de la ferraille, en Finlande, dont l’aviation militaire est aujourd’hui très heureuse de mettre en ligne des appareils aussi bien entretenus.

Idem pour les Tiger qui pourraient être modernisés à peu de frais pour les missions de police aérienne etc…

Ne parlons même pas de la gabegie absolue concernant la flotte de véhicules de transport !!!

Il y aurait tellement d’exemples à donner, de gaspillages et de manque de vision, que ça en est à pleurer !!!

Commentaire de Paul Bär le 21 octobre 2010 à 9:41

Pour illustrer encore un peu le manque de vision désolant de nos responsables militaires, quelques infos supplémentaires sur nos anciens avions d’entraînement Hawk.

Vingt de ces appareils avaient donc été mis en service en 1992, pour une durée de vie estimée à une trentaine d’années. Dix ans plus tard, toute la flotte était clouée au sol ! S’ensuivit une longue période de stockage qui s’acheva, en 2007, par le bradage de ces machines presque neuves à la Finlande, quasiment au prix de la ferraille. On avait affirmé à l’époque qu’il était techniquement difficile et très coûteux de moderniser ces avions (notamment en les équipant de planches de bord à écrans).

Or, la Finlande est actuellement en train d’apporter ces modifications aux 18 Hawk ex-suisses qu’elle a achetés, cela pour la somme très raisonnable de 40 millions d’euros.

http://www.flightglobal.com/articles/2010/01/25/337524/finland-signs-40m-deal-for-secondhand-hawk-upgrade.html

Ce faisant, l’aviation militaire finlandaise disposera pour les deux prochaines décennies d’une flotte d’entraînement parfaitement adaptée, à un tarif absolument avantageux.

Pendant ce temps, l’aviation militaire suisse doit se débrouiller avec des PC-21 tout à la fois en nombre insuffisant et souffrant de performances trop limitées pour simuler véritablement l’enveloppe de vol d’un jet de combat.

Ce qui s’est passé avec le Hawk n’est malheureusement pas un cas isolé. Dans tous les domaines d’activité militaire, c’est la même chose, incurie et manque de vision qui désagrègent peu à peu tout ce qui reste d’une institution qui fonctionnait auparavant fort correctement.

Et le gros problème, c’est que l’immense majorité de notre classe politique n’y connaît rien en matière militaire, comme tous ces politiciens de droite qui croient bien faire (sauf ceux qui agissent pour le compte des lobbies de l’industrie) en militant pour l’achat immédiat d’un nouvel avion de combat, alors que c’est le plus sûr moyen d’achever définitivement notre armée, comme large structure de milice (l’aviation ne s’en portera pas mieux, comme il n’y aura pas les crédits, en hommes et en équipement, pour faire voler de façon optimale les avions achetés).

Commentaire de Pierre Bonnard le 21 octobre 2010 à 11:01

Merci beaucoup pour votre article et pour la référence vers l’article détaillé que j’ai lu avec intérêt, étant impliqué dans le design de divers systèmes embarqués.
J’y ajouterais une suggestion: en tant que ministre de la Défense, pourquoi M.Maurer ne lancerait-il pas un audit de la sensibilité aux virus des infrastructures CIVILES, comme les centrales électriques, les CFF, les centraux téléphoniques et j’en passe? Cette tâche de PREVENTION justifierait amplement l’argent investi!
Et, puisque la discussion passe un peu sur les équipements militaires, il me semble que “l’Esprit de Résistance” de Guisan s’est bien perdu: Notre pays devrait s’équiper non pour combattre avec les mêmes armes qu’un éventuel adversaire mieux équipé, mais plutôt ou aussi pour se préparer à rendre une occupation militairement intenable.
Exemple: avec quelques missiles sol-air (fournis par la CIA) la guerilla afghane a forcé à la retraite l’Armée Rouge…
On pourrait, au lieu d’acheter ce genre de matériel, le développer et le fabriquer ici (meilleur moyen d’en garder le contrôle), comme des engins antichar, des missiles sol-air perfectionnés, etc. Tous ces équipements pourraient être gardés scellés à la maison, et j’imagine mal le commandant d’une division blindée ou d’un régiment d’hélicos de combat envoyer ses soldats dans un endroit truffé de telles armes.
Je rêve?

Commentaire de Paul Bär le 21 octobre 2010 à 11:22

“Je rêve?”
Non, c’est la stratégie du Vénézuéla qui a distribué à sa population cinq millions d’AK-47 et 10’000 Dragunov de tir à longue distance.
Bien plus efficace, contre une agression extérieure, que des moyens plus avancés qui ne seraient, de toute façon, pas en quantité suffisante contre une grande puissance. C’était en fait la stratégie de la Suisse, il y a encore peu, quand il n’y avait pas seulement une défense, mais aussi une volonté de défense. On est depuis passé à “la production de sécurité”, avec les résultats que l’on connaît.

Commentaire de Christophe Schälchli le 21 octobre 2010 à 13:15

«Je rêve ?»

Faites donc comme moi: faites de votre rêve une réalité !

Je possède ainsi deux lance-missiles antichar, trois canons antiaériens radioguidés, deux FASS 90 avec baïonnette (pour le combat rapproché) et mon jardin est miné…
De plus, mon épouse et moi ne négligeons pas l’entraînement au combat: pendant nos vacances, nous organisons des camps de survie et autres activités en plein air.

Commentaire de Paul Bär le 21 octobre 2010 à 14:10

C’est étrange que les gens de gauche soient si gênés par l’armée de milice : quoi de plus républicain en effet, quoi de plus égalitaire et authentiquement social que le simple citoyen armé, milicien, responsable individuellement et collectivement de la sécurité nationale ?

Commentaire de Jean-Pierre Blanc le 21 octobre 2010 à 15:05

100% d’accord avec MM. Bonnard et Bär. Mais dans la société multiculturelloethniquo-… qu’on nous impose, bonjour la guerre civile… (Imaginez le cas en France !)

Commentaire de Christophe Schälchli le 21 octobre 2010 à 15:24

Etrange, en effet. D’autant que l’armée donne du travail (employé d’arsenal, couturier, restaurateur, etc.) et fait vivre des régions rurales entières… Peut-être la gêne est-elle liée au fait que la gauche estime qu’une armée de défense territoriale ne répond plus exactement au type de menace auquel nous devons faire face aujourd’hui? Allez savoir !

Commentaire de Perrin Gérald le 25 octobre 2010 à 16:26

C‘est Maurer quoi ! un dangereux mégalo-mythomane, doublé d’un fieffé coquin qui plus est manipulateur, en un mot une grande gueule dont la seule réalité se résume à ses hurlements de loup post-électifs lesquels, avec le recul, ont une résonance de caniche de salon. Et pourtant son élection a fait naître chez nombre de sympathisants de l’UDC l’espoir d’un vrai renouveau au sein du cénacle suprême de notre pays.

Et il s’agit du même individu qui disait de Schmid qu’il n’était qu’un ½ conseiller fédéral, ce en quoi il n’avait pas tort, mais je crains que lui-même ne soit que du vide, un vide sidéral ou abyssal (ce qui a vue humaine est quasi similaire). Une catastrophe faite homme, un nain qui aurait dû rester sur sa pelouse appenzelloise où il aurait utilement concrétisé sa seule vocation, savoir celle d’un décor + ou – harmonieux d’ailleurs (…).

L’UDC encore à 30% ? Las, j’en doute fort avec un Blocher qui s’égare, un conseiller fédéral disciple de Machiavel et un président de parti hydrocéphale incapable de se mettre au diapason linguistique d’une partie de son électorat, etc, etc…

Commentaire de Alain Vauthey le 10 novembre 2010 à 23:14

En matière de cyber-guerre, «nous sommes les meilleurs!» Et bien, figurez-vous qu’il est dans le vrai, ce génie méconnu. Peut-être passablement à son insu. ATS 25.10.2009 Armée: matériel informatique incompatible pour des centaines de millions.

Comment voulez-vous que des ennemis potentiels puissent vaincre un système qui ne peut pas être interconnecté par ses propres utilisateurs ?

Quant au vote par internet, l’affaire est claire. Il y a quelque temps, des scientifiques ont démontré qu’on pouvait capter les signaux optique de ce serveur garanti contre tout piratage et donc le pirater. Sans compter que la ligne jusqu’au serveur est soumises aux aléas du piratage.

Cet article est demeuré disponible sur la TdG durant seulement trois jours. En contrepartie, la propagande pour ce système soi-disant invincible existe toujours sur la TdG et date de 2007.

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