ico Suisse Maillard, homme d’État

3 novembre 2011 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD
Pierre-Yves Maillard a la carrure d’un homme d’État – espèce rare s’il en est. Au-delà des divergences idéologiques, les Vaudois ont tout à gagner de son accession au Conseil fédéral. Il faut donc soutenir sans réserves sa candidature.

Qu’est-ce qui fait un homme d’État ? Il n’y a pas de recette précise, et c’est tant mieux: un homme d’État (cela vaut aussi pour une femme, faut-il le préciser) s’impose et se perçoit comme tel, sans qu’on ait besoin de le mesurer à l’aune d’improbables paramètres. Disons qu’il doit avoir du charisme, verbal mais aussi physique, en ce sens que par sa seule présence, il crée une ambiance particulière et attire l’attention. Il lui faut une structure personnelle forte, fondée sur des valeurs acquises tôt, et défendues avec constance. Il faut un sens aigu et intuitif de l’intérêt général, et la volonté de s’y consacrer. Il faut une autorité naturelle positive, qui agit non pas par la crainte qu’elle inspire, mais par la motivation qu’elle suscite.
Pierre-Yves Maillard a ces qualités, et d’autres encore. En particulier, il a des traits de caractère propres à séduire les grands électeurs de l’autre bord – on pense en particulier à ceux de l’UDC. Comme eux d’une certaine façon, il est droit dans ses bottes, ce qui rassure: on sait à qui on affaire, en tout cas pas à une girouette. Il est certes prêt à transiger, comme tout membre d’un collège exécutif, mais pas au-delà de la limite qu’il s’est fixée, ce qui mettrait en cause ses convictions profondes. Il répugne aux manœuvres de couloir et aux magouilles électorales, qu’il semble juger – à juste titre – comme indignes de la fonction. Et il est capable de sortir de ses gonds, ce qui est toujours bon signe chez un dirigeant, preuve qu’il n’est pas un froid calculateur.
Le ministre vaudois de la santé cultive également des valeurs qu’on pourrait qualifier de conservatrices, dans le meilleur sens du terme, notamment en termes de souveraineté. Par exemple, il est assez à cheval sur l’auto-approvisionnement de la Suisse, à l’heure où tant de politiciens rêvent de liquider l’agriculture sur l’autel de la mondialisation, de l’intégration européenne et de l’urbanisation galopante. Écoutons ce qu’il disait le 2 novembre dans Le Temps: «Le degré d’auto-approvisionnement brut était de 62% en 2008, en légère baisse. Le taux garanti devrait donc être fixé à peine au-dessous. Au moment où il est question d’augmenter le libre-échange, notre société doit affirmer qu’elle veut et peut produire une part notable de ce qu’elle consomme. Nous sommes confrontés à une industrialisation de la production agricole qui a généré des risques sanitaires et une augmentation des transports nuisible à l’environnement. Si une population ne peut pas se donner des garanties de sécurité alimentaire, sanitaire et sociale, si elle ne garde pas le contrôle sur une certaine part des biens et des services existentiels, alors elle ne dispose pas d’une vraie souveraineté.»
Sans doute, Pierre-Yves Maillard peut-il susciter des inquiétudes à droite, car il pèsera – quoi qu’il arrive – d’un poids décisif dans les futures orientations de la politique de santé, en particulier dans l’avènement, inévitable, de la caisse unique pour l’assurance de base. Mais certes: qui, à droite, peut encore décemment défendre la situation actuelle ? La droite ouverte et entrepreneuriale devrait être plutôt rassurée par sa vision en matière de développement énergétique, qui vise à dégager la piste pour les projets qu’il est indispensable de mettre en œuvre sans délais: moins d’obstacles administratifs, davantage de financement.
Depuis plusieurs années, le Conseil fédéral est réputé être un gouvernement faible. La première responsable de cette situation est l’Assemblée fédérale, qui choisit systématiquement des politiciens mous du genou, plutôt que des personnalités fortes susceptibles de lui résister – dernière victime en date: l’excellente Karin Keller-Sutter. Plus que jamais, notre gouvernement a besoin de leaders, plutôt que d’administrateurs doués. Il en va de sa crédibilité face aux citoyens, et face au reste du monde. En ce sens, la présence de Pierre-Yves Maillard au Palais fédéral serait un bienfait, qui apporterait, longtemps après le regretté Jean-Pascal Delamuraz, une présence vaudoise bien profilée au gouvernement, forte d’un mélange de retenue et de rondeur, d’efficacité et d’obstination, et surtout d’une vision politique à long terme pour le pays.

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Commentaire de Pierre KOHLER le 3 novembre 2011 à 15:14

C’est ahurissant jusqu’où va Votre local-patriotisme. Vour préférez une vision politique de gauche pour la Suisse et une caisse unique pour l’assurance de base pourvu qu’elles soient promus par un vaudois au profil nettement plus modéré du candidat fribougeois. Les valeurs libérales n’ont malheureusement plus la côte en Suisse.

Commentaire de Marie-France Oberson le 3 novembre 2011 à 15:27

Absolument d’accord avec vous sur toute la ligne!
Mais comme on l’a souvent dit et observé, nos “grands électeurs” n’aiment guère les têtes qui dépassent ; ils préfèrent magouiller !!
Sont-ils prêts à élire une forte personnalité? J’ai bien peur que M. Berset ne lui soit préféré..

Commentaire de Marie-France Oberson le 3 novembre 2011 à 15:47

M. Kohler, je suis moi-même fribourgeoise, à droite, mais j’estime que M. Maillard a les meilleurs atouts pour ce poste.
la caisse unique, je ne suis guère d’accord mais au vu de ce qui se passe actuellement avec nos caisses multiples, il n’est pas possibve de continuer ainsi.Il faut trouver une solution et ma fois, en dehors de la caisse unique je ne vois pas.

Ceci dit, M. Maillard est un fédéraliste convaincu; et ça me plait; il apporte son soutien à l’agriculture ; il estime que la suisse doit produire elle-même la plus grande partie de ses besoins en matière agricole et industrielle…ça me plait..
Et puis, un socialiste , il en faut un au CF pour remplacer Mme Calmy-Rey; autant que ce soit M. Maillard , on ne perdra pas au change !I
Il ne sera pas seul au CF et pour ce qui est des valeurs libérales, il y a assez de “libéraux” au CF pour les défendre: ils n’ont qu’à se remuer un peu et défendre fermement leurs convictions…Mais c’est vrai, ils sont tous tellement mous..C’est pour ça d’ailleurs qu’on les a choisis..

Commentaire de Pierre KOHLER le 3 novembre 2011 à 16:18

C’est malheureusement vrai que les têtes qui dépassent ne plaisent pas, comme Monsieur Blocher. Les Princes Electeurs du défunt Saint Empire Romain de Nation Allemande préféraient aussi élire le plus faible pour qu’il ne les gêne pas trop. C’est la nature du fédéralisme. Elire une tête forte au CF avec l’argument qu’il est fédéraliste est une contradiction en soi, à fortiori avec un adversaire politique. Je ne suis pas sûr que la gauche ne nous rende jamais la pareille.
Quant à la caisse unique comme seule solution contre le coût de la santé qui croît sans cesse ce n’est pas la bonne solution. On abandonnerait le marché et maintient le concept confus de la LAMAL introduit par Mme Dreyfus.
Wage

Commentaire de Marie-France Oberson le 4 novembre 2011 à 11:09

Hors sujet, mais puisque nous parlons politique….

Depuis des lustres, les opposants à l’UDC prétendent que ce parti manipule l’oppinion publique et emploie des méthodes contestables à chaque votation pour tromper le peuple.
Or, à propos de manipulation de l’oppinion, ceux-là -mêmes qui dénoncent l’UDC font fort en la matière !
Je lis ce matin dans le dernier no de “La Nation” un article à diffuser impérativerment. peut-être M. Barraud en a-t-il l’intention?
Cet article intitulé “Informés ou intoxiqués?” nous en apprend de belles-même si nous nous en doutions un peu!- en matière de manipulation des citoyens par nos élus sous la Coupole.
Adrien Delafontaine , qui signe l’article, se réfère au livre de Judih Barben :
“Les Spins doctors du Palais fédéral” editon Xénia.

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