ico Suisse L’insupportable réalisme d’Uli Maurer

25 juin 2012 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Si les ministres commencent à dire vraiment ce qu’ils pensent, où va-t-on ! Uli Maurer, qui estime, comme neuf Suisses sur dix, que la Suisse n’a aucun intérêt à rentrer dans l’Union européenne, s’est fait traîner dans la boue pour l’avoir dit. Pour être un bon politicien, il faut être un parfait hypocrite, c’est bien connu.
Au reste, le tollé provoqué par le ministre de la défense n’a pas grande importance, tant il était attendu de la part de médias pétris de conformisme progressiste, et inféodés à l’UE: le contraire eût été surprenant.
En réalité, les réactions sont d’autant plus vives que le diagnostic posé, en manière de boutade, par Uli Maurer, hante tous les esprits. La meilleure preuve en est le fait que, tour à tour, les dirigeants européens et les grands banquiers – d’impeccables hypocrites, eux -, ont proclamé solennellement ces derniers jours que la zone euro est là pour l’éternité, et que l’euro lui-même n’est nullement menacé. Voudrait-on laisser entendre que la zone euro est au bord du gouffre, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
L’hypothèse n’est pas absurde: l’Union européenne est une construction trop bancale pour pouvoir subsister de la sorte. Ou bien elle doit devenir un État fédéral, ou bien elle doit éclater en un certain nombre de sous-unions, plus réalistes sur les plans économique et politique: vouloir mettre à la même table des pays riches et des pays pauvres témoigne d’un bel idéalisme, mais suscite des tensions insupportables, on le voit bien.
Mais la perspective fédéraliste est inimaginable, qui exigerait, notamment, l’abandon de la souveraineté nationale en matière de défense, au profit d’une défense commune. Lorsqu’on voit le tollé provoqué en France par l’idée, prudemment émise, de renoncer à une dissuasion nucléaire proprement ruineuse, on mesure à quel point l’idée d’un État fédéral européen, sur le modèle des États-Unis d’Amérique, est irréaliste pour les cinquante ans à venir.
Face à ces incertitudes très graves, il est évident que la Suisse doit garder la plus grande marge de manoeuvre, et la plus grande autonomie face à l’UE, en particulier en refusant catégoriquement la reprise automatique du droit européen. Au demeurant, elle serait impossible: l’introduction de dispositions européennes nouvelles dans notre législation impliquerait obligatoirement une décision du parlement, voire du peuple en cas de référendum. À moins, bien sûr, qu’à l’avenir le Conseil fédéral gouverne par décrets, et que l’on supprime le droit de référendum… Il faut s’attendre à tout.

 

 

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Commentaire de Pierre Bonnard le 25 juin 2012 à 16:19

Intéressant avis que celui de M. Maurer, qui mérite toutefois quelque développement:
La discussion est bloquées entre “mondialistes proeuropéens” et “Neinsager peureux”, alors qu’un peu de recul historique et d’audace s’impose.
Rien ne prouve que nous autres suisses refuserions de nous intégrer à une Europe fédéraliste qui respecterait ses minorités. Au contraire, nous l’avons fait en plusieurs étapes, la dernière en 1878. Les cantons d’alors avaient renoncé à plusieurs de leurs droits “essentiels” comme la monnaie, la poste, l’armée, au profit de la Confédération.
Personnellement je verrais plutôt d’un bon oeil un tel processus à l’échelle européenne.
Malheureusement ce n’est pas la construction que nous observons, mais plutôt un projet centralisateur et tendant à privilégier les intérêts des puissants avec une bureaucratie inutile.
Cette Europe-là ne nous intéresse pas et c’est tant pis pour tous ces gens qui reprochent à M. Maurer de l’avoir dit.
La comparaison avec les USA est intéressante, par exemple personne n’y demande à la Californie super-endettée de quitter le dollar, mais les USA sont bien plus homogènes culturellement que nous autres Européens, et sont conscients que leur Etat fédéraliste (dont nous avons quelque peu copié les institutions) est dans l’intérêt de tous.

Commentaire de Marie-France Oberson le 26 juin 2012 à 10:42

Vous le dites fort bien Monsieur Bonnard :”les USA sont bien plus homogènes culturellement que nous autres Européens”.
Là est toute la question.
car l’homogénéité des USA était déjà présente lors de la construction de cet Etat: un monde neuf qui se construit avec un peuple d’une même langue désireux de se fabriquer de nouvelles racines.
Rien à voir avec nos peuples européens à l’Histoire – j’oserais dire “aux Histoires”- millénaires.
De plus les “grands” de l’UE (Allemagne , France .. surtout cette dernière) n’accepteront jamais de n’être que la Louisiane ou la Californie de l’UE..
Ces deux-là. surtout la France voient dans l’UE un moyen de retrouver leur prestige d’antan.
Entrer dans ce machin-là, fut-il fédéral, nous fera perdre notre bien le plus précieux, la démocratie directe qui ne sera jamais instaurée dans les pays de l’Union : à cette échelle-là, elle retarderait trop la marche vers le bonheur promis par la caste qui a fait main basse sur l’Europe.

On a eu un aperçu de la notion de démocratie qu’ont les “zélites” des divers Etats membres, lors de l’adoption de la constitution européenne.
La plupart des citoyens des pays membres n’ont pas été consultés, et ceux qui ont été consultés et l’ ont refusée ont été cocufiés.
On a repris les éléments de ce projet de constitution sous une nouvelle appellation , le traité de Lisbonne qui a été adopté par les Parlements …

Non , l’UE ne marche pas vers une fédération démocratique. Bien au contraire.
La crise de l’euro va le prouver d’ici peu : des solutions bien peu démocratiques vont être adoptées…pour le bien des Européens (sic) .. en réalité pour réaliser coûte que coûte l’idéologie mondialiste- ou internationaliste ( au choix selon que vous êtes un ultra libéral ou un socialiste) transmise par les pères fondateurs eux-mêmes de “l’Europe”

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