ico Suisse L’impôt heureux ? Oui, mais quand on sait y faire…

28 février 2018 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Les Vaudois, à peine remis de leurs débats sur l’affaire Broulis, découvrent aujourd’hui une nouvelle bombe puante fiscale: l’absence de taxation fiscale, depuis dix ans, de la vice-présidente du PLR suisse et conseillère nationale Isabelle Moret. Trop c’est trop: si les politiciens sont plus égaux que les autres devant le fisc, il faut taper du poing sur la table.

Il en va de la crédibilité de la classe politique, qui ne vole déjà pas bien haut. Le sentiment que les élus jouissent de passe-droits et de privilèges est récurrent dans l’esprit des citoyens. Et toute affaire accréditant ce soupçon a des effets dévastateurs.

La gravité relative de ces affaires, dot on peut discuter puisque la vérité des faits a bien du mal à se faire jour, n’est pas l’aspect le plus important. Le simple fait qu’il y ait quelque chose de pas net dans ces affaires, et cela depuis longtemps, est déjà de trop. Le ministre des finances qui claironne que le contribuable doit être heureux de payer ses impôts doit… le faire aussi ! C’est la moindre des choses. Et la question n’est pas de savoir si M. Broulis a beaucoup fait pour le canton – ce qui est vrai -, elle est de savoir pourquoi, dans sa position, au vu et au su de ses chefs de service, il a fait de l’optimisation fiscale à la petite semaine, en pensant que cela passerait sans histoires. De la même manière, que ce soit parfaitement légal n’excuse strictement rien – ou alors, ils faut dispenser de l’impôt les politiciens qui font du bien au canton…

L’affaire Broulis, qui est manifestement moins simple qu’on ne le dit puisqu’elle a justifié des pages et des pages de journaux et des interventions parlementaires, s’accompagne maintenant d’une affaire Moret; la question de principe est la même: si on aspire à la magistrature suprême, la moindre des choses est d’être au net dans ses affaires. La presse parle de centaines de milliers de francs d’impôts en retard; espérons que c’est faux. Quel citoyen pourrait se permettre de traîner une ardoise pareille pendant dix ans – sans même être candidat au Conseil fédéral ?

L’auteur de l’article qui révèle le pot aux roses, Philippe Reichen du Tages Anzeiger, note malicieusement que «la tête de l’administration fiscale a la réputation d’être un exemple de droiture et d’appliquer la loi à la lettre – du moins pour le contribuable lambda.» Au passage, on peut regretter que ce lièvre n’ait pas été levé par des journalistes d’ici… Il reste que la question se pose de savoir si ladite administration, dans laquelle le ministre a accès à tous les dossiers, peut – ou doit – mettre la pédale douce lorsque des Prominenten sont en délicatesse avec leurs impôts, privilège auquel le contribuable lambda n’a évidemment pas droit. Ce ne serait pas la première fois. L’avenir le dira peut-être. Peut-être, tant il semble régner une sorte d’omerta autour de ces affaires.

Quoi qu’il en soit, c’est la dignité de la femme et de l’homme politique d’être irréprochable dans sa peau de citoyen contribuable. Et c’est la dignité de l’administration fiscale de ne pas tolérer des passe-droits et des arrangements dont le grand nombre ne peut pas bénéficier, dussent-ils concerner le patron ou une éminente collègue de parti.

 

 

**** 37votes




Commentaire de PA Délitroz le 28 février 2018 à 19:08

La rédaction de cet article résume tout à fait le fossé entre la base de la population et ces personnes qui accèdent à des postes à responsabilités, surtout dans l’administration. Je suis toutefois surpris de lire que c’est un journal suisse alémanique qui révèle ce nouveau dossier délicat. Est-ce que la presse romande est frileuse, peureuse ou manipulée ? Bref, une fois de plus, faites comme je le dis mais surtout pas comme je le fais. ABE

Commentaire de JAHaury le 28 février 2018 à 19:10

Je suis surpris que Philippe Barraud monte si allègrement dans ce train. Premièrement, il est étonnant que 24 Heures ne fasse que produire un article d’un journaliste du Tages Anzeiger, sans une ligne de commentaire “maison”.
Deuxièmement, le fait qu’un contribuable, pour une raison personnelle, n’ait pas reçu de taxation définitive ne permet pas de considérer qu’il n’a pas payé des acomptes.
Troisièmement, penser que Pascal Broulis serait intervenu personnellement dans ce dossier relève de la diffamation. Imaginez le risque politique que prendrait le chef du département en donnant à son service un ordre de ce genre : notre pays a beaucoup de défaut, mais pas ce genre de corruption, courante dans d’autres pays.
Le journaliste ne le dit pas, mais ce genre d’insinuation (la phrase est citée) est détestable et discrédite tout son article.

Commentaire de Tonio le 28 février 2018 à 19:54

N’empêche .. il n’y a pas de fumée sans feu.

Et l’on peut penser, sans beaucoup se tromper, que ce n’est là que la partie émergée d’un très, très gros iceberg fiscal…

ça fait froid dans le dos des petits contribuables.
La Suisse est neutre, on n’a pas dit “égalitaire” ou “égalitariste”, elle a laissé ça à sa grande voisine.

A Genève le rôle des contribuable est ouvert à tout manant, moyennant des raisons très très pointues et limitatives, naturellement.

Commentaire de Pierre Santschi le 28 février 2018 à 21:49

Lorsqu’on est membre d’un parti qui incite à la corruption en cachant la source de ses revenus, il ne faut pas s’étonner (et l’on peut s’étonner que M. Haury s’étonne) que tout soupçon à l’encontre d’un de ses caciques soit rendu possible. Il est vrai que les Verts libéraux avaient la même politique d’opacité sous son règne. Je dis “avaient”, car peut-être cela a-t-il changé.
Décidément le monde ne progressera que quand chacun d’entre nous, cadres de partis compris, cherchera à améliorer la qualité de sa conscience personnelle…

Commentaire de François de Montmollin le 28 février 2018 à 23:42

Il est clair que dès qu’un article publié donne l’impression que des protections sont en train de jouer, le publique est amené à faire les pires suppositions, qu’on ne pourrait exprimer sans crainte de diffamations. Les journalistes devraient en être conscients et ne pas rester dans le vague si il y a une possibilité de faire autrement.
Il y a en ce moment un cas d’école au Locle où une gendarme à été grièvement blessée par une automobiliste, lors d’un contrôle. On sait tout sur la gendarme, les messages de soutien pleuvent. Sur la page en face, on nous parle deVia Sicura qui enferme les gens pour bien moins que ça sans faire le moindre rapprochement.

Commentaire de Marcel cohen Dumani le 1 mars 2018 à 12:14

M. Santchi votre commentaire est à l’image de ce que devient Philippe Barraud!
Des insinuations puantes et provenant d’une ignorance crasse sur le système fiscal vaudois. Dommage pour la dérive d’un ancien excellent journaliste! Vivement la transparence promue par Mme Moret. Quant à M. Santchi, si vous ne retirez votre message attention à la suite pénale pour calomnie voire diffamation et au modérateur de laisser passer une pareille dérive!

Commentaire de Pierre Santschi le 4 mars 2018 à 11:33

A M. Cohen-Dumani (que j’orthographie correctement): cette belle indignation et ces tentatives d’intimidation d’un notable PLR ne font qu’étayer mes hypothèses et qu’apporter de l’eau au moulin de l’initiative populaire sur la transparence des comptes des partis politiques: https://transparenz-ja.ch/fr/ .
De plus, cela confirme aussi que nous devons tous (yc les cadres des partis opaques) rechercher l’amélioration de la qualité de notre conscience personnelle.

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.