S’il fallait une preuve que la démocratie directe est indispensable en Suisse, les votations du week end dernier l’ont administrée de manière spectaculaire: le peuple est là pour tirer l’oreille des politiciens qui négligent ses aspirations.
Voyez la votation sur la fumée passive, celle sur l’imprescriptibilité des crimes pédophiles, celle sur la retraite anticipée, celle sur le droit de recours des associations: ces scrutins ont permis au peuple d’affirmer sa volonté, parfois contre la volonté de la classe politique. Dans les trois premiers cas, les citoyens ont amené sur le devant de la scène des questions que les parlementaires auraient bien voulu garder sous le boisseau encore quelques années.
Ainsi, et alors que personne n’ignore plus depuis longtemps qu’une large majorité de la population ne veut plus de fumée dans les lieux publics, il a fallu que des citoyens venus de tous horizons s’organisent, prennent les choses en mains et donnent de leur temps pour lancer des initiatives populaires. Les élus? Les partis? Sourds et aveugles aux aspirations populaires, ils se sont montrés inexistants, auto-muselés par la crainte des lobbies du parlement – des lobbies dont le pouvoir devient clairement excessif (voyez le domaine de la santé): il faudra y mettre bon ordre un jour.
Même chose pour la retraite anticipée: incapables de faire des propositions crédibles, gouvernement et parlement auraient préféré laisser pourrir encore quelques années. Or cette question est lancinante, et le devient encore davantage avec la récession: les plus de 55 ans vont être plus que jamais frappés par le chômage, parce qu’ils coûtent trop cher en salaires et surtout en caisse de retraite. Il faudra bien que la majorité bourgeoise affronte sérieusement ce problème, plutôt que d’inventer des remèdes imbéciles ou méprisants: connaissez-vous beaucoup de sexagénaires qui soient prêts à suivre une formation pour changer de métier et donc gagner moins, à «penduler» quatre heures par jour, à faire preuve d’une flexibilité qu’on n’ose même pas exiger des plus jeunes? La droite a efficacement alarmé l’électeur en lui promettant le naufrage de l’AVS s’il disait oui. Bien, mais si nous avons en échange le naufrage de l’assurance chômage, et l’explosion des prestations sociales, nous aurons échangé un borgne contre un aveugle.
Même chose pour le droit de recours des associations: l’initiative des libéraux-radicaux leur a proprement pété à la figure, et on s’en réjouit car elle a permis au peuple de plébisciter ce droit de recours, désormais devenu inattaquable. Les électeurs y ont confirmé, à juste titre, une sorte de surveillance citoyenne sur les petits arrangements avec la loi que se permettent promoteurs et autorités locales, souvent main dans la main - quand ce ne sont pas les mêmes personnes.
Ainsi, et quels qu’aient été les résultats des diverses votations, la démocratie directe en est sortie grandie.
C’est fatigant, cette campagne sur la libre circulation qui commence déjà, juste un peu sournoise, mais combien insistante: l’autre jour, L’Hebdo nous annoncerait que l’invasion n’aurait pas lieu. Le 5 janvier, Le Matin nous rassurait à son tour: les Roumains et les Bulgares qui voulaient quitter leur pays sont déjà partis!
On sait bien que les journalistes lisent dans l’avenir, mais tout de même: comment peut-on balancer des affirmations pareilles, sauf à prendre les lecteurs pour des imbéciles? Car enfin, il doit bien rester encore quelques Roumains et deux ou trois Bulgares, aujourd’hui ou demain, pour rêver à l’Eldorado suisse, non?
Lausanne, rue de Bourg, 24 décembre. Une grosse Mercedes est parquée en pleine zone piétonne, devant la porte de la boutique Vuitton. Deux gardes du stationnement paraissent. Ils regardent distraitement la voiture, puis poursuivent leur balade à la rue de Bourg (où il n’y a pas de stationnement). L’ordre social est décidément immuable: il y a d’un côté les c… (vous et moi) qui se parquent dans les cases et paient leur dû. Et de l’autre il y a les privilégiés, qui font ce qu’ils veulent et ne paient rien.
Qu’à cela ne tienne: la prochaine fois que vous irez à la rue de Bourg, parquez votre voiture (de luxe s’entend) devant Vuitton, personne n’osera y toucher!
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Tout de même étrange que, dans le commentaire ci-dessus, aucune allusion au fait que l’officialité vaudoise a également été rappelée au respect de la loi dans le cadre du scrutin sur l’implantation surréaliste à Bellerive du Musée des Beaux-Arts. Le résultat de ce scrutin va pourtant bien dans le sens de l’article !!!
Exact, ce musée des beaux arts au bord du lac est une abérration. Déja que le bord du lac entre Ouchy et Vidy est saturé, et le nombre d’ espace vert diminue. Je dois dire ce qui m’a le plus frappé dans tout ça est l’arrogance des milieux culturels et tout les politiques de leur coté, de droite comme de gauche. Laissez les rives du lac en paix, c’est un espace public, et comme tel, il appartient à tout le monde et à personne.
Un musée quel qu’il soit doit être au centre ville