ico Suisse Le retour du loup: Couchepin montre la voie

17 août 2010 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

L’intervention de Pascal Couchepin, lundi soir à Forum sur La Première, pourrait bien marquer un tournant dans la gestion du retour du prédateur dans les Alpes.

A vrai dire, on ne s’attendait pas à une expression aussi libre et, disons, «avancée», de la part de l’ancien conseiller fédéral, qui portait ainsi, indirectement, un regard poliment critique sur l’action du gouvernement valaisan.

Qu’a dit Pascal Couchepin? Voici la citation exacte: «Je suis convaincu qu’avec le temps, le loup reviendra, qu’on ne peut pas continuer à tuer ces bêtes. Il faut trouver une solution avec les partenaires (les bergers, les cantons). D’année en année, il y a plus de loups qui reviennent. Il semble inévitable que le loup réoccupe une partie des Alpes, et on ne pourra pas avoir une politique dans les cantons de Vaud et de Fribourg, différente de celle qui est pratiquée dans le canton du Valais. Pour l’instant, on abat le loup lorsqu’il fait trop de dégâts, mais ce n’est pas une solution à long terme.»

Rien de provocateur, mais juste un discours de bon sens, froid et sans passions. Qu’on est loin de ces déclarations de guerre enfiévrées à l’animal, de ces accusations de «réintroduction» clandestines de loups par des écologistes pervers, de ces exagérations sur l’impact des prédateurs sur l’économie pastorale, de cette mythologie du bon berger éploré!

Dans le désastre silencieux de la disparition de la biodiversité, en particulier en Suisse, le retour naturel et obstiné d’une espèce exterminée – comme tant d’autres – par nos ancêtres, est un signe encourageant et rare. Mais il faut garder la tête froide pour en mesurer l’impact, plutôt que de tomber dans des guerres de religions. Sur le plan économique, les choses sont claires: chaque année en Suisse, les prédateurs (chiens compris!) prélèvent environ 200 ovins. Les accidents de montagne, eux, causent la mort de 10’000 ovins en moyenne. Qui réclame des mesures urgentes pour limiter les accidents de moutons dans les ravins? Personne. C’est un risque économique que prennent et assument les éleveurs. C’est ce qui explique que le marcheur en montagne rencontre des moutons dans des endroits invraisemblables, à des altitudes aberrantes, des moutons qui n’ont plus vu un éleveur depuis longtemps, et qui errent selon leur bon vouloir, ou l’herbe disponible.

On voit donc que le loup, objectivement, ne dérange personne, puisque les dégâts qu’il occasionne sont statistiquement dérisoires, et de surcroît peuvent être largement limités par des mesures de précaution éprouvées. Le Valais est à juste titre fier de sa faune, il ne devrait pas a priori s’étouffer de la voir s’enrichir d’un magnifique prédateur – fût-ce à l’éventuel détriment des chasseurs, pléthoriques par ailleurs.

Le constat de Pascal Couchepin signale une évolution psychologique remarquable, que l’on a pu mesurer d’ailleurs ces derniers jours dans la communication du conseiller d’Etat Jacques Melly: loin des rodomontades infantiles de son prédécesseur, il a montré l’embarras que lui causait ce dossier, et aussi la volonté de trouver des solutions plus appropriées que le tir – aveu d’échec s’il en est.

Cela prendra du temps, puisqu’il y a beaucoup de chèvres et de choux à ménager dans le Vieux Pays. L’exemple des cantons voisins est là pour aider. Vaudois, Bernois, Fribourgeois gardent leur calme, et manifestent une philosophie d’ouverture et d’humilité face à un phénomène naturel tout à fait remarquable dans notre monde mécanisé et bétonné. C’est l’irruption du sauvage là où on ne l’attendait plus, qui vient à propos nous rappeler que les autres espèces ont aussi droit à leur espace vital. Le loup n’est pas policé, le loup n’est pas bien élevé, le loup est opportuniste, c’est vrai: et c’est bien ce qui fait de lui notre double ancestral, ressorti de la profondeur du temps et des forêts. Et ça, c’est vraiment très beau.

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Commentaire de Brentini Attilio le 17 août 2010 à 16:42

Vive le LOUP

Commentaire de Ted Demore le 17 août 2010 à 22:22

Le problème est que si les accident de montagne causent la perte de 10’000 ovins (chiffre que j’ai de la peine à croire! Quelles sont vos sources?), cette perte est répartie sur l’ensemble du cheptel Suisse. Lorsqu’un loup attaque un troupeau, c’est généralement par dizaine qu’il tue et ceci même pas pour manger, mais simplement pour jouer. Dur à avaler pour un éleveur qui peine à joindre les 2 bouts contrairement à Couchepin et sa retraite de conseiller fédéral.

Commentaire de Pascal Décaillet le 18 août 2010 à 11:21

S’il montre la voie, il faut assurément lui couper la tête. Lao Tseu, sur ce point, est formel.

Commentaire de E. Coquoz le 20 août 2010 à 7:07

Notre ex-CF défenseur de la bio-diversité, on applaudit. Soutenir d’entrée de jeu le loup est un bon choix pour attirer l’attention, pas forcément pour convaincre. Rencontre envisagée avec l’illustre Mme Bardot ?

Commentaire de André Ronchi le 21 août 2010 à 10:08

votre commentaire Je propose que les paysans valaisans n’alpent* que des vaches de la race d’Hérens bien entendu accompagnées de leurs veaux en phase d’allaitage* et non des vaches de plaine incapables de se battre et de se mouvoir avec aisance et rapidité. Il est clair qu’un loup regardera deux fois avant de s’attaquer à de telles batailleuses que sont les vaches de la race d’Hérens.. Donc pas besoin de chiens pour les garder.

En ce qui concerne les moutons il faut à tout prix laisser importer des chiens bergers des Carpates munis de leur énorme collier à point d’acier les seuls capables de défendre le troupeau tout en tuant le loup qui les attaque.

Bien entendu les bobos et les écolos terroristes pousseront des cris d’orfraie car juste retour des choses ils seront attaqués aussi bien par le bétail que les chiens bergers.
Une excellente manière de se débarrasser de ces donneurs de leçons à la noix et pollueurs de nos alpages et autres bisses. Une vrai plaie que ces urbains lâchés dans nos montagnes.

*Termes que les gens du terroir comprendront

Commentaire de Marie-France Oberson le 21 août 2010 à 20:19

M. Ronchi..pas besoin d’importer des chiens des Carpates.
Dans les Alpes françaises, certains éleveurs ont remis dans les troupeaux le chien Patou, Montagne des Pyrénées , à ne pas confondre avec le berger des pyrénées qui est un chien rassembleur du troupeau. Le patou est un bon gardien en cas d’intrus..Il se trouve même qu’il peut être dangereux, non seulement avec le loup..mais avec les promeneurs…Il faudrait donc réintroduire le patou à garnde échelle et envoyer les bobos écolos en chambre se promener dans les alpages…à moins qu’ils ne veuillent eux-mêmes devenir bergers..

Commentaire de E. Coquoz le 22 août 2010 à 23:42

J’ai beaucoup apprécié le commentaire d’André Ronchi et donc aussi celui de M-F Oberson. La solution est réaliste et ne manque pas de piquant, ou de mordant, c’est selon… Pourquoi donc les “spécialistes” du problème ne les ont pas envisagées ?

Commentaire de Richard Golay le 23 août 2010 à 23:19

@ E. Coquoz : parce qu’ils ne sont pas écolo ! http://rigolay.blog.24heures.ch/archive/2010/08/23/4e8e7837c1cbb9eee7e0da16397aabcf.html

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