ico Suisse Le “plan B” de No billag: une vaste fumisterie

10 janvier 2018 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Le prétendu «Plan B» présenté par le comité No Billag est une vaste fumisterie, manifestement concoctée à la hâte sur le coin d’une Stammtisch de l’Oberland bernois entre la fondue et le Krütr. En particulier, tout miser sur la publicité manifeste une méconnaissance crasse de l’économie des médias, et des aspirations du public, déjà écœuré par une publicité agressive et envahissante.

La légèreté et l’amateurisme avec lesquels les patrons et l’USAM balancent des chiffres invérifiables est effarante. Le comité «estime» que la publicité rapportera 400 millions par an, et «pense» que les abonnements et les TJ à la carte rapporteront entre 200 et 600 millions. De toute évidence, ces chiffres sont purement fantaisistes et ne reposent que sur des spéculations à la louche, lancées à tout hasard. Je me demande si, à la tête de ses multiples entreprises – comme il aime à le rappeler – M. Jean-François Rime «estime» les budgets et «pense» que le chiffre d’affaires atteindra un certain nombre de millions. Ce n’est tout simplement pas sérieux.

La publicité maintenant. Les médias imprimés s’effondrent les uns après les autres à cause de… la publicité, qui a déserté leurs pages pour d’autres supports supposés plus efficaces. Ils avaient commis l’erreur historique de faire dépendre les trois quarts ou davantage de leurs ressources de la publicité, plutôt que de faire payer le juste prix de leurs services aux abonnés et aux acheteurs. La publicité est une ressource volatile, étroitement soumise aux aléas de la conjoncture, et prompte à larguer ses plus fidèles supports dès qu’une opportunité supposée meilleure se présente. Donc, rien n’est moins fiable que cette ressource-là.

Voilà déjà une bonne raison pour ne pas faire reposer l’avenir du service public sur cette manne aléatoire, solution de facilité, qui de plus nuit à l’indépendance de ceux qu’elle finance. Mais surtout, en Suisse, le public est de moins en moins disposé à subir toujours plus de publicité. On atteint déjà un point de saturation, en particulier sur les réseaux sociaux. Heureusement, la riposte s’organise: les bloqueurs de publicité explosent, comme AdBlock sur internet ou, pour contourner les publicités agressives de YouTube (qui met à disposition les grands concerts classiques en haute-définition, comme le Festival de Lucerne), une application telle que Noad Tube ou AdBlock for Youtube. Espérons qu’on puisse un jour bloquer la publicité sur les chaînes de télévision !

La solution des programmes payants préconisée par les patrons est également détestable et discriminatoire, puisque beaucoup ne pourront pas se payer, et de plus gérer, des abonnements multiples.

Quant aux préoccupations de cohésion nationale, d’honnêteté de l’information et de soutien à la culture et au sport, on imagine bien que les patrons qui tirent les ficelles derrière No Billag s’en moquent royalement: ils seront bien plus heureux avec une Télé Blocher nationale (sans doute gratuite), qui n’emploiera aucun de ces sales journalistes critiques qui empêchent l’économie et le marché de dicter notre avenir.

En somme, le comité No Billag vient de rendre un signalé service aux citoyens de ce pays, en leur montrant qu’il les prend pour des demeurés et des bouffeurs de pub. A bon entendeur…

***  53votes




Commentaire de B. Brunner le 10 janvier 2018 à 17:34

En plus, ils ne semblent pas avoir lu en détail le texte de l’initiative!

Ils proposent que certains programmes culturels soient subventionnés. Or l’initiative explicitement banit les subventions quelconques.

Il vaut aussi la peine de voir à qui profite NoBillag: C’est principalement le groupe TA Media qui de fait deviendrait un quasi-monopole de l’information et des médias en Suisse.

Je suis contre l’encaissement par Billag, et pour l’encaissement des mêmes redevences (impôts déguisés) fixes de manière plus économique par les impôts qui envoient déjà des factures aux 2/3 de la population.

Mais je suis contre le NoBillag qui est tout autre chose. Il faut voter NON.

Commentaire de Pierre Bonnard le 10 janvier 2018 à 17:57

Cette initiative aurait dû être retoquée avant la récolte de signatures pour non-respect de l’unité de matière. En effet, on doit ne donner qu’une réponse à deux questions logiquement disjointes, à savoir l’actuelle taxe unique par ménage d’une part, et un financement par l’impôt fédéral, soumis au parlement via le budget annuel d’autre part.
J’aurais volontiers voté pour la seconde solution, la taxe unique me semblant peu sociale.
Les médias radio et TV remplissent en effet un mandat public comme l’école, les voies de communication, l’eau, la défense etc, il est normal que leur financement le soit aussi, et par l’impôt dont l’assise est décidée plus ou moins démocratiquement.

Toutefois si par malheur cette funeste initiative était acceptée, il existe un plan B: le financement par les cantons, l’initiative ne traitant que du plan fédéral. Pour la Romandie, un accord intercantonal permettrait de sortir quelque peu de l’arc lémanique sur lequel la RTS se concentre parfois un peu trop.
Quant à un paiement par émission numérique reçue, il y a un danger évident de fichage, et pour ce seul motif c’est à éviter.
En contrepartie du financement public on pourrait exiger l’absence totale de publicité et une meilleure représentation des diverses tendances politiques.

Commentaire de Pierre-Alain Tissot le 12 janvier 2018 à 13:03

Certes, il n’y a pas de bon “plan B”, mais alors que voter ?
Attendu que les émissions d’information de la RTS telles que Forum ou le 19h30, continuent à dérouler le tapis rouge (c’est le cas de le dire !) à la gauche, voire à l’extrême-gauche, tout en snobant la droite conservatrice. Ainsi tous les “experts” invités sont marqués à gauche, tandis que leurs éventuels contradicteurs de droite sont malmenés (interrompus, temps de parole inférieurs, questions agressives, désobligeantes ou hypocrites).
Et que la SSR, restant sourde aux critiques, ne respecte toujours pas le mandat constitutionnel en matière d’équilibre politique.
Donc, que faire ?

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 17 janvier 2018 à 21:36

D’accord avec Monsieur Tissot !

Commentaire de Albert Fahrni le 31 janvier 2018 à 10:39

Pas d’acord avec M. Tissot!
C’est dans la droite conservatrice que se trouvent les égoistes (voir a quel pourcentage de population appartient le gros de la richesse). La fraude fiscale massive n’est pas souvent le fait de “gauchistes”.. La RTS fait bien son travail en accordant une certaine “priorité” aux plus faibles.

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.