En acceptant largement la révision de la Loi sur l’aménagement du territoire, les Suisses ont émis un message “à large bande”. Les politiques l’entendront -ils? Peu probable, car ils n’en ont pas envie. D’autres votations seront nécessaires.
Le oui à la LAT signifie que la population en assez du laisser-faire des décennies passées, qui a conduit à un enlaidissement désastreux de leur cadre de vie. On ne parle pas ici que de mitage du territoire, mais de conceptions du “développement” complètement dépassées, héritées d’une époque où le progrès passait par le toujours plus en matière de gestion du territoire – plus de routes, plus de centres commerciaux, plus de quartiers-champignons en dehors des zones urbaines, plus d’habitants, moins de campagne – des MacDo et des Ikea plutôt que des champs de patates.
Le rejet de ces conceptions, brandies pendant la campagne par certaines autorités communales comme à Payerne, à Lausanne ou à Morges, se double d’un second message: les Suisses en ont assez d’une immigration en roue-libre, qui fait exploser la densité de la population, dégrade la qualité de vie, accroît l’insécurité et entraîne, précisément, une extension anarchique du bâti. Les politiques n’avaient que ce slogan à la bouche: il faut construire des milliers de logements, des logements “bon marché”, pensaient-ils devoir préciser tout en sachant que c’est un leurre. Pourquoi? “Parce que nous devrons accueillir des dizaines de milliers de nouveaux habitants d’ici vingt ou trente ans”.
De quel droit ces politiciens décident-ils, à notre place, que nous devrons accueillir des immigrants, et combien? De quelle décision politique émanent ces chiffres? Pourquoi ne nous demande-t-on pas notre avis? Par quel décret divin – ou plus modestement européen – sommes-nous et serons-nous obligés d’accepter, les bras croisés, une immigration massive? Cette manie des autorités cantonales et communales de construire des logements à tout va, de manière préventive, n’est pas le signe d’une saine prévoyance; c’est un choix politique, non-démocratique, qui n’aboutit qu’à créer un appel d’air: s’il y a des logements prévus pour les immigrants, les immigrants y viendront, cela ne fait pas l’ombre d’un doute!
Or le peuple doit avoir son mot à dire sur ces questions, absolument essentielles pour son avenir, et il n’est pas question de le museler sous prétexte que l’ouverture complète des frontières telle que nous la connaissons actuellement serait une donnée irréversible. En ce sens, l’initiative Ecopop est une bénédiction, qui permettra à la population suisse, pour une fois, de se prononcer sur un choix fondamental que les politiciens veulent lui interdire – ils savent bien pourquoi.
Le fédéralisme n’est plus une vache sacrée
La campagne de la droite et des milieux économiques contre la LAT avait un défaut majeur: elle a pris les électeurs pour des débiles mentaux. Ces photo-montages grotesques du Château de Chillon écrasé par des tours d’habitation ont suscité la consternation; et le recours au vieux slogan du “Diktat de Berne” n’était pas moins grotesque, et n’a pas influencé le moindre électeur.
Pourquoi? L’argument fédéraliste a beaucoup perdu de sa vigueur, parce qu’on l’a beaucoup galvaudé. D’abord, il n’est pas imaginable d’avoir vingt-six définitions différentes de l’aménagement du territoire dans un petit pays soumis à une urbanisation forcenée: cela tombe sous le sens, en tout cas sous le bon sens des citoyens. Le discours sur le génie propre des communes et des cantons pour réaliser un aménagement harmonieux de leur territoire a aussi fait long feu, et pour cause: il suffit de regarder autour de soi pour constater l’échec patent de cette gestion locale pendant des dizaines d’années. Laxisme, incohérence, copinage, conflits d’intérêts et combines politiques ont conduit à une délimitation de zones à bâtir démesurées, et à une débauche de constructions anarchiques. Si c’est ça le génie propre des cantons et des communes…
Un mot encore au sujet du fameux “Diktat de Berne”. Ce slogan traîne dans les campagnes politiques depuis une bonne cinquantaine d’années, voire davantage. S’il enchante encore les politiciens blanchis sous le harnais, il ne signifie plus grand chose pour les électeurs contemporains. D’abord parce que Berne est un mot-valise dont le sens est peu clair. En l’occurrence, c’est le parlement qui a voté la LAT, un parlement où siègent, précisément, les représentants de ce fameux génie propre des cantons. Ce n’est donc pas quelque monstre bureaucratique tapi au coeur de l’administration honnie, qui lance des Diktats aux cantons tremblants de peur, ce sont les représentants du peuple et des cantons qui mettent un peu d’ordre dans la maison.
Fondamentalement, les fédéralistes à tout crin commettent une grave erreur de jugement: si pour eux de Berne vient tout le mal, le peuple a une vision bien plus fine, et pragmatique, des choses. Si les cantons et les communes font la preuve de leur incapacité à gérer une ressource aussi sensible que le territoire, alors, il ne voient aucun inconvénient à ce que la Confédération donne un cadre aux cantons pour gérer mieux leur territoire. Berne ne se substituera pas aux cantons, elle ne fera pas le travail à leur place: elle leur signale juste que la récréation est terminée.
Le soutien de l’UDC au référendum contre la vignette à 100 francs suscite quelque colère dans le canton de Vaud. On laisse entendre en effet que le succès du référendum devant le peuple compromettrait le financement du contournement autoroutier de Morges.
Sachant l’impact dévastateur de ce projet sur une région encore relativement préservée, comme le montre cette vidéo effarante, on se dit que la vignette à 50 francs a du bon !
Pour les épargnants européens, le moment est peut-être venu de vider leur compte-épargne, d’acheter une maison, un cheval, ou de prendre une retraite largement anticipée. Bref, mieux vaut tout dépenser avant la Grande Confiscation. Selon le patron d’UniCredit, l’une des grandes banques italiennes, cité par Le Temps, il est “acceptable de confisquer les comptes d’épargne pour sauver les banques pour autant qu’il s’agisse d’une solution européenne commune.”
Quand on vous disait que le précédent de Chypre allait faire des petits! Les Suisses sont-ils à l’abri? Bien sûr que non, puisque notre gouvernement veut tout faire comme les Européens.
100% d’accord ! Les milieux économiques présentaient des arguments d’une sidérante bêtise… On serait obligé de continuer un bétonnage massif pour “accueillir” des dizaines de milliers de migrants. Et si ces gens restaient tout simplement chez eux ? Cela économiserait des logements, de l’énergie, des infrastructures de transports… La gauche croit que les citoyens ont voté oui car ils deviennent bobos-écolos. La droite croit qu’ils ont voté oui car ils seraient contre l’économie libérale. Les 2 côtés se trompent. Ils n’ont rien compris. Il faudra d’autres votations. Mais soyons heureux de cette sage décision du peuple sur la LAT !
Suite à des héritages je suis l’heureux propriétaire d’un terrain bâtir en plaine et d’un autre en moyenne montagne sur la rive droite du Rhône.
Mon fils reprend un cabinet médical en plaine et pourra ainsi construire sa villa en plaine et son chalet car il a compris qu’il vaut mieux vivre en Valais que dans un clapier de la banlieue du “GRAND GENEVE”
Chez nous les biens se transfèrent au sein de la famille et au pire des cas font partie d’une hoirie.
Mais allez expliquer cela à des Suisses fraîchement naturalisé qui ne connaissent strictement rien aux divers mentalités suisses mais qui votent toujours avec un pied ici et l’autre dans leur pays d’origine.
Si les communes et les cantons sont « incapables » de gérer leur territoire, pourquoi est-ce que l’administration fédérale serait-elle capable de le faire, et qui plus est, mieux ? SI cela n’est évidemment pas impossible, pourquoi les défauts des uns n’entacheraient pas les autres ?
S’il est probable qu’avec cette LAT, le copinage communal et cantonal sera ralenti, que les intérêts locaux seront moins entendus et défendus, l’exemple du lobbysme bernois (et bruxellois) laisse plutôt à penser que ce seront d’autres intérêts qui seront défendus (et entendus), à moins de considérer le lobbysme des assureurs bon pour le bien commun.
Certes, l’auteur de l’article espère probablement que « sa » perception « juste » de « l’intérêt de la nature » sera prise en compte à Berne. Sans doute cet espoir vaut bien le sacrifice d’une vache sacrée. Mais la raison – et la prudence – nous amène à penser qu’il est bien plus probable que ce soit des visions toutes différentes, telle, par exemple, la défense des intérêts d’entreprises générales internationales, qui s’imposeront. Le problème dans ce cas ? N’étant plus limitées aux communes et aux cantons, les décisions sous influences de l’administration fédérale s’appliqueront à l’ensemble du pays avec comme conséquence probable : Bétonnage 2.0 The Retour !
Les uns pêchent par orgueil. Les autres pêchent par révolte. Le mal, lui, perdure. Et comme le dit cette vieille sagesse française, « plus ça change, plus c’est la même chose » n’en déplaise aux révoltés des lendemains qui chantent.
Reste alors une voie, celle de cultiver la modération, dans un sens comme dans l’autre. Mais le changement s’opère premièrement dans les cœurs avant de produire des effets extérieurs. Et un tel changement, Dieu merci, aucune LAT ne pourra l’imposer, n’en déplaise aux multiples ayatollahs des innombrables inquisitions des temps modernes.
M. Olivirer Mark, vous écrivez :
” Mais la raison – et la prudence – nous amène à penser qu’il est bien plus probable que ce soit des visions toutes différentes, telle, par exemple, la défense des intérêts d’entreprises générales internationales, qui s’imposeront. Le problème dans ce cas ? N’étant plus limitées aux communes et aux cantons, les décisions sous influences de l’administration fédérale s’appliqueront à l’ensemble du pays (…)”
Très bien vu !
C’est pour cette raison que, personnellement j’ai voté ” non”
L’aménagement du territoire passe par la démographie. On n’aime pas en parler parce qu’on se fait traiter de xénophobe et de rétrograde. Car qui touche à la croissance met en cause le système productiviste. Et donc pose la question de l’utilité de la compétition économique que l’on justitie à tort à l’image de ce que fait la nature par la sélection du plus fort.
Contrairement à ce qu’affirme les économistes, je dis que le bonheur ne dépend pas de la croissance économique et qu’il faut aller vers d’autres valeurs que celles de l’argent. Par voie de conséquence, ce n’est pas le nombre qui pourra nous sauver mais la qualité de vie.