Rédacteur en chef de la télé (l’autre, par celle de Genève), M. Fathi Derder est sans doute un excellent patron de presse. Mais lorsqu’il s’aventure en politique dans ses chroniques de 24 Heures, on a l’impression de lire un mauvais brouillon du Petit Ventilateur.
… et on vous garantit que ce n’est pas un compliment! Comme François Cherix, M. Derder n’a que mépris pour l’esprit de nos institutions et l’Histoire riche et complexe dont elles sont le reflet – on part de l’idée qu’il connaît l’un et l’autre. Donc, sans surprise, il nous dit que les cantons et les communes sont de vieilles lunes, qu’il faut les remplacer d’urgences par des régions, avec des sous-découpages, histoire sans doute de ne pas mélanger les urbains branchés avec les péquenots de nos monts. Ainsi, pour la région Vaud-Fribourg, il y aura «les zones urbaines, les bords du lac, l’arrière pays.»
Se faisant lyrique, M. Derder réécrit – sans le savoir – un édito de L’Hebdo des années 90 (et aussi son propre article publié deux semaines plus tôt dans 24 Heures…). Même le style haché et l’économie de verbes y sont: «Il y a la Suisse institutionnelle, et l’autre Suisse. La vraie. Celle que vous vivez, que vous façonnez au quotidien. Aujourd’hui, entre les deux, un fossé. Il est temps que cela change. Et c’est vous qui allez changer cela.» Avez-vous remarqué l’interpellation du lecteur? C’est un vieux truc de marketing, le discours devient «concernant», et racoleur avec élégance. Hélas! Cela ne le rend pas plus consistant ni plus crédible.
Encore une citation, pour le plaisir? «On le sent depuis quelques années: une Suisse nouvelle est en marche. En décalage avec nos structures politiques. Une Suisse en mouvement, dynamique, sûre d’elle, gagnante, à l’image de notre Federer national.» Magnifique, non? Même François Cherix, même L’Hebdo, n’oseraient pas des envolées aussi gnangnan.
Même si ces doux délires sont devenus le discours médiatique dominant, elles n’en sont pas moins abyssalement creuses, et surtout hors de la réalité. Preuve en soit le fait qu’aucun politicien, même de seconde zone, n’a jamais relayé ces propositions devant nos misérables institutions.
Pour cette fois, on fera preuve d’une certaine indulgence à l’égard de M. Derder puisqu’il avoue, en début d’article, une «légère gueule de bois». La preuve que boire ou écrire, il faut choisir…
Le même jour, le Conseil fédéral parvient à liquider le Haras national et 160 lignes de bus régionales, et à jeter 290 millions supplémentaires par les fenêtres au titre de l’aide aux Pays de l’Est.
Pour la même somme, on aurait pu maintenir une dizaine de haras nationaux et de lignes de transports publics.
Evidemment, c’est en Suisse…
Admirable, ce canular de la caserne de Bière! Et révélateur de la légèreté des médias qui, tout affairés à tirer sur l’armée, se dispensent des vérifications élémentaires. Le plus accablant est que tous, sans exception, ont repris sans le moindre esprit critique la vidéo du Blick, et l’ont présentée comme un fait divers authentique.
Espérons que cela servira de leçon, car ce genre de mystification est appelé à se multiplier, si les médias persistent à privilégier l’immédiateté à la vérité. Et cela pourrait porter sur des sujets autrement plus graves qu’un bizutage bidon.
Qui a dit que la qualité de la presse s’effondrait?
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Les promoteurs de La Télé brassent beaucoup d’air dans l’espoir d’attirer sur leurs ondes un maximum de téléspectateurs, ce qui est bien légitime. Mais pour parvenir à cette fin, il va falloir ventiler sec, partant de l’idée que leur chaîne est programmée sur le numéro 38 de la télécommande du téléspectateur lambda et que ce dernier ne zappe que de 1 à 10 avant d’éteindre le poste.
Si la première lecture du commentaire de Monsieur Barraud nous a laissé un peu perplexe, la lecture du mot de Monsieur Derder, exhumé des archives du 24 heures, http://archives.24heures.ch/VQ/LAUSANNE/-/article-2009-07-199/legere-gueule-de-bois-jeudi-matin, nous a permis de mieux comprendre le sens du commentaires, que nous trouvons finalement presque trop doux, malgré l’établissement d’un lien de filiation à faire honte à 5 générations successives.
Le dernier paragraphe du commentaire de Monsieur Barraud résume assez bien l’esprit comme le ton du “mot” de Monsieur Derder. Mot? Oui, à défaut d’autre descriptif honnête.
Parler d’article? Ce serait faire insulte à l’engagement des gratte-papiers honnêtes qui se donnent la peine de vérifier ce qu’ils racontent et qui structurent de manière cohérente leur sujet (mot important: structure, cohérence, sujet, vérifier)
Allons, c’est un commentaire, me dira-t-on! Vous plaisantez? Quelques vagues idées jetées en vrac, passant d’un sujet à l’autre sans transition, empruntées d’émotions débordantes.
Non, sans nul doute, c’est un mot. Pas bon, mais mot quand même. Nous ne saurions que trop recommander à Monsieur Derder, lors de ses prochaines libations pré-rédactionnelles, de préférer les vins de Saint Saph, d’Epesses ou de Vinzel aux pissats de la Zone romande ou zurichoise contrôlée, vous savez, ces vinasses qui font grincer des dents la nuit et lestent d’un casque à boulon de mauvaise humeur le lendemain. De grâce, il en va de notre bonheur.
Qu’est-ce qui est plus petit qu’un petit ventilateur ? Une vis (à gueule de bois) ?
Merci M. Barraud! Vous vengez tous les lecteurs romands qui doivent subir avec agacement le discours médiatique dominant.
J’ai bien ri, et je prévois des réactions vexées, car comme le remarquait Molière dans sa préface au Tartuffe, “C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant, mais on ne veut point être ridicule.”
Doit-on rappeler qu’en Belgique, la création de Régions wallonne et flamande a contribué a dresser les communautés linguistiques l’une contre l’autre. En Suisse, les entités cantonales, linguistiques religieuses sont transverses. Ce n’est pas le moindre facteur de stabilité. Mais peut-être que les zélateurs de l’adhésion à l’UE cherchent justement à mettre la Confédération en crise.
J’avoue m’interroger sur le sens des chroniques de M. Derder dans “24 Heures”, tant en la forme (lui-même avouait naguère pourtant dans “L’Hebdo” que tout ce qu’il écrivait était mauvais) que sur le fond: ue sorte de zapping nébuleux, sans problématique. Est-ce pour séduire un lectorat “djeune” avide de non-réflexion et de vacuité critique (en plagiant la formule de Flaubert quant à Bouvard et Pécuchet, je dirais même que ce sont “des papiers sur rien”)? Le contraste avec les propos rigoureux, argumentés de son vis-à-vis habituel, J. Poget, apparaît saisissant.
Surtout je ne comprends sociogiquement pas d’où il parle. Est-ce en qualité de “rédacteur en chef de La Télé”? Mais dans ce cas pourquoi ne pas parler alors de propos relatifs à La Télé, ou aux régions? M. Derder raccole sur tout et n’importe quoi. Il ne faut pas s’étonner qu’avec ce genre de tribune, à l’opposé du journalisme critique, d’analyse, de mise en perspective, d’investigation, la Julie continue de perdre ses abonnés… cela n’augure rien de bon pour La Télé…
M. Derder possède certainement des dons importants pour accomplir le métier de journaliste, mais ceux-ci ressortissent plutôt à la dimension technique et instrumentale du métier (maîtrise des formes, aisance à l’oral, dynamisme, etc.). On ne peut que regretter que ces dons ne soient pas mis au service de contenus et de causes plus profonds, plus fondamentaux, nourris par une approche humaniste en lieu et place de ces papillonnages superficiels. En cela, M. Derder paraît tout à fait être un de ces faiseurs d’opinion frivoles et manquant de substance qui pullulent un peu partout en notre modernité toute dévolue à la festivité permanente comme nouveau mode d’être-au-monde.
Il est pénible de voir à quel point notre époque gâche des talents, les instrumentalise, les appauvrit, en fin de compte les asservit. Ces jeunes efficaces croient être libres et penser librement, mais ils fonctionnent dans un système. Toute époque a endommagé les talents en les standardisant. Toute époque a eu ses académiques, ses serviteurs plus ou moins arrivistes et plus ou moins insincères, mais la nôtre est peut-être passablement toxique sur ce plan, car, au vu du confort qu’elle prodigue à ses individus, ceux-ci rechignent trop à prendre de vrais risques, à avoir le courage de penser librement, à avoir le courage de dire véritablement ce qu’ils pensent en écoutant sincèrement leur for intérieur et l’avancée d’une pensée nourrie par la lecture de grands livres (peu commerciaux devrait-on préciser…). Pour être plus proche de la vérité, il faut presque toujours aller au-delà de ses premières petites pensées, toujours contaminées par des préjugés d’époque. Il faut faire un effort, souffrir en quelque sorte. Le métier de penser implique la souffrance, le courage. Je n’ai pas l’impression que les nouvelles générations depuis mai 68 aient cette capacité. Elles n’ont pas appris la souffrance et la pensée vraiment profonde et libre. Il faut être platonicien et non sophiste, mais notre époque est sophistique (pas de vérité, que du relativisme). Je pense pour ma part que la vie est en danger dans un monde de sophistes, dans un monde où il n’y a plus de convictions solides, plus de sens assez clair, etc., dans un monde où on peut allègrement détruire des choses qui ont du sens pour les hommes sans les remplacer, comme des cultures et des langues élaborées au cours des siècles. Après on s’étonne de la violence des jeunes, de l’anonymat croissant des villes, des pertes de repères, etc. Cela me fait, personnellement, doucement sourire…
On ne saurait trop conseiller à M. Derder la lecture de Philippe Murray (Homo festivus festivus), de Renaud Camus, de Marc Fumaroli (son dernier ouvrage) et de bien d’autres encore pour lui permettre de gagner en profondeur et en substance. Rien que par honnêteté intellectuelle, il devrait au moins lire quelques-uns de ces ouvrages critiques.
L’Homme a besoin de nourritures substantielles, il a besoin de sens. Dès lors qu’il se perd dans un univers chaotique, où tout est absurde, il dépérit, il se perd. Nos bien-pensants modernistes devraient mesurer avec plus de gravité tout le mal qu’ils font aux hommes de notre temps en les nourrissant de mauvaises nourritures (mais ils ne sont pas les seuls…, ce qui est pire encore). Ils devraient plus réaliser à quel point ils compromettent l’avenir de l’homme en le remplaçant par un homme machinisé, robotisé, lissé, superficialisé, un homme au fond sans âme.
Cela dit sans animosité aucune par ailleurs pour M. Derder qui est mon contemporain et que j’ai fréquenté sur les bancs de l’université… mais même plutôt avec une certaine affection et une certaine peine au cœur face à quelqu’un dont on a l’impression qu’il erre un peu.
Enfin, M. Derder n’est pas le seul à servir le scintillement. Tous les autres, et ils sont légions, mériteraient le même opprobre.
Premier stade, celui où les “Suisses d’aujourd’hui et de demain”, à l’instar de Monsieur Fathi Derder, expliquent aux Suisses de hier….. ce qu’est la Suisse. Deuxième stade, quand les “Suisses de demain” diront aux Suisses d’hier “qu’ils peuvent s’en aller, si ça ne leur plaît pas”. Troisième stade, stade terminal, les festivités du Xinjiang dans le Gros-de-Vaud !