Pourquoi les élus sont-ils les seuls à pouvoir s’exprimer sur la chose publique? On sait de source sûre que dans la société civile, il y a aussi des gens qui réfléchissent!
C’est à la fois une litanie et un rituel bien rôdé que subissent les auditeurs de La Première: à chaque débat politique, ce sont toujours les mêmes qui donnent leur avis, privilège qu’ils doivent à leur qualité d’élus, et donc de professionnels de la politique, et aussi, marginalement, à une certaine routine (paresse?) des journalistes, qui savent parfaitement à qui téléphoner sur tel sujet, et gagner ainsi du temps.
C’est ainsi que matin et soir, nous avons droit à l’averse habituelle de commentaires des Savary (Géraldine), des deux Sommaruga, des Leuenberger, des Levrat, Darbellay, Pelli, ou encore de celle que les méchants appellent Carabosse. Ils ont un avis sur tout, hautement prévisible le plus souvent, sauf Darbellay toutefois, qui change d’avis tous les deux jours: c’est rafraîchissant.
Or, il arrive parfois que d’autres personnes, hors du sérail politique, donnent leur avis sur les ondes – des gens de l’économie, de l’université, des milieux associatifs, bref, de la vraie vie – et on est souvent émerveillé d’entendre un langage plus frais, des convictions plus sincères, ou plus solides parce que fondées sur l’expérience, ou encore des propositions qui vont à contre-courant.
A force de ressasser les sujets, les politiciens ont tous le même discours, les mêmes formules, le même formatage cérébral. Au contraire, l’ingénieur, la paysanne, l’artisan ou l’historien ont souvent une approche beaucoup plus libre des problèmes, plus originale aussi, loin précisément de ce formatage généré par le milieu politique.
Nos grands médias devraient veiller à donner la parole à ces citoyens aussi, ce qui serait une contribution féconde au débat politique, et nous épargnerait ces pénibles pugilats verbaux à l’antenne, où ce sont toujours les mêmes qui parlent tous en même temps pour dire des choses que l’on sait déjà. Au minimum, notre radio de service public pourrait faire l’effort de diversifier ses interlocuteurs politiques, afin qu’on ne dise pas à chaque Journal du Matin, à chaque Forum: “Oh non! Encore elle, encore lui!”
La France est une démocratie formidable! Dans laquelle un candidat peut utiliser les privilèges de la présidence pour monopoliser les médias, au mépris de ses concurrents. Six chaînes de télé, convoquées pour faire valoir le président, c’est tout simplement inouï, inimaginable ailleurs. Vous imaginez Mme Merkel organisant un show pareil? Ce serait un lynchage médiatique immédiat. En France, non, c’est normal, tout le monde est aux ordres. Tenez, les journaux horaires de France-Inter commencent invariablement par ces mots, obsédants: “Nicolas Sarkozy…”
On se croirait en Corée du Nord ou, pour rester dans l’actualité, au Sénégal. Ce n’est pas un compliment.
Intéressant en effet. Et si cela procédait de l’essence du Pouvoir, dissimulé sous le nom de démocratie? Est-ce un hasard? Je ne le crois pas.
Pas davantage qu’en la pratique du micro-trottoir, oreiller de paresse du journaliste.
On pourrait prolonger votre réflexion en se demandant pourquoi la composition socio-professionnelle des législatifs et des exécutifs cantonaux et fédéraux est si différente de celle de la population générale. Par exemple, la plupart des exécutifs comportent une large majorité de juristes ou d’économistes, qui représentent au plus 5% de la population.
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A propos de Carabosse…
J’en connais deux; toutes deux genevoises l’un de gauche conseillère national et l’autre libérale conseillère aux Etats.
A force de squatter les studios de la TSR elles ont le don d’énerver et de lasser le pékin lambda que je suis.