ico Suisse L’armée suisse ne sera jamais une troupe de CRS

7 mai 2010 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

On est soulagé d’apprendre que Ueli Maurer n’a pas défendu les propositions extravagantes de son propre département sur l’avenir de l’armée lors des entretiens de Watteville. Il n’empêche: cette affaire est tout simplement grotesque.

On se demande d’ailleurs qui a organisé ces fuites abracadabrantes (à télécharger sous forme de pdf  ICI ), et pourquoi. En gros, ce document-mystère, manifestement destiné à brouiller les cartes, consiste à accepter sans conditions toutes les exigences du Groupement pour une Suisse sans armée et des milieux pacifistes. En substance donc, l’armée n’a plus pour mission la défense militaire du territoire, mais devient un corps de police subalterne, destiné à aider les polices cantonales en cas de besoin. Ses blindés et tout son armement sont à mettre à la ferraille! On pourrait comparer ce modèle à celui des compagnies de CRS en France – exaltante perspective pour notre jeunesse, non?

Un tel changement de paradigme dans la défense nationale mériterait assurément mieux qu’une fuite miteuse, que des explications fumeuses de la part d’un conseiller fédéral qui dit une chose et son contraire à 24 heures de distance, et que des applaudissements déplacés de la part du vice-président de la Société suisse des officiers. Après tout, la suppression pure et simple de l’armée devrait quand même inquiéter les officiers supérieurs, plutôt que les réjouir!

Toute cette affaire est terriblement mal emmanchée, et porte un préjudice considérable à une institution déjà très affaiblie par ceux-là même qui devraient la défendre. On ne sait pas à quoi jouent les penseurs du département de la défense, mais c’est assurément un jeu indigne et contreproductif, propre à agacer une population écœurée par la désinvolture et l’incompétence de sa classe politique en matière de défense.

On ose même ajouter que le moment est particulièrement mal choisi pour baisser la garde. L’Europe et le monde son en train de s’enfoncer dans un tunnel de crises multiples et durables – financière, énergétique, climatique, démographique… – dont personne ne sait sur quoi elles déboucheront. Une hypothèse parmi d’autres est qu’elles engendreront des réactions violentes, populaires ou autoritaires (les colonels en Grèce, ce n’est pas si loin), et que tout le continent européen, politiquement inexistant, pourrait s’en trouver déstabilisé, jusqu’à la guerre. Oui, même la guerre: il ne faut jamais exclure le pire lorsqu’on envisage l’avenir, car à vouloir exclure des hypothèses a priori, on s’expose à se retrouver désarmé le moment venu. Pour la Suisse, c’était le cas en 1914, c’était le cas en 1940…

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Commentaire de Paul Bär le 7 mai 2010 à 19:26

On n’y comprend tout simplement plus rien, est-ce qu’Ueli Maurer soutient ou non le démantèlement programmé de l’armée ?

En tout cas, si c’est la stratégie effectivement choisie par nos responsables militaires, à savoir transformer notre armée de milice en une formation de “super-Sécuritas”, alors autant tout liquider et se cantonner à l’option costa-ricaine : plus d’armée du tout (Julius Evola : “il est inutile de retenir ce qui s’effondre).

Ou bien, si ces gesticulations politico-médiatiques (en gros mettre l’armée en slip) servent uniquement à payer de nouveaux avions de combat à ces messieurs les pilotes professionnels, alors là, c’est avec une rage froide et déterminée que je voterai “non”, lors de la votation que la gauche ne manquera pas de provoquer. Je dis cela en précisant que j’ai toujours soutenu l’armée de mon pays.

P.S. Est-il vraiment raisonnable de confier la stratégie à long terme de notre armée à des “spécialistes” qui ont été capables d’aboutir à une pénurie en matière d’équipements, cela en passant d’un effectif de plus de 500’000 hommes à moins de 120’000 soldats ? Il y aurait tellement d’exemples catastrophiques à citer en matière de liquidation linéaire d’équipements (au lieu de les redimensionner progressivement), de défauts de planification (comme refaire à neuf des abris fortifiés deux ans avant la fermeture d’une base) ou encore de manque d’inventivité en matière de modernisation (exemple, un Tiger “updaté” serait parfaitement apte aux missions de police aérienne tous-temps, sans pour autant obliger à l’engagement de nouveaux pilotes professionnels, pour lequels les budgets n’existent simplement pas).

Commentaire de A.Ronchi le 9 mai 2010 à 10:45

votre commentaireLa gauche rêve de transformer nos miliciens en policiers professionnels. Une fois au pouvoir ces doux rêveurs n’hésiteront pas à utiliser ces troupes comme le firent si bien tous les satrapes de derrière le rideau de fer.
A contrario je me suis toujours opposé à une réduction de nos forces armées pour la bonne raison que les écoles de recrues sont le creuset de l’intégration de nos secundo. Aujourd’hui libre d’obligations coercitives ces derniers ne se gênent nullement pour narguer les recrues lors de leurs sorties et de leurs congés. Il est vrai que lors des débats sur la réforme de notre armée un nombre relativement élevé d’officiers supérieurs en parfait tartuffe ne se sont pas gênés pour faire avancer leurs idées suicidaires à long terme.

Commentaire de E. Coquoz le 13 mai 2010 à 15:05

Le monde entier est admiratif de notre système de milice qui a aussi un immense rôle de cohésion civile et sociale si important dans un pays de cultures différentes. Pour une raison que j’ignore cet aspect a été passé sous silence, on ne parle que de budgets. Croire que l’on fait une bonne armée seulement avec de l’argent est une utopie. L’arme individuelle à la maison portait comme valeurs la confiance et le sens des responsabilités. Les coups de boutoir qui lui ont été portés avaient comme but inavoué la perte de confiance envers le citoyen-soldat. A partir de là on peut tranquillement détruire tout ce qui a été mis en place pour faire de ce pays ce qu’il est, ou plutôt de ce qu’il aura été. On va y arriver mais au profit de qui ? Les décideurs du futur ne sont déjà plus les militaires mais des financiers qui n’ont de patrie que l’argent. Exit donc l’individualité de cette petite île au centre de l’Europe où l’on mettait l’homme au centre de la société et de ses priorités. La montée croissante de la violence est un défi mais d’abord un signe de décadence. Le vote anti-minarets avait peut-être pour but d’exprimer par les urnes ce refus non-dit de la violence, et il est heureux que cette résistance existe encore.

Commentaire de E. Coquoz le 13 mai 2010 à 17:47

Je tombe par hasard sur un article d’Yves Petignat (Le Temps du 17.04.10) à propos du colloque ses “menaces sur la Suisse” organisé par la SVO pour les 50 ans de la mort du Généra Guisan. Je vous conseille d’aller faire un tour sur ce lien: http://www.svovd.ch/userfiles/file/Document_de_la_societe/retour_colloque.pdf
On est encore au paradis…

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