ico Suisse L’argent des Suisses et “l’impôt des pauvres”

23 mai 2018 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Des enjeux obscurs, une campagne qui suscite le malaise: la votation fédérale du 10 juin met la sagacité des Suisses à rude épreuve, et promet un taux d’abstention préoccupant. Mais comment en vouloir aux abstentionnistes, lorsqu’on ne parvient pas à se faire une opinion sur des sujets parfaitement insaisissables ?

Si on compte sur la campagne pour comprendre le sens de l’initiative “Monnaie pleine”, il faudra repasser: c’est un parfait dialogue de sourds dont n’émerge pas la moindre lumière. Quant à la Loi sur les jeux d’argent, elle est un peu plus claire mais fait l’objet d’une campagne qui suscite un malaise certain: lourdement financés par des lobbies du jeu étrangers, les référendaires sont-ils seulement des mercenaires, ou jouent-ils leur propre partition? Cet aspect-là est extrêmement dérangeant, parce qu’on ne sait pas qui tire les ficelles. Nos confrères de La Première ont tenté de prendre contact avec une de ces sociétés organisatrices de jeu en ligne, en espérant y parvenir parce qu’ils connaissaient quelqu’un qui connaissait quelqu’un – un peu comme lorsqu’on voudrait interviewer un boss de la mafia sicilienne. Mais ils ont fait chou-blanc: impossible d’établir le moindre contact.

C’est un problème majeur de cette campagne, au-delà des questions relatives à la liberté du commerce sur internet. En effet, on ne peut pas nous demander, au nom de ce seul principe, de livrer des personnes hélas atteintes de la malédiction du jeu à des officines étrangères d’une opacité absolue, qu’on peut à bon droit soupçonner d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent, et qui se moquent comme d’une guigne des victimes sur lesquelles ils bâtissent leurs empires milliardaires. Les référendaires demandent donc aux citoyens de donner un chèque en blanc à des financiers qui sont peut-être la mafia de Las Vegas, ou celle de Palerme, ou le Groupe Etat islamique, ou la Corée du Nord !

Un autre aspect détestable de cette campagne est cette manière de dire que, de toute façon, la loi ne servira à rien, puisqu’on s’évertuera à la contourner. C’est une argumentation courante dans le monde politique, elle ressort chaque fois que l’on veut tuer un projet: par exemple, lorsqu’on demande un brin de transparence sur le financement des partis politiques, l’UDC dégaine aussitôt la parade: “On s’en fout, on contournera la loi”. Glaçant, non? Et pas franchement démocratique.

La bonne réponse sur les jeux d’argent – que dans le canton de Vaud on appelle “l’impôt des pauvres” – est peut-être celle, calviniste, du député Jacques-André Haury: ils devraient être purement et simplement interdits ! Mais là, autant attendre le retour du Messie… L’Etat et les opérateurs sportifs et culturels ont bien trop besoin de cet argent des pauvres!

 

 

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Commentaire de B. Brunner le 23 mai 2018 à 15:33

Vote sur les jeux d’argent: C’est clair et limpide:

La loi sur les jeux d’argent cache la censure d’Internet en elle et doit à ce titre être refusée.

Par ailleurs, cette loi, écrite par les casinos suisses, est là uniquement pour les protéger de la concurrence étrangère par la censure d’Internet. Elle doit être à ce titre refusée.

Je suis surprise que commentaires.com n’aie pas relevé ces deux “détails”.

En effet, cette loi est la 1ère qui exige des fournisseurs d’accès Internet d’auto-censurer des sites selon des critères de gravité criminels très moyens et d’un protectionisme non-criminel.

En plus aucune clause ne protège les joueurs des casinos suisses qui envahiront Internet en toute légalité avec publicités et incitations à l’appui!

Si cette loi est approuvé par le peuple, il n’y a aucune raison de ne pas censurer aussi au moins la moitié d’Internet! En effet, les 2 critères retenus (concurrence à des entreprises suisses et non-paiement d’AVS) peut s’appliquer à la majorité de l’Internet!

Si cette loi est rejetée (un NON l’emporte), le parlement se remettra au travail, et écrira peut-être une loi qui protège tous les joueurs et établira des pénalités pour les casinos étrangers tout en leur permettant de payer l’AVS.

C’est donc très clair pour moi, et il faut très clairement voter NON.

Commentaire de B. Brunner le 23 mai 2018 à 15:50

Vote sur la monnaie pleine: Certes, un peu moins limpide, mais clair aussi:

L’argent doit être au service de l’homme, et pas l’homme au service de l’argent.

La Suisse a connu une période bien plus longue et stable avec de la monnaie pleine qu’avec de la monnaie créée par les banques commerciales et qui a créé crise sur crise sur crise. Ces périodes ont été stables. Il n’y a donc pas d’inconnues.

A 2 reprises déjà, les citoyens ont voté l’interdiction aux banques de créer de la monnaie: Tout d’abord de la réelle, puis comme les banques l’ont contournée par des bons de paiement, une deuxième fois pour interdire ceux-ci.

Depuis, et pour la 3ème fois, les banques ont contourné ces votes, cette fois avec la touche return pour créer de l’argent scriptural, et encaisser les intérêts, bien réels ceux-ci.

Il est donc logique que les citoyens leur refusent à nouveau ce privilège via un OUI clair.

Il y a va de savoir qui s’approprie légalement une bonne partie du fruit du travail réel par des circuits d’argent desquels peu de gens ont une connaissance, et pour cause.

L’initiative est certes idéaliste, mais je ne me fais aucun souci pour que le Conseil Fédéral et le Parlement écrivent une loi d’application très raisonnable.

La création monétaire par les banques commerciales, et les intérêts et l’inflation correspondants sont une un gouffre pour les revenus du travail, le sommet d’un schéma pyramidal créé pour syphoner le bénéfice du travail. Est-ce que les gens se rendent-ils compte qu’ils doivent travailler de plus en plus pour garder leur niveau de vie ou même tout en en perdant lentement ? Et que ceci est dû aux intérêts et à l’inflation au bénéfice des créateurs privés de la monnaie ? La création de monnaie est une source de revenus, et celle-ci doit revenir au peuple, et non aux banques. La banque nationale reverse ses bénéfices aux Cantons et à la Confédération. Ce qui n’est pas le cas de banques commerciales. Conclusion:

L’argent doit être au service de l’homme, et pas l’homme au service de l’argent.

Donc pour moi, c’est clair et limpide, c’est OUI à l’initiative sur la monnaie pleine.

Commentaire de JA Haury le 23 mai 2018 à 21:48

Une précision sur ma prise de position : je ne dis pas que tous les jeux d’argent devraient être interdits, mais seulement les jeux “en ligne”. Ils présentent le grand défaut et le grand péril de l’anonymat. Au Casino, au moins, vous devez y aller et risquer d’être vu. Et même lorsque vous allez acheter un billet de ls LORO dans une kiosque. Mais jouer seul devant son ordinateur en engageant de l’argent virtuel avec sa carte de crédit est beaucoup plus facile et donc beaucoup plus dangereux. Or c’est bien l’ouverture au marché des jeux en ligne pour les casinos et les loteries que permet cette nouvelle loi.

Commentaire de B. Brunner le 30 mai 2018 à 15:12

Concernant la censure Internet (soit-disant “bloquage des casinos étrangers”) voici un avis de droit de l’Université de Zürich, démontrant non seulement l’inefficacité des mesures, mais le dommage potentiel à l’économie (et à la démocratie) de telles mesures:

http://www.itsl.uzh.ch/dam/jcr:9607879d-3e04-4de2-b25a-bf46fa58d5ac/Gutachten%20Netzsperren-final.pdf

J’espère que cette étude recevra l’écho qu’elle mérite dans la presse, et que l’ineptie de cette nouvelle loi recevra l’écho médiatique autant que la soi-disante “moralisation” de cette loi qui est tout le contraire: Voir mon commentaire plus haut.

Traduction par google (assez impressionante par ailleurs): https://translate.google.ch/translate?sl=auto&tl=fr&js=y&prev=_t&hl=en&ie=UTF-8&u=http%3A%2F%2Fwww.itsl.uzh.ch%2Fdam%2Fjcr%3A9607879d-3e04-4de2-b25a-bf46fa58d5ac%2FGutachten%2520Netzsperren-final.pdf&edit-text=

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