A en croire une formule éculée qu’adorent les médias, notre société admirablement libérée “brise les tabous”. Rien n’est plus faux. En réalité, elle ne fait qu’en ériger de nouveaux. Ainsi, le Conseil fédéral veut interdire certains symboles, comme si cela suffisait à éradiquer les idées mauvaises de la tête des gens.
Il y a quelques années, le gouvernement visait les symboles “extrémistes” ou violents, ce qui aurait aussi bien pu inclure les croix gammées que les portraits de Guevara. Par un subtil glissement sémantique, on veut s’en prendre aujourd’hui aux symboles “racistes”, ce qui cible quasi exclusivement les sigles, drapeaux, uniformes et gestes liés au régime nazi.
Coïncidence amusante, les librairies et magasins de BD mettent en promotion ces jours trois nouveaux albums qui, tous, montrent en couverture des drapeaux nazis ou des croix gammées! Va-t-on envoyer la police chez Payot et chez Raspoutine pour saisir ces ouvrages, et les brûler à la Palud, sur un bûcher dressé par Amnesty International?
On voit bien qu’avec ce projet, le Conseil fédéral cède aux pressions d’ONG diverses caractérisées par un fort goût pour la répression, la pensée unique et la condamnation des déviants. Ce sont les mêmes qui critiquent le gouvernement parce qu’il refuse de créer un office des droits de l’homme, ou des bataillons de fonctionnaires procéderaient à la surveillance serrée de la société. Tenez! La Suisse est même critiquée de ce fait par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, noyauté par ces grands démocrates que sont la Libye et l’Iran.
La démarche est toujours la même: il s’agit de définir ce qui est politiquement correct et ce qui ne l’est pas, et de réprimer en conséquence. Or nous vivons dans une société de l’image, des logos et des symboles. Nous en sommes noyés chaque jour dans nos journaux, notre navigateur et nos médias électroniques. Ils font partie de notre langage et de notre culture. Vouloir faire le tri parmi ces symboles est à la fois dérisoire et attentatoire à la liberté d’expression. D’abord parce que, symboles ou pas, les gens continueront à penser ce qu’ils pensent; ensuite, parce qu’on voit mal comment les autorités de surveillance feraient le tri entre ce qui est admissible et ce qui ne l’est pas, comment elles décréteraient que ceci est culturel, et donc admissible, mais que cela ne l’est pas. On peut être assuré que les fonctionnaires chargés de cette triste besogne se couvriraient de ridicule.
La vraie question est la suivante: notre démocratie est-elle si faible et si fragile, qu’elle ne résisterait pas aux gesticulations de quelques hurluberlus qui brandissent des drapeaux? Poser la question, c’est y répondre. Et on déplore que notre Conseil fédéral ait si peu de foi dans l’équilibre et la sérénité de nos concitoyens.
Le combat du socialiste Georges Frêche, président de la région Languedoc-Roussillon, contre les énarques glacés de la direction nationale du PS, est délectable. Voici un homme très populaire, prof de droit romain, qui ose parler librement avec sa faconde méridionale, faire des blagues un peu grasses, et refuse de “se mettre un boeuf sur la langue”. Impardonnable pour les Parisiens, évidemment, qui ont juré de le descendre. Oui mais! Encore faudrait-il que l’électeur soit d’accord, et là, Mme Aubry et ses complices peuvent toujours courir…
On trouvera de délicieux extraits de son livre-règlement de comptes dans Marianne No 670 du 20 février.
Un ancien footballeur français de couleur publie un livre intitulé “Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama”. Curieusement, personne ne s’est demandé si cette démarche n’avait pas un petit côté raciste, quelque part. Absurde? Imaginez alors qu’un sportif blanc publie un livre qui s’appellerait, par exemple: “Mes étoiles blanches, de Socrate à Winston Churchill”. Vous imaginez le tollé? Les dénonciations et les manifs? Mme Manon Schick plein pot sur La Première, et une mise au point de la Fédération des Eglises protestantes?
Dans certains cas précis, les minorités ont manifestement davantage de droits que les autres. Au moins, cela fait réfléchir.
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La pensée magique est éternelle. Dans l’Egypte antique, certains termes ou symboles, désignant des démons ou des animaux venimeux étaient considérés comme dangereux. Alors, on les écrivait en couleur rouge pour conjurer le sort avec, j’imagine, le secret espoir que cette couleur violente ferait disparaître ces maux. Au Moyen-Age, on évitait soigneusement de prononcer le nom du diable de peur qu’il apparaisse et on utilisait, en lieu et place, toutes sortes d’expressions qu’on voulait plus neutres ou innocentes: l’autre, le mauvais, le cornu etc..
Aujourd’hui, pour des raisons totalement différentes, on prétend pourchasser certains mots avec le secret espoir que cela contribuera à la disparition de ce qu’ils évoquent.
Mais, en fin de compte, sont-elles si différentes ces raisons? Nous savons bien, en effet, que ni la mort, ni la maladie ne disparaîtront si l’on cesse d’utiliser ces deux termes.
La grave maladie de notre société est de tenter de remplacer l’instruction et la morale personnelle par des lois.
Les idées interdites progressent alors de manière souterraine, car plus personne ne les combat sur le terrain des convictions, et on leur donne en plus une aura de martyr.
Qui est assez crétin pour croire que si les lois antiracistes et le “Hakenkreuzverbot” avaient été en vigueur dans l’Allemagne des années 30, Hitler n’aurait pas été élu? Que les rumeurs antisémites du genre crimes rituels n’auraient pas moins circulé?
Nos censeurs modernes, bien sûr!