ico Suisse La police chez votre libraire ?

2 juillet 2009 | Catégorie: suisse

A en croire une formule éculée qu’adorent les médias, notre société admirablement libérée “brise les tabous”. Rien n’est plus faux. En réalité, elle ne fait qu’en ériger de nouveaux. Ainsi, le Conseil fédéral veut interdire certains symboles, comme si cela suffisait à éradiquer les idées mauvaises de la tête des gens.

Il y a quelques années, le gouvernement visait les symboles “extrémistes” ou violents, ce qui aurait aussi bien pu inclure les croix gammées que les portraits de Guevara. Par un subtil glissement sémantique, on veut s’en prendre aujourd’hui aux symboles “racistes”, ce qui cible quasi exclusivement les sigles, drapeaux, uniformes et gestes liés au régime nazi.

Coïncidence amusante, les librairies et magasins de BD mettent en promotion ces jours trois nouveaux albums qui, tous, montrent en couverture des drapeaux nazis ou des croix gammées! Va-t-on envoyer la police chez Payot et chez Raspoutine pour saisir ces ouvrages, et les brûler à la Palud, sur un bûcher dressé par Amnesty International?

On voit bien qu’avec ce projet, le Conseil fédéral cède aux pressions d’ONG diverses caractérisées par un fort goût pour la répression, la pensée unique et la condamnation des déviants. Ce sont les mêmes qui critiquent le gouvernement parce qu’il refuse de créer un office des droits de l’homme, ou des bataillons de fonctionnaires procéderaient à la surveillance serrée de la société. Tenez! La Suisse est même critiquée de ce fait par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, noyauté par ces grands démocrates que sont la Libye et l’Iran.

La démarche est toujours la même: il s’agit de définir ce qui est politiquement correct et ce qui ne l’est pas, et de réprimer en conséquence. Or nous vivons dans une société de l’image, des logos et des symboles. Nous en sommes noyés chaque jour dans nos journaux, notre navigateur et nos médias électroniques. Ils font partie de notre langage et de notre culture. Vouloir faire le tri parmi ces symboles est à la fois dérisoire et attentatoire à la liberté d’expression. D’abord parce que, symboles ou pas, les gens continueront à penser ce qu’ils pensent; ensuite, parce qu’on voit mal comment les autorités de surveillance feraient le tri entre ce qui est admissible et ce qui ne l’est pas, comment elles décréteraient que ceci est culturel, et donc admissible, mais que cela ne l’est pas. On peut être assuré que les fonctionnaires chargés de cette triste besogne se couvriraient de ridicule.

La vraie question est la suivante: notre démocratie est-elle si faible et si fragile, qu’elle ne résisterait pas aux gesticulations de quelques hurluberlus qui brandissent des drapeaux? Poser la question, c’est y répondre. Et on déplore que notre Conseil fédéral ait si peu de foi dans l’équilibre et la sérénité de nos concitoyens.

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Commentaire de Christos Nüssli le 2 juillet 2009 à 19:27

La pensée magique est éternelle. Dans l’Egypte antique, certains termes ou symboles, désignant des démons ou des animaux venimeux étaient considérés comme dangereux. Alors, on les écrivait en couleur rouge pour conjurer le sort avec, j’imagine, le secret espoir que cette couleur violente ferait disparaître ces maux. Au Moyen-Age, on évitait soigneusement de prononcer le nom du diable de peur qu’il apparaisse et on utilisait, en lieu et place, toutes sortes d’expressions qu’on voulait plus neutres ou innocentes: l’autre, le mauvais, le cornu etc..
Aujourd’hui, pour des raisons totalement différentes, on prétend pourchasser certains mots avec le secret espoir que cela contribuera à la disparition de ce qu’ils évoquent.
Mais, en fin de compte, sont-elles si différentes ces raisons? Nous savons bien, en effet, que ni la mort, ni la maladie ne disparaîtront si l’on cesse d’utiliser ces deux termes.

Commentaire de Pierre Bonnard le 3 juillet 2009 à 12:57

La grave maladie de notre société est de tenter de remplacer l’instruction et la morale personnelle par des lois.
Les idées interdites progressent alors de manière souterraine, car plus personne ne les combat sur le terrain des convictions, et on leur donne en plus une aura de martyr.
Qui est assez crétin pour croire que si les lois antiracistes et le “Hakenkreuzverbot” avaient été en vigueur dans l’Allemagne des années 30, Hitler n’aurait pas été élu? Que les rumeurs antisémites du genre crimes rituels n’auraient pas moins circulé?
Nos censeurs modernes, bien sûr!

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Griffures



Les chiens, d’accord, mais pas les enfants!

Il y a quelques jours, en France, un père de famille handicapé a été molesté par six (!) policiers pour avoir laissé sa fille de 3 ans fait pipi derrière un buisson, dans un parc public.
S’il avait eu un chien, personne ne lui aurait rien dit.
Voilà où nous en sommes: la société tolère davantage les chiens que les enfants.

Il faut savoir faire aboutir une initiative

La menace d’une initiative ou d’un référendum est un outil politique redoutable, et l’UDC ne se prive pas d’en user. Mais pour que cet outil reste efficace, il faut prouver qu’on sait s’en servir, et qu’on est capable de mener l’entreprise à bien. Or, le parti de Christoph Blocher tend à devenir un parti qui menace beaucoup, mais réalise peu: en matière d’initiative et de référendum, ces derniers temps, il collectionne les échecs et les ratages (secret bancaire, accord fiscal avec les Etats-Unis…).

Une initiative, un référendum ne sont efficaces que s’ils aboutissent. A en faire de simples outils de communication et de propagande, on les grille et on se grille. La dernière menace de Christoph Blocher (interdire l’adhésion à l’UE dans la Constitution) prend malheureusement le même chemin. Elle est probablement irréalisable, et de surcroît contreproductive: lier les mains des générations futures, c’est affaiblir la Suisse.



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