ico Suisse La droite veut torpiller la protection de la faune et des paysages

18 juillet 2018 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

En Suisse, la protection de la faune, de la nature et du paysage n’est jamais un acquis définitif. Depuis quelques mois, la droite majoritaire au parlement s’acharne à vider la législation actuelle de sa substance, dans le but de favoriser les intérêts privés de l’économie et de certains lobbies.

La révision de la législation sur la chasse, imposée au Conseil fédéral par le lobby des chasseurs et des cantons alpins, prévoit un assouplissement désastreux de la protection de nombreux animaux – y compris les castors et les cygnes, sans parler évidemment des grands prédateurs, plus menacés de disparition que jamais. Il est probable, heureusement, que le peuple ait le dernier mot à ce sujet, tant le référendum s’imposera le cas échéant.

Mais la faune sauvage n’est pas la seule menacée. Le lobby de l’économie (notre pays est gouverné par les lobbies, vous ne le saviez pas?) attaque frontalement la protection du paysage, en considérant que les mesures actuelles, qui relèvent en partie de la Confédération, sont exagérées et entravent le développement économique.

Il s’agit donc de réviser la Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage. Comme l’indique le Centre patronal dans un récent service d’information, la révision porterait sur deux points. «Premièrement, des dérogations pourraient être admises en présence d’intérêts cantonaux – et non plus seulement «nationaux» – au moins équivalents. Par ailleurs, il est prévu d’ancrer expressément dans la loi que les expertises des commissions fédérales constituent une base de décision parmi d’autres, et non la seule.»

Ces propositions, au-delà de leur caractère administratif et donc anodin, sont en réalité énormes. Elles visent à imposer un renversement des compétences en matière de protection du paysage, de la même manière que pour la faune: on enlève des compétences à la Confédération pour les confier aux cantons.

Certains diront que c’est l’essence même du fédéralisme. Sauf que dans ce domaine, la confiance que l’on peut faire aux cantons n’est pas illimitée. Les gouvernements et les parlements cantonaux sont soumis à des intérêts particuliers qui, disons, obscurcissent souvent leur clairvoyance et leur impartialité. Et c’est précisément l’intérêt des mesures fédérales, qui sont au-dessus de ces intérêts-là et, d’une certaine manière, libèrent les cantons d’une responsabilité difficile à assumer sereinement.

Au reste, serait-il logique qu’un canton décide de sacrifier un paysage frontalier d’un autre canton au profit d’intérêts réputés supérieurs, alors que le voisin voudrait protéger strictement ce paysage ? Serait-il admissible que le loup soit exterminé systématiquement en Valais, au bon vouloir du gouvernement cantonal, mais pas dans les cantons de Vaud et de Berne voisin ? C’est une absurdité absolue, la faune ne connaît pas les frontières cantonales.

Quant à priver les commissions fédérales de leurs compétences, sous prétexte, dit le Centre patronal, que leur légitimité est «discutable» – on ne voit pas bien en quoi -, alors autant les supprimer: si leur avis n’est que consultatif, on sait bien que les cantons s’assoiront dessus.

Dans un pays qui ne compte qu’un seul parc national, où les pouvoir locaux refusent systématiquement toute idée de parc régional, dans un pays où la biodiversité est à l’agonie, il faudrait au contraire renforcer la protection des paysages. Là aussi, si la majorité bourgeoise persiste dans son entreprise de torpillage de la protection de la nature, il faudra en venir au référendum.

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Commentaire de François de Montmollin le 20 juillet 2018 à 17:40

Mais quelle droite ? Il n’y a plus que des marxistes ou d’anciens soixante huitards, pro européens.

Commentaire de Raphaël Arlettaz le 24 juillet 2018 à 17:11

Excellent texte de Philippe Barraud qui met le doigt où cela fait particulièrement mal. La Suisse est le pays européen qui a la plus faible fraction de son territoire en zones protégées. Une honte et on souhaiterait en faire encore moins! Sommes-nous à ce point une nation mercantile? Car c’est bien pour des raisons purement économique que l’on défie en permanence la nature et la biodiversité…

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