Samuel Schmid n’est pas mort ce jour-là, pour la seule et évidente raison qu’il était déjà mort ! Nul, sur cette terre, ne peut mourir deux fois. Mort, politiquement, depuis l’affaire Naef, et peut-être même déjà avant. Roi sans couronne, chevalier sans monture, combattant sans bannière, Jean sans Terre, ombre sans soleil. Assez de raisons, me semble-t-il, pour avoir envie de s’éclipser plus ou moins discrètement. Avec, en cadeau de départ, ou comme viatique, l’acceptation, finalement, du programme d’armement par le National. Comme un ultime bijou à un amant – ou une maîtresse – dont on prend congé.
Cette démission, à peine accélérée par les récents ennuis de santé du conseiller fédéral, c’est l’aboutissement d’un « annus horribilis » pour un magistrat qui avait sans doute cru avec un peu trop de naïveté qu’il allait pouvoir tirer profit du départ de Christoph Blocher. Un vent de traîtrise – disons un zéphyr – a soufflé au sein de son ex-parti, certaines évidences sont apparues, on a commencé à parler de double jeu, c’était déjà fini.
Le reste, ça n’était plus que l’inexorable, juste à accomplir. Les quatorze stations d’un chemin de croix, jusqu’à l’annonce du 12 novembre. Le rituel du pèlerin, du pénitent, en attendant le châtiment, qui sonnerait comme une libération. Dès le 1er janvier 2009, Samuel Schmid sera, à nouveau, un homme libre. Dégagé de cette perpétuelle machine à tuer qu’on appelle le pouvoir. A coup sûr, cet honnête homme pourra – on le lui souhaite sincèrement – redevenir un homme heureux.
La France est une démocratie formidable! Dans laquelle un candidat peut utiliser les privilèges de la présidence pour monopoliser les médias, au mépris de ses concurrents. Six chaînes de télé, convoquées pour faire valoir le président, c’est tout simplement inouï, inimaginable ailleurs. Vous imaginez Mme Merkel organisant un show pareil? Ce serait un lynchage médiatique immédiat. En France, non, c’est normal, tout le monde est aux ordres. Tenez, les journaux horaires de France-Inter commencent invariablement par ces mots, obsédants: “Nicolas Sarkozy…”
On se croirait en Corée du Nord ou, pour rester dans l’actualité, au Sénégal. Ce n’est pas un compliment.
L’agneau sacrificiel
Merci Monsieur Décaillet pour la pertinence de vos propos et l’excellence de votre plume.
Je rêve?
Schmid un honnête homme? Est-ce que je rêve?