ico Suisse Il faut interdire la publicité pour le tabac

21 mars 2018 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Le lancement d’une initiative populaire exigeant l’interdiction de la publicité pour le tabac est une excellente chose, parce qu’il fallait en arriver là: cette démarche témoigne de la perte de confiance des milieux de la santé et de la population envers le monde politique, qui dans sa configuration actuelle à Berne, se fout royalement de la santé publique et privilégie systématiquement les intérêts de l’industrie.

Bien sûr, le lobby du tabac est nettement mieux installé, et plus fort à Berne que les milieux de la prévention (qui sauf erreur ne financent pas les partis). Il n’empêche: le refus constant de la majorité bourgeoise de protéger les citoyens des produits et du racolage des cigarettiers est insupportable. Face à une activité industrielle qui n’est rien d’autre que criminelle, tout en étant hélas légale, les politiciens approuvent et se félicitent des emplois créés, des (maigres) impôts payés, et peut-être des contributions occultes aux finances du parti. Mais la santé des Suisses, les 25 morts PAR JOUR dus à la cigarette, les 9’000 morts par année, les milliards annuels dépensés en soins aux cancéreux du tabac ? Aucune importance !

Espérons que la récolte de signatures sera massive, et surtout, que les Suisses ne se laisseront pas manipuler par les habituels chantages à l’emploi et aux délocalisations d’économiesuisse et consorts. Au reste, disons-le: il y a des délocalisations qui seraient tout à l’honneur de notre pays…

La campagne sera probablement difficile, parce que face aux milieux de la santé et de la prévention va se dresser un mur compact, constitué des partis bourgeois, des faîtières économiques, et malheureusement des médias, qui d’ailleurs ont déjà commencé à dégommer l’initiative. Pour preuve, dans Le Temps du 21 mars, un… commentaire de l’ATS – chose rarissime, l’agence ne fait quasi jamais dans le commentaire – prétendant qu’avec une telle interdiction, tout le monde sera perdant !

Il y a là comme un conflit d’intérêts, ceux-là même que ces médias dénoncent impitoyablement chez les autres. Est-on en droit d’attendre des médias qu’ils parlent honnêtement des problèmes de santé publique liés au tabac, ou faudrait-il comprendre que sur ce coup-là, ils ont trop à perdre, en tant qu’entreprises vivant de la publicité, pour faire leur boulot en toute déontologie ?

Ce pauvre Alain Berset, s’étant fait saquer en 2016 avec son assez bon projet d’interdiction de la publicité pour le tabac, revient à la charge avec un projet de loi-croupion, un de ces projets de loi si légers que la droite adore parce qu’il ne changeront rien du tout, un projet si timide et si facile à contourner par les requins du tabac qu’il pourrait bien passer la rampe du parlement. Ce serait, du point de vue de l’intérêt général, une entourloupe minable.

Il faut donc oublier les atermoiements du Conseil fédéral et soutenir l’initiative des milieux de la prévention, puis finalement opposer au lobby des tueurs par la fumée une campagne résolue et forte, agressive s’il le faut, y compris contre le lobby du couple médias-publicité si ceux-ci prennent parti pour les cigarettiers – ce qui est hélas probable.

 

Publicité
**** 30votes




Commentaire de B. Brunner le 21 mars 2018 à 15:47

Oui, il faut soutenir cette initiative massivement!

Voici le lien des initiants:
http://enfantssanstabac.ch/participer/

On y trouve les formulaires en PDF à imprimer, signer, faire signer, et envoyer.

On peut aussi remplir en ligne ici, puis imprimer pré-rempli, signer, et envoyer:
https://wecollect.ch/fr/campaign/enfants_sans_publicite_tabac/

Les initiatives qui réussissent sont celles avec la participation active des citoyens. Signez, mais faites aussi signer et envoyez le tout 🙂

Commentaire de Georges Caille le 21 mars 2018 à 15:50

Permettez à un fumeur de pipe depuis 55 années de réagir à cette hystérie qui ne s’attaque qu’au seul tabac avec des statistiques aussi ahurissantes que si elles provenaient d’une officine de propagande malveillante.
Merci aussi de vous attaquer au sucre dont les méfaits et les coûts à venir seront considérablement plus catastrophiques que ceux du tabac.
Merci aussi de vous attaquer au sport (même populaire) dont les dégâts à l’économie nationale sont savamment cachés.
Les fumeurs sont déjà ostracisés, Demain ce sera au tour des carnivores, Après-demain au tour de ceux qui font ceci ou cela.
Quelle société orwellienne les bons sentiments nous préparent-ils ?
Je finis par me trouver heureux de ne pas devoir vire encore 30 années dans le monde que vous nous préparez.
Et vive la liberté ! si elle peut encore trouver une place.

Commentaire de Pascal Diethelm le 21 mars 2018 à 16:56

Tout à fait d’accord avec cette analyse, à cette seule différence que le premier projet de Berset avait l’air d’être acceptable alors qu’il était tout aussi nul que le projet actuel, qui lui a l’avantage d’être certes mauvais mais au moins de d’afficher clairement son ineptitude.

A lire de près l’avant-projet de la loi 2.0 sur les produits du tabac préparé par les collaborateurs de Berset, on a l’impression qu’ils ont délibérément donné dans la caricature. Ainsi les publicité sur une point de vente ne peuvent pas être à la hauteur d’un enfant de 8 ans (120 cm) mais peuvent être à la hauteur d’un enfant de 10 ans (140cm). Le projet de loi est plein d’absurdités de ce genre, comme si le Conseil fédéral voulait mettre le nez des parlementaires dans le caca de leurs contradictions.

Commentaire de B. Brunner le 21 mars 2018 à 18:06

En réponse à M. Caille,
Cette initiative n’interdit pas la fumée ni la publicité aux adultes, mais seulement la publicité aux enfants et adolescents. Je ne vois pas en quoi elle affecte les fumeurs (à part avoir moins de fumeurs autour d’eux à la pause cigarette, qui elle, devrait aussi être accessible aux mangeurs de bonbons ou aux buveurs de café). Il faut se veiller des amalgames ou des fake news.

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 22 mars 2018 à 11:34

La fumée du tabac est de plus en plus réprimée. Mais il est amusant de constater que le cannabis dit “soft” est désormains pratiquement en vente libre et que la puissance publique, notamment en France, ouvre des “salles de shoot”!

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.