ico Suisse Guisan et les révisionnistes dévoyés

12 avril 2010 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Au lendemain de Pâques, j’ai écrit un mot à Jean-Jacques Rapin pour lui dire ma satisfaction, mêlée d’un peu de surprise, de voir que la commémoration de la mort du général Guisan se passait dans une atmosphère plutôt positive, avec même çà et là une touche de ferveur populaire. Mais j’ajoutais aussitôt: ne nous emballons pas, les coups bas viennent toujours dans un deuxième temps.

Je ne croyais pas si bien dire. Le lendemain, L’Hebdo publiait un dossier intitulé «Quand le mythe se lézarde», dans lequel deux journalistes, équipés de leur petit burin Mont-Blanc, tentaient de rabaisser Guisan, de minimiser son rôle dans la défense de la Suisse, et surtout de donner de lui une image un peu sulfureuse: n’était-il pas antisocialiste? N’a-t-il pas manifesté, à une époque, de l’admiration pour Mussolini? N’était-il pas un petit peu antisémite? Bref, il fallait casser le mythe, pour faire «jaillir la vérité» ou, comme l’écrivait le rédacteur en chef en un poncif bien politiquement correct, «faire un indispensable travail de mémoire».

Ce genre de démarche est le grand drame de notre époque. Elle ressortit à ce qu’on pourrait appeler le révisionnisme malveillant, dans lequel des historiens engagés et des plumitifs agressifs s’acharnent à juger les comportements des grands personnages historiques à l’aune de la morale d’aujourd’hui, et septante ans plus tard – ce qui est un non-sens absolu.

L’attaque se déroule en deux temps. D’abord, on accrédite la thèse que l’Histoire telle qu’on la connaît relève de la manipulation, la bourgeoisie ayant, pour des raisons politiques ou idéologiques, construit un mythe pour cacher la vérité. L’historien lausannois Hans-Ulrich Jost est un spécialiste du genre, détracteur professionnel et obsessionnel de Guisan, en qui il voit un représentant du “totalitarisme suisse” (!). Le plus désolant est que cet historien d’extrême-gauche est devenu l’interlocuteur obligatoire, sinon unique, des journalistes depuis une quarantaine d’années. Ainsi, La Première a cru devoir offrir à Jost sa tribune pour vilipender Guisan le 12 avril, le jour même du 50e anniversaire de sa mort. Le journaliste qui lui servait la soupe osa même parler du Réduit comme une forme de “collaboration” avec les Nazis. Quelques minutes auparavant, un crétin auto-proclamé humoriste avait bavé des insultes du même tonneau. Il y a des jours où le service public se déshonore. On se demande s’il est dirigé.

Une fois construite la thèse du mythe, il s’agit de révéler «ce que cache le mythe», de dénoncer «la propagande de l’armée». Or, dans L’Hebdo, on lit tout cela avec un certain ennui, car il n’y a évidemment rien de nouveau dans le dossier à charge du magazine, rien qu’on ne sache déjà, juste un travail de sape cousu de fil blanc et de mesquinerie.

Guisan avait des défauts, Guisan a fait des erreurs? Oui, quel homme n’en fait pas? Reste qu’il a réussi un tour de force inouï: insuffler l’esprit de résistance aux Suisses. C’est irremplaçable, et pour cela, nous lui devons une reconnaissance sans réserve.  Les chiens aboient…

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Commentaire de Olivier Grivat le 12 avril 2010 à 9:29

La Suisse est quand même un merveilleux pays. Le seul au monde peut-être à financer de ses deniers les historiens et journalistes qui consacrent autant de temps et d’énergie à dénigrer ses héros et toute une époque qu’ils n’ont pas connue… Heureusement que la Suisse de la Mob n’a pas eu un “Général Jost” à la tête de son armée. On en frémit rétrospectivement!

Commentaire de Jean-Bernard Desfayes le 12 avril 2010 à 10:29

En 1944, mon grand-père m’a emmené au Comptoir suisse à Lausanne et j’ai eu l’occasion de voir Guisan et de lui serrer la main. Mais surtout j’ai vu la ferveur populaire qui entourait le personnage et la force morale qu’il dégageait. Un souvenir qui m’a accompagné toute ma vie. Les circonstances ont changé, bien entendu, mais quelle femme ou quel homme politique en Suisse peut prétendre à un tel statut? On ne leur en demande du reste pas tant. Juste de penser un peu plus au bien public et à la défense spirituelle autant que matérielle de notre pays. Comme l’a fait Guisan.

Commentaire de Jean-Pierre Blanc le 12 avril 2010 à 10:33

Je m’étonne que vous vous étonniez encore !

La gauche mène un combat permanent pour démolir le pays, le système, et s’attaque donc violemment à tout ce qui le fait tenir, ses héros en l’occurence.

Commentaire de Philippe Druey le 12 avril 2010 à 12:37

Dans un précédent commentaire, Monsieur Barraud s’étonnait de l’état catastrophique de l’enseignement de l’histoire dans les gymnases. La réponse se trouve en fait dans ce commentaire-là : si de tristes sires comme le Professeur Jost enseignent l’histoire aux futurs enseignants des gymnases, il ne faut pas s’étonner des cours “orientés” subis par les étudiants (qui finissent parfois par être journalistes à l’Hebdo, faute de mieux), ce qui laisse aussi penser que M. Jean-Pierre Blanc a hélas raison dans le diagnostic qu’il pose froidement.

Commentaire de Paul Bär le 12 avril 2010 à 13:18

Merci de ce billet.

Même si je ne pensais pas que ce fût encore possible, j’ai malgré tout été surpris par le tombereau d’inexactitudes et d’insanités que les organes mé(r)diatiques se sont crus obligés de déverser à l’occasion du cinquantenaire du décès du général Guisan.

Cela débuta par un “Guisan fasciste”, sans préciser qu’au-milieu des années trente il était très commun, quand on était classiquement de droite, de considérer positivement l’Italie (1), non seulement par réaction anticommuniste, mais aussi parce que le régime mussolinien était à ce moment-là encore du côté des puissances de l’ouest, France et Grande-Bretagne réunies.

Ensuite, une approche un peu inédite avec un “Guisan imprudent”, parce qu’en 39-40 il avait initié des contacts avec l’état-major français. Sans rappeler que l’armée française était considérée à l’époque comme la meilleure du monde et qu’il était ainsi parfaitement cohérent d’envisager avec elle une stratégie de défense commune, étant donné que l’Allemagne pouvait très bien envisager une percée de contournement par le territoire helvétique.

On ne pouvait évidemment échapper au grand classique des exercices de dénigrement médiatiques, j’ai nommé la “reductio ad hitlerum” : la rencontre du général en 43 avec un émissaire du régime allemand fit opportunément l’affaire pour paqueter le “Guisan nazi”. Apparemment, nos journalistes ne semblent pas comprendre qu’en situation de conflit, il y a toujours des contacts directs, plus ou moins informels, qui sont maintenus entre adversaires potentiels ou déclarés (pour réitérer la volonté de défense de la Suisse, nos modernes critiques nous auraient conseillé de faire quoi, envoyer un SMS à Adolf Hitler ?).

Sur la solution du Réduit, il ne fallait pas s’attendre non plus à ce que nos journalistes comprennent sa justification, eu égard à l’isolement stratégique et à la faiblesse matérielle de notre pays. A leur inculture en matière militaire, nos préposés à la pensée correcte en rajoutèrent cependant une couche avec un “Guisan insensible”, par rapport aux populations du Plateau prétendumment abandonnées. Naturellement, sans proposer la moindre solution alternative. Qu’aurait-il fallu faire ? Déclarer directement la guerre à l’Allemagne et voir notre pays dévasté à la polonaise, là ils auraient été contents nos modernes Bisounours ?

Enfin, malgré ma surprise quant à cette entreprise de destruction méthodique (donc Guisan fasciste/imprudent/nazi/insensible), il ne fallait vraiment pas s’attendre à mieux quand on considére les acteurs engagés dans cette triste représentation, avec d’un côté la meute habituelle de bobo-journaleux incultes, suivistes et bien-pensants et de l’autre la clique des “Heimatmüde” professionnels, les disciples de Bergier, toujours à se flageller, et l’inévitable Hans-Ulrich Jost qui était quand même un peu moins dissert sur la question, quand la Confédération lui payait encore ses jolies escapades en Mirage.

(1) pour prendre un autre Vaudois, Ramuz dans “Besoin de Grandeur”.

Commentaire de Paul Bär le 12 avril 2010 à 13:36

“Elle ressortit à ce qu’on pourrait appeler le révisionnisme malveillant…”

Non seulement malveillant, mais également non pertinent, étant donné que cette approche implique avant tout de juger une époque passée essentiellement sur des critères moraux et des formes de représentation modernes, ce qui est simplement une ineptie en matière de technique historique. Exemple, hier soir sur la RSR, cette jeune journaliste manifestemment incapable de seulement comprendre ce que souhaitaient lui expliquer ces vieux messieurs ayant fait la Mob (le patriotisme, la volonté de résister, l’esprit de distinction etc…).

“Le plus désolant est que cet historien d’extrême-gauche est devenu l’interlocuteur obligatoire, sinon unique..”

Ah l’intervenant unique, un grand classique sur les organes de la RTSR.

Sur la Russie, prendre systématiquement Anne Nivat qui critiquera systématiquement le gouvernement russe.

Sur le catholicisme, prendre systématiquement le rédacteur en chef de Golias qui critiquera systématiquement l’Eglise.

etc…

Commentaire de Michel Mauron le 12 avril 2010 à 13:52

Sans être un fanatique indécrotable de la guerre, je relis “Le temps de la Mob en Suisse romande (1939-1945)”. Le texte d’André Chamot agrémente une bonne centaine de photographies choisies parmi de milliers de documents, tous évocateurs de cette mobilisation. Ce qu’on oublie trop souvent, c’est que la guerre n’a eu qu’un but en Suisse: se défendre. Les mythomanes de l’Hebdo et les clochards du QI ne savent que se focaliser sur les quelques critiques que l’on pourrait faire sur cette période devraient feuilleter cet ouvrage truffé d’anecdotes et plein de modestie, de bon sens et de témoignages qui sentent bon la vérité.

Commentaire de Gruffat Xavier le 12 avril 2010 à 14:31

A nouveau l’ennemi des conservateurs est bel et bien “L’Hebdo” en Suisse romande, cela fait longtemps qu’on le sait. J’ajouterai encore le journal “Le Temps”, qui la veille de Pâques se croit malin de parler d’un pasteur athée en Hollande, on aura vraiment tout vu, même “Le Temps” fait dans la provo d’un journal de boulevard, comme par hasard ces deux journaux appartiennent en partie à M. Ringier (qui possède l’”excellent” journal le Blick aussi:) ), Ringier pourtant issue d’une famille protestante française, … comme quoi tout fout le camp.
Mise à part cela, je me demande si les journalistes de nos médias romands (TSR, l’Hebdo, Le Temps,…) sont soit très stupides soit ils le font exprès, car quand je regarde France 2, écoute France Info ou France Inter, j’entends et je vois beaucoup moins de stupidité et un journalisme plus pur, donc est-ce qu’en Suisse romande les écoles de journaliste sont mauvaises et des écoles de propagande plutôt, je l’ignore, Dieu merci il y a ce site, notre bouffée d’oxygène.

Commentaire de Francis Richard le 12 avril 2010 à 15:08

Merci beaucoup pour cet article !

Vous m’avez devancé, avec certainement plus de talent, et m’avez évité une poussée de bile. Ce qui n’est pas bon pour ma santé.

Je comptais en effet écrire ce soir un article sur mon blog sur le sujet maltraité par l’Hebdo, qui est dans la lignée des attaques contre Benoît XVI de la semaine d’avant. Je ferai donc référence à votre article et parlerai donc plus volontiers du livre de JJ Langendorf et P Streit consacré au général, dont je suis en train d’achever la lecture et qui est d’une autre altitude.

Bien cordialement !

Commentaire de benoit falquet le 12 avril 2010 à 18:36

Sans vouloir détruire l’image de héros que vous donnez de Guisan, je ne pense pas qu’il faille le considérez, comme je l’ai lu dans plusieurs journaux, comme le seul rempart de la suisse contre les nazis. Ce général a indubitablement fait du bon travail mais il a aussi commis des erreurs (à l’instar de chacun d’entre nous). Finalement, ce sont un ensemble de facteurs militaires, économiques et financiers qui ont permis à la suisse d’être épargnée. Plus que le personnage, se sont peut-être certaines des valeurs qu’il incarne que nous pouvons admirer.
Bref, prenons ce livre sur le général Guisan d’une main et le rapport Bergier de l’autre.

Commentaire de Frédéric Nicod le 14 avril 2010 à 11:16

Ce qui est intéressant avec le morale dans ce genre de situation, c’est qu’il est très aisé d’adopter une position morale à posteriori. L’Allemagne a perdu la guerre, sachant cela, il est facile après coup de dire que la Suisse aurait dû adopter une position différente. Or, je suis persuadé que nos moralisateurs actuels sont les mêmes qui à l’époque auraient prôné une position plus conciliante vis à vis des forces de l’Axe. Il suffit de les voir manifester contre l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, pays qui comme chacun le sait étaient des démocraties exemplaires et des modèles de respect des droits de l’homme. Ce sont également les mêmes qui courbent l’échine devant la Libye ou se voilent devant l’Iran, pays qui n’ont aucune leçon à nous donner.

Que certains veuillent adopter une position morale, soit, mais qu’ils l’assument aujourd’hui. Par exemple en boycottant tout commerce avec les pays ne suivant pas cette morale. Sinon c’est beaucoup trop facile de se poser en donneur de leçon.

Et j’attends également de ces personnes qu’elles me disent comment la Suisse aurait du se comporter. Faire en sorte de finir en guerre avec l’Allemagne nazie ? N’oublions pas qu’en évitant la guerre, cela a permis de sauver des milliers de personnes. Sans doute que tout cela a nécessité quelques compromissions, mais elles sont à des années lumières de celles que l’on fait actuellement.

Guisan a avant tout osé faire les choix qu’il estimait les meilleures pour le pays, quitte à risquer de se tromper, mais au moins il l’a fait.

Commentaire de Patrick Dupont le 15 avril 2010 à 8:30

mes amis suisses prennent le même chemin que les français ……

Suisse : le burkini sera autorisé dans certaines écoles
13 avril 2010, 21:58

Pour que toutes les filles aient accès aux cours de natation, plusieurs cantons alémaniques ont adapté leur règlement scolaire : désormais le port du burkini est autorisé.

Dans le canton de Bâle-Ville, six familles musulmanes sont entrées en résistance. C’est le journal alémanique Sonntag qui le révélait hier. Pas question d’envoyer leurs filles, neuf gamines âgées de 7 à 10 ans, au cours de natation. Question de pudeur, question de religion, expliquent-elles.

Mais le canton n’entend pas transiger avec l’obligation de suivre ces cours. Les enfants n’ont qu’à nager en burkini, ce fameux maillot de bain couvrant, façon burqa des plages. «A partir du moment où les fillettes n’ont pas encore atteint la puberté, qu’elles peuvent porter un costume qui couvre tout leur corps et qu’elles ont la possibilité de se changer et de se doucher seules, il n’y a aucune raison de les dispenser des cours de natation», explique Doris Ilg, rectrice des écoles primaires du canton. Les familles ont donc jusqu’à la fin du mois pour obtempérer, faute de quoi elles seront amendées

suite dans vos gazettes !…..

Commentaire de Christophe Schälchli le 15 avril 2010 à 14:59

@ M. Dupont. Tant qu’à jeter un pont entre le général Guisan et la nage en burkini, je vous propose d’en jeter un entre le port du burkini et la violence conjugale dans le pays de Guisan… Un coup d’œil sur les statistiques de l’OFS* vous convaincra sans doute que si les 6 familles musulmanes qui entrent en résistance dans le canton de Bâle-Ville posent incontestablement un problème épineux à la Suisse, celui des 10964 femmes qui ont consulté un centre d’aide aux victimes en 2008 (pour violence avec relation familiale) mérite également d’être mentionné…

*www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/01/04/blank/01/06/03.Document.114554.xls

Commentaire de Philippe Berger le 17 avril 2010 à 2:32

Que dire! Les journalistes de la RSR éternels gauchisants, pourfendeurs de toute réussite helvétique, jouent aux faux Salomons pour mieux condamner ceux de leurs invités qui ne sont pas dans la ligne socialisante prédéfinie. Alors, évoquer des pages positives de l’histoire suisse, quelle souffrance. Critiquer le rapport Bergier, mis à mal par d’autres historiens, non jamais! Les Suisses sont mauvais, fascistes, nazis, opportunistes, égoïstes, racistes, profiteurs, lâches et mesquins. Un point c’est tout!

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