ico Suisse Ecopop: gare aux conséquences d’un non !

12 novembre 2014 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Un non à Ecopop aurait des conséquences délétères sur l’emploi, les salaires et les ressources naturelles. Car ce n’est pas le peuple suisse qui tirerait les marrons du feu.
Surprise ! Dans 24 Heures, on a pu lire un article favorable à Ecopop, sous la signature de l’ancien député vert Pierre Santschi. Oh ! certes, il était bien encadré par une charge musclée de Mme de Quattro, et un gros bandeau publicitaire signé du conseiller national UDC Jean-Pierre Grin. Un bandeau qui vaut son pesant de cacahouètes lorsqu’on voit notre député vanter les mérites d’une… indispensable immigration ! Pas n’importe laquelle certes, mais de préférence des ouvriers agricoles payés au lance-pierre. Il faudrait tout de même que l’UDC choisisse son camp. Enfin, surtout les chefs, parce que la base, elle, a déjà dit oui à Ecopop.
M. Santschi dit une chose très juste, qui sonne comme un avertissement: «Soyons lucides: en cas de rejet de l’initiative, rien, mais vraiment rien, et absolument rien, au vu de la propagande anti-Ecopop des institutions économiques, ne changera dans les pratiques destructrices de ces dernières. Pire, un non à Ecopop leur donnera un argument de plus pour combattre les propositions politiques en cours pour une économie responsable (…).»
C’est hélas une évidence: un non à Ecopop sera interprété comme l’adhésion enthousiaste de la population à une croissance sans fin, à une Suisse à 15 ou 20 millions d’habitants. Dès lors, la machine à détruire, à surconsommer et à bétonner repartira à plein régime, et nous n’aurons plus que les yeux pour pleurer – enfin, ceux qui ne veulent pas que la Suisse devienne le Shanghai de l’Europe. C’est qu’il y aurait de l’argent à se faire! Mais on peut tourner les chiffres comme on veut: lorsqu’autour d’un gâteau il y a quatre, puis huit, puis seize convives, tout le monde ne mangera pas à sa faim.

Au-delà de 45 ans, votre ticket n’est plus valable

Les jeunes en formation et les jeunes adultes feraient bien de réfléchir aussi, malgré une propagande tonitruante pour les détourner de leurs propres intérêts: on a appris cette semaine que, sur le marché du travail en Suisse, on ne trouve plus d’emploi au-delà de 45 ans, en raison de la concurrence étrangère, moins chère et moins exigeante. Sans parler du dumping salarial dans la sous-traitance, et des emplois au black, scandales sur lesquels on ferme complaisamment les yeux – il faut bien que l’économie tourne, voyez-vous !
45 ans. Cela signifie qu’à l’issue d’une formation poussée, un diplômé de 30 ans aura 15 ans d’espérance de vie professionnelle devant lui, s’il n’a pas la chance de tomber dans une entreprise respectueuse de ses employés, ou dans l’administration. Autrement dit, même pas de quoi constituer une bonne prévoyance, ni de quoi acheter une maison pour sa famille.
Nous avons voulu la libre-circulation, et nos jeunes, demain, vont payer la facture, en concurrence avec une marée de jeunes chômeurs français, espagnols, italiens prêts à tout pour avoir leur part du gâteau. Les vieux de plus de 45 ans, eux, se débrouilleront entre petits boulots, chômage, AI et aide sociale – de quoi ramper jusqu’à la retraite, qui forcément sera mince.
Pierre Santschi a donc raison de dénoncer le cynisme des milieux économiques, qui voient dans un échec d’Ecopop de nouvelles perspectives de profit, de pressions sur les salaires («j’en ai douze derrière la porte qui attendent»), et de ce qu’on pourrait appeler la non-préférence nationale, déjà systématiquement pratiquée – même par les pouvoirs publics, en tout cas au niveau de la culture: un directeur d’institution culturelle, dans le canton de Vaud et à Lausanne, ne saurait être que français. Provincialisme, quand tu nous tiens !
«Notre économie, notre prospérité… », scandent les politiques. Ils ne réalisent pas que ce possessif n’est plus partagé par les Suisses, dont beaucoup ne voient que les miettes de cette prospérité. Mais peut-être nos politiciens pensent-ils, in petto, à leur propre prospérité, plutôt qu’à celle de la collectivité…

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Commentaire de M.Chappuis le 12 novembre 2014 à 17:28

Excellent article, mais je ne pense pas qu’ Ecopop passera: Les milieux économiques ont trop foutu la trouille aux suisses aidés en cela par toute la presse officielle qui elle aussi nous fait des cacas nerveux, les journaleux ont carrément le flingue sur la tempe tenu par Edipresse. Seuls les sites de la presse libre sur internet nous informent d’une autre réalité, pas forcément juste mais beaucoup plus équitables.

Commentaire de B. Brunner le 12 novembre 2014 à 19:48

Passera pas… ou peut-être passera juste pas, ou quand-même, qui sait. Le résultat risque d’être juste, et plus il sera juste, plus ce sera un signal fort aux politiques à la solde des grandes entreprises, qui souvent ont des intérêts de globalisation contraires aux petites entreprises (qui emploient la majorité de la population). Et si elle passe, ça ne sera pas la fin, bien au contraire.

Prenons l’exemple du Mont-sur-Lausanne: Sa population a environ doublé ces 10 dernières années, et le Canton lui impose une densification effrénée, avec des coefficients d’utilisation du sol minimum. Des quartiers entiers de gros bâtiments, et même une grande tour passée à la surprise de tous sans oppositions sont à l’enquête ou se construisent. Un sympathique village se transforme à vitesse Grand V en banlieue lausannoise à forte densité. Pour le profit de quelques entrepreneurs et promoteurs bien connus de la place, en faisant appel à des ouvriers (d’où?) en nombre pour construire toujours plus vite et plus moche. Du coup 40 classes d’école doivent être construites à 1 million par classe, comprenez que le canton impose des normes qui font qu’une classe publique coûte le double d’une classe privée, de nouvelles lignes de bus, des routes, des parkings, des EMS doivent être construits pour accueillir tout ce beau monde. Et encore du béton et du goudron à vitesse effarante… Je me pose des questions !

Quand je lis les hôpitaux pleurer Ecopop car ils manqueraient du personnel prévu pour la croissance, en oubliant que le domaine médical vital a la priorité sur les contingents, je me pose des questions !

Quand je lis que l’âge de la retraite devrait être repoussé, alors que la concurrence serait moins rude sur le marché du travail des plus de 45 ans, je me marre et me pose encore des questions !

Quand j’entends que notre niveau de vie (quantitatif) a un peu augmenté, et que je vois que notre environnement de vie qualitatif a sacrément baissé, je me re-pose des questions.

J’aime bien accueillir les étrangers, je les accueille chaleureusement d’ailleurs. Ils nous apportent une ouverture et d’autres façons de voir et de faire. J’aime bien aussi être bien accueilli à l’étranger. Mais lorsque dans notre ville je me sens étranger, et mal vu par les étrangers dans la rue que nous avons accueilli à bras ouvert, je me pose toujours des questions !

Quand je constate que c’est les pays avec le moins d’éducation (y compris de planning familial) qui ont la plus grosse croissance démographique tout en étant parmi les plus pauvres, et qu’il faut déjà plusieurs terres pour nourrir durablement la population, je me pose des questions !

Bref, comme on dit (encore pour l’instant bien chez nous): quand on voit ce qu’on voit, quand on entend ce qu’on entend, on ne peut penser que ce qu’on pense ! Mais quand on ne peut pas le dire à haute voix, on a bien raison de voter en silence ce qu’on pense!

Elle est drôlement bien réfléchie, Ecopop !

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 12 novembre 2014 à 21:09

Je lis plus haut qu’Ecopop ne passera sans doute pas “mais que ce sera un signal fort à nos politiques”.
Un signal fort? Cela s’appelle hélas un voeu pieux.
Ces politiques n’ont-ils pas déploré, entre sanglots et menaces dans la voix, puis ignoré la votation fédérale du 9 février?

Commentaire de D.Baettig le 12 novembre 2014 à 21:18

Très bien dit…L’arrogance de la classe politique qui veut faire de la lutte contre cette initiative un acte massif de contrition pour le 9 février est totale. J’en ai le dégoût…

Commentaire de MONNERET JEAN CLAUDE le 13 novembre 2014 à 9:42

La “non-préférence nationale” ça s’appelle plus clairement “LA PREFERENCE IMMIGREE”. Je renvoie à un livre d’Hervé Algalarrondo (pourtant journaliste au Nouvel Observateur – aujourd’hui l’Obs !) qui a publié en 2011 ” La gauche et la préférence immigrée”. Il faudrait mettre aussi au compte de cette préférence anti-nationale : les milieux d’affaire nationaux et d’ailleurs, l’Europe bruxellisée, les grandes institutions internationales. l’utopie libérale/libertaire et ses thuriféraires médiacrates. A nous l’expansion sans limites, la pouvoir, la puissance et les profits. A nous la bonne conscience “antiraciste et les parfums énivrants de la diversitude. Au peuple autochtone d’en assumer toutes les conséquences environnementales, civilisationnelles et politiques. Qu’on ne veut pas connaître.

Commentaire de Albert Markov le 14 novembre 2014 à 0:15

Beaucoup de doutes quant au choix pour Ecopop face à toutes ces menaces en l’air. Mais comme toujours il faut creuser car la vérité n’est de loin pas spontanée, elle est parfois cachée. Heureusement j’ai fini par trouver une argumentation qui a fini par me convaincre du caractère impératif de voter oui chez un tenant du non à cette adresse:
http://jseggly.blog.tdg.ch/archive/2014/10/30/ecopop-261259.html
Savoureuse analyse qui échappe au commun des mortels et qui démontre qu’en Suisse les services de renseignement ne fonctionnent plus.

Commentaire de josepha santerre le 14 novembre 2014 à 7:25

Ecopop est clairement une nécessité vitale pour l’avenir. La surpopulation ressemble à l’intérieur d’un capot moteur d’une voiture. Plus c’est encombré plus la facture du mécanicien monte. Et je ne suis pas loin d’être convaincue que la surpopulation accroît les coûts de la vie au carré du dépassement d’un seuil que nous avons déjà largement. Qui c’est qui paie? Ceux qui paient encore des impôts. Pas ces très nombreux avocats qui ont conseillé les banques, etc. , pour planquer dans le Delaware, les Iles vierges, le Panama etc., dont on peut découvrir l’identité grâce à un site très très intéressant. Donc l’expansion de la pauvreté est irrémédiablement lié à un NON à Ecopop.

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 18 novembre 2014 à 14:10

“Ceux qui paient encore des impôts”? Voilà un propos bien racoleur.En vérité, pour prendre le cas de mon canton, GE, 34% des personnes physiques ne paient AUCUN impôt sur le revenu.

Ce qui explique peut-être leur acharnement à faire en sorte que les 66% restant en paient davantage, que la prodigalité sociale continue et empire, que (incidemment) les impôts forfaitaires soient abolis au nom de l'”équité”, etc..

Ecopop ou pas, tout cela est malsain!

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