Les élections cantonales qui se succèdent confirment la montée des Verts libéraux dans le paysage politique suisse. C’est une évolution réjouissante, même si elle se fait parfois au détriment de la droite traditionnelle, plus que jamais crispée sur sa détestation de l’écologie et son déni de l’urgence.
L’émergence rapide des Verts libéraux ne doit rien au hasard, pas même à celui d’une catastrophe nucléaire au Japon. Le souci de préserver la nature et les ressources, des craintes multiples face à un environnement surpeuplé générateur de dangers divers, “travaillent” de plus en plus la population. Mais la majorité des Suisses, qui s’inscrit plutôt dans le camp bourgeois, se méfie comme de la peste des solutions à l’emporte-pièce des Verts historiques, souvent aveuglés par des conceptions idéologiques radicales, voire par des tentations légèrement totalitaires. L’écologie en Birkenstocks à la manière des Verts allemands, non merci! Pour faire court: les Suisses sont plutôt à droite, les Verts sont à la gauche du parti socialiste, il y a donc clairement un problème entre l’offre et la demande.
C’est précisément à cette demande d’une écologie qui ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, que répond la montée des Verts libéraux. Ils ne veulent pas casser la baraque ni mettre au pas de manière autoritaire les citoyens gaspilleurs, mais faire le pari, audacieux, de marier le souci de l’écologie avec des convictions et des valeurs libérales. Ce n’est évidemment pas un chemin facile, car c’est une véritable nouvelle culture politique qu’il s’agit d’inventer, dans un environnement où les places sont chères: par définition, en politique, il faut que d’autres perdent pour que l’on puisse gagner!
A cet égard, la droite a tout faux. Non seulement les partis traditionnels (PLR, UDC et PDC) peinent à convaincre de leur authentique souci de l’environnement, mais encore sont-ils fortement desservis par les grands associations économiques et leurs lobbies. Ceux-ci, cramponnés à leur agacement de tout ce qui touche à l’écologie, adoptent des attitudes dévastatrices pour l’image de la droite traditionnelle. Qu’il s’agisse d’Economiesuisse, des associations patronales, des chambres de commerce ou des fédérations immobilières, ces groupes de pression répondent par le mépris et l’arrogance aux préoccupations d’une part croissante de la population. En cela, ils font preuve de paresse intellectuelle, car il est plus facile de menacer les gens d’un retour au Moyen-Age ou d’un éclairage à la bougie, que de réfléchir à des solutions innovantes, qui pourtant existent et doivent venir, précisément, de l’économie, qui doit s’impliquer en priorité dans ce domaine, plutôt que l’Etat. Le drame des associations économiques, c’est qu’elles croient être là pour faire en sorte que rien ne bouge, en tout cas rien qui pourrait gêner les intérêts particuliers à court terme de leurs commanditaires.
Cette espèce de bouderie obtuse des associations économiques contribue efficacement au plongeon du parti libéral-radical puisqu’elles en sont, en quelque sorte, les porte-paroles, ou pire, les inspiratrices. Voilà pourquoi les Verts libéraux ont une carte majeure à jouer, et voilà pourquoi ils devront, à terme, investir aussi ces milieux économiques, lorsque ceux-ci auront décidé de se sortir la tête du sable, et de remplacer les casques à boulons qui les empêchent d’évoluer. Pour cela, il faudra attendre que les Verts libéraux deviennent une force incontournable, car comme dans tous les domaines, on ne prête qu’aux riches: “Réussissez, ensuite on vous écoutera!”
L’écologie est une chose trop importante pour être abandonnée aux écologistes de gauche. Car il ne s’agit pas de défendre des positions idéologiques, mais de faire en sorte que l’héritage que nous allons laisser aux générations futures ne soit pas trop misérable (il le sera de toute façon, hélas), en particulier en leur laissant encore quelques lambeaux de nature, et quelques ressources naturelles – voire quelques gouttes de pétrole, qui pourraient servir dans un monde à 9 milliards d’habitants. En ce sens, l’écologie c’est de la grande politique, la plus noble peut-être.
L’historien romain Ammien Marcellin, qui était par ailleurs un haut gradé de l’armée impériale, était clairvoiyant, réfléchi et, selon les spécialistes, étonnnamment impartial. Il a ainsi pressenti l’imminence de la chute de l’Empire, en décrivant un monde ployant sous le poids des impôts, et victime de la paupérisation de vastes segments de la population.
Tiens tiens! Serions-nous donc à la veille de la chute d’un empire?
Le soutien de l’UDC au référendum contre la vignette à 100 francs suscite quelque colère dans le canton de Vaud. On laisse entendre en effet que le succès du référendum devant le peuple compromettrait le financement du contournement autoroutier de Morges.
Sachant l’impact dévastateur de ce projet sur une région encore relativement préservée, comme le montre cette vidéo effarante, on se dit que la vignette à 50 francs a du bon !
Les écologistes de gauche, les “pastèques” vert dehors – rouge dedans, ne s’intéressent au thème de la nature qu’en tant que vecteur de subversion.
Franchement qui oserait affirmer sans s’esclaffer qu’un Ueli Leuenberger puisse se soucier de la préservation du Petit-Duc (le conservatisme, pardon la conservation, c’est mal, c’est presque déjà l’UDC) ou du recul des écrevisses et autres écureuils indigènes (il faut accueillir la diversité, même celle à quatre ou six pattes).
M. Barraud écrit “… il ne s’agit pas de défendre des positions idéologiques, mais de faire en sorte que l’héritage …” on a bien sûr envie d’acquieser.
Le chemin est semé d’embûches. L’une d’entre elle est cette “cécité” qui empêche de (vouloir ?) faire le lien entre Ses actes présents et les conséquences futures pour les Autres.
Excellente journée !
effectivement, on entend très rarement m. ueli leuenberger parler de la nature vraie, de sa faune et de sa flore, etc. etc.
Sur le papier, j’ai une sympathie pour les verts libéraux: des écologistes non dogmatiques! Miracle! Merveille!
Cependant, dès qu’on gratte un peu, on ne voit pas grande différence avec leurs confrères écolomarxistes…
Si je me rappelle bien (et si je me rappelle mal, je suis sûr qu’un commentateur de passage viendra me corriger) il me semble que les Verts “libéraux” avaient pris position contre le renvoi des criminels étrangers ou en faveur des armes à l’arsenal.
C’est leur droit le plus strict mais:
1. Quel est le rapport avec l’écologie, libérale ou pas?
2. Quelle est la différence avec les verts de l’extrême gauche?
J’aimerais bien voir une votation sur laquelle les verts “de gauche” et les verts “de droite” se déchirent – ou au moins ont des opinions divergentes. Hélas, je cherche encore.
Espérons que ça finira par arriver, sinon l’électeur moyen risque de penser que tout comme les verts sont un alibi de l’extrême-gauche, les verts-libéraux ressemblent fort à un alibi des verts de gauche.
A quand des Verts-Conservateurs à la droite de l’UDC? Ca pourrait marcher…
c’est vrai ça … qui est actif dans la protection de la nature? On s’agite beaucoup – avec raison – autour de l’énergie et du climat mais peu en faveur des derniers espaces naturels et sauvages (marais, prairies sèches, zones alluviales, cours d’eau, etc.). Je ne vois guère de Verts (de gauche ou de droite) dans ce type de préoccupations.
Restent, heureusement, les associations … et leur droit de recours!
Il y a surtout la pollution chimique, des sols et des tissus vivants, qui n’intéresse pas grand monde, alors qu’elle est extrêmement dangereuse sur le long terme, tout simplement parce que ses effets ne se perçoivent pas immédiatement.