ico Suisse Demain, une nation de gagne-petit?

15 septembre 2009 | Catégorie: l'invité, suisse

PHILIPPE BARRAUD

Peter Brabeck, président de Nestlé, a jeté un gros pavé dans la mare en assurant que son entreprise ne pourrait pas accepter un contrôle des salaires par l’Etat. Il a aussi fustigé la démission des autorités face aux pressions étrangères.

Il l’a certes fait avec l’élégance nécessaire, mais le message n’en est pas moins clair: “Nous serions amenés à nous demander si la Suisse est toujours, pour nous, le lieu le plus approprié.” Ce qui veut dire que Nestlé a déjà répondu à cette hypothétique question…
Cette douche froide vient à point nommé calmer les ardeurs des partisans d’une économie surveillée et encadrée par l’Etat. Pour les idéologues de gauche, qui n’exercent pas de responsabilités économiques, il est évidemment facile d’aligner des principes égalitaires comme des noix sur un bâton, ça ne mange pas de pain. On appelle communément cela de la démagogie (version noble), ou du populisme.
Pour un chef d’entreprise, c’est une question qui, au contraire, soulève des enjeux vitaux. Les idéologues de gauche ignorent délibérément le fait que les entreprises se battent dans un contexte concurrentiel non seulement au niveau des produits et services, mais aussi au niveau des dirigeants et des cadres. Or c’est précisément la qualité de ceux-ci qui fait qu’une entreprise aura du succès, ou pas.
Les patrons connaissent beaucoup mieux l’âme humaine que les idéologues de gauche. Ils savent que les individus, même les idéalistes, sont sensibles à la valorisation non seulement de leur travail, mais de leur personne, que constitue une rétribution élevée. Et c’est pourquoi les patrons se battent, à coups de millions, pour tenter de convaincre les meilleurs à changer d’entreprise.
Vouloir casser ce système, c’est choisir délibérément la médiocrité, et condamner les entreprises suisses à se contenter de dirigeants “cheap”, dans tous les sens du terme. Il n’y a pas besoin d’être très intelligent pour comprendre que dans un contexte concurrentiel mondial, c’est condamner à mort la prospérité helvétique, et donner un gros coup de pouce au chômage.
Le problème des idéologues de gauche – qu’on retrouve naturellement aussi bien au parti socialiste (rose et vert) que dans les médias -, c’est qu’ils veulent du sang, un an après le début de la crise. Ils exigent des têtes, une vengance, et trépignent de rage en voyant qu’au contraire le monde financier a surmonté la crise, que les affaires repartent, avec bénéfices, bonus et compagnie.
Bien sûr, ils n’ignorent pas que tout le monde en profite, mais peu leur chaut: ce dont ils rêvent, c’est d’une Suisse dans laquelle il n’y aurait plus que des gagne-petit, beaucoup de pauvres, une Suisse éreintée dans laquelle ils trouveraient enfin une justification à leurs théories post-marxistes, voire une parcelle de pouvoir.
On espère que les Suisses auront la lucidité de balayer les initiatives populaires, présentes et à venir, qui viendront leur proposer de devenir tous pauvres, juste pour assouvir la haine de quelques-uns contre les Brabeck et autre Vasella, qui n’en font pas moins jour après jour notre richesse, quoi qu’on puisse penser de leur salaire.

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Commentaire de vincent gilloz le 17 septembre 2009 à 10:36

Que l’Etat se mêle de contrôler les salaires n’est certainement pas une solution adéquate. En revanche, que les sociétés anonymes soient plus transparentes et laissent davantage de pouvoir aux assemblées générales constituent certainement des mesures salutaires.

Il est aussi fort probable que les discours de certains dirigeants visent plus à maintenir des profits qu’ils ne se soucient de la compétitivité de la place économique suisse. Je ne pense pas, même dans un système économique globalisé, que la bonne marche d’une entreprise dépend de salaires qui se montent parfois à la valeur quotidienne du prix d’achat d’une voiture neuve .

Je crois davantage à des valeurs helvétiques comme la paix du travail, le souci du bien être de l’ensemble des employés d’une entreprise, plutôt qu’à un système encourageant trop souvent des objectifs à court terme et l’appât du gain. En favorisant de telles pratiques, nous couront le risque de revivre à répétition des crises dont certaines racines sont liées à la cupidité, à la course au paraître et aux rémunérations éblouissantes. Les écarts qui se creusent irrémédiablement entre les hauts dirigeants et le reste de la population (http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ea7f6b86-59a1-11de-88a2-807450296fe8) va forcément se traduire, un jour ou l’autre, par des tensions. Des tensions qui devront finalement être traitées par l’Etat et financées par les contribuables. A ce propos, le livre de Jacques Attali « Une brève histoire de l’avenir » est assez intéressant.

Commentaire de vincent gilloz le 18 septembre 2009 à 8:53

Petite précision :

Et que dire de Marcel Ospel et de ses salaires mirobolants ? Sa rémunération était-elle justifiée, alors qu’UBS allait de plus en plus mal ? Cet exemple ne démontre-t-il pas que le système des rémunérations est surfait, que la concentration du pouvoir entre les mains d’un petit groupe peut-être contreproductive ?
Le problème ici, c’est que les victimes de ce système (les petits actionnaires et divers clients – et ils sont nombreux) possèdent peu de moyens pour sanctionner de tels comportements. C’est d’ailleurs un des problèmes et un des paradoxes de ce système. Une certaine opacité, additionnée à des intérêts croisés et à l’absence d’instruments permettant de changer les habitudes de certaines entreprises peuvent conduire à des catastrophes majeures. Des crises qui ont des répercussions sur l’ensemble des citoyens, alors que ces derniers ont finalement peu de moyens d’agir sur des sociétés qui influencent leur quotidien. Autrement dit, une réflexion doit être lancée pour éviter que ce genre de crise ne se renouvelle. La question des salaires doit aussi y être abordée.

Commentaire de Jean-Pierre Blanc le 19 septembre 2009 à 8:00

La Suisse se couche face aux menaces américaines. La Suisse se couche face aux menaces européennes. La Suisse se couche face aux menaces lybiennes. Et maintenant, la Suisse se couche face aux menaces de ses multinationales. J’ai rejoint le camp de ceux qui ont “honte d’être suisse”, mais pas pour les mêmes raisons !

Commentaire de Nicolas Daïna le 29 janvier 2011 à 18:21

Et si l’on parlait aussi de notre paradis social??
Par l’assistance qu’il porte aux plus démunis, la qualité des soins prodigués à ses malades, le niveau des structures d’accueil des personnes âgées et la générosité des prestations servies à ceux qu’il accueille “provisoirement”, notre Pays se montre le plus généreux en comparaison internationale. Cela n’empêche pas les partis de gauche d’emboucher les trompettes de la communauté internationale accusant la Suisse de fonctionner comme un paradis fiscal. Honte à ceux qui tentent de nous déstabiliser et refusent de voir le paradis social que représente notre Pays ! Vaud en est un bel exemple: des prestations sociales et des infrastructures publiques très développées en font un eldorado pour entreprises, étudiants, requérants d’asile, etc.
L’attrait de notre canton est cependant source de plusieurs problèmes économiques et sociaux demeurant à la seule charge de la collectivité vaudoise. Citons : prix élevés des logements, pénurie de lits d’hôpitaux et d’EMS, insuffisance et engorgement des voies de communication, etc. Conjugués à une fiscalité lourde pour les revenus imposables supérieurs à 70’000.–/an ces éléments entraînent, directement ou indirectement, une baisse de notre pouvoir d’achat et, donc, l’extension d’une facture sociale de plus en plus mal supportée par nos communes. Les deux propositions qui suivent permettraient de réduire ou de reporter une partie des coûts structurels de notre paradis social :
Si la libre circulation des personnes répond partiellement à la demande de notre marché du travail, le principe du regroupement familial qui en découle, contraint l’école à intégrer des enfants allophones et notre système social à soutenir les conjoints et les enfants adultes demeurés sans emploi. Dans les secteurs à main d’œuvre peu qualifiée, il n’est pas rare que l’intégration d’une personne issue de l’immigration dans le marché vaudois du travail génère en fait bien plus de coûts qu’elle n’apporte de valeur au produit intérieur.
Il n’est bien sûr pas question de priver les secteurs de l’agriculture, de l’hôtellerie et des hôpitaux d’une main d’œuvre introuvable chez nous! Mais il convient aussi de ne pas en faire payer l’ensemble des coûts indirects aux contribuables locaux. Une solution consisterait à étudier la réintroduction d’un statut de saisonnier.
Si la chute de l’Euro est préoccupante pour notre industrie d’exportation, elle constitue une aubaine pour les 18’200 frontaliers «vaudois » payant leurs impôts en France. C’est donc la France, jamais avare d’attaques sur notre fiscalité, qui encaisse la quasi intégralité du produit du travail de ses ressortissants en Suisse; et cette somme se chiffre en milliards! Une solution consisterait à imposer les frontaliers sur leur lieu de travail, dans le canton de Vaud.
La réintroduction du statut de saisonnier et la fiscalisation des frontaliers sur leur lieu de travail offrent la possibilité de réduire un peu les coûts que notre paradis social fait peser sur ses contribuables.

Commentaire de Glaisen Marc le 29 janvier 2011 à 22:14

Comme bien souvent, une réalité n’exclut pas l’autre. Si la Suisse est un pays au filet social efficace, elle est également une place importante de l’évasion fiscale mondiale… On peut d’ailleurs imaginer que des efforts soient entrepris pour les deux situations! 😉

http://www.argentsale.org/suisse.php

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