ico Suisse C’est une bête politique qu’il nous faut

14 août 2009 | Catégorie: l'invité, suisse

PHILIPPE BARRAUD

La Confédération dispose déjà d’un très grand nombre de hauts fonctionnaires. Au Conseil fédéral, il faut autre choses, des hommes et des femmes engagés.

Le feuilleton de l’été tricoté de toutes pièces par les médias et les partis politiques débouche sur une belle pétaudière. Le coming out (politique s’entend) d’Urs Schwaller ne fait qu’ajouter à la confusion. Racoleur, d’accord avec tout le monde, romand ou alémanique selon les besoins, le Fribourgeois est un PDC typique: il bouffe à tous les râteliers car la fin électorale justifie les moyens. Alors même que ce parti n’a objectivement aucune légitimité à disposer de deux sièges au Conseil fédéral.

En cela, Schwaller plaira sans doute aux commentateurs, qui n’ont souvent pas de convictions politiques claires, entendez qu’ils ont donc une ligne de centre gauche. Tout l’été, on a entendu des appels pour que soient présentés des candidats idéologiquement souples, prêts à travailler sur les dossiers les plus difficiles sans “oeillères” ni préjugés, bref, des parangons de consensualité efficace, et pour tout dire, des politiciens apolitiques.

Ce genre d’attitude, c’est exactement ce qu’on attend d’un haut-fonctionnaire, mais surement pas d’un homme ou d’une femme politique. Dans un exécutif, un élu est là pour prendre des décisions, participer à la définition des objectifs à long terme, convaincre le parlement et le peuple, orienter et surveiller le travail de l’administration.

Cette charge considérable implique que ledit élu ait des idées claires, des convictions fermes, et une appartenance assumée à un système de valeurs dans lequel le citoyen peut facilement se reconnaître, ou au contraire le rejeter. Bref, il nous faut une bête politique, plutôt qu’une femme ou un homme “de dossiers”.

Or que voit-on parmi les candidats – à l’exception du Genevois Christian Luscher, qui n’a malheureusement aucune chance? Des gens qui, se conformant aux injonctions des médias, gomment leur appartenance politique et idéologique, jurent qu’ils ne pensent qu’aux “dossiers”, et piaffent d’impatience de pouvoir se mettre à gouverner dans une harmonie radieuse, entre gentils, comme dans l’iconographie naïve des témoins de Jéhovah.

La Suisse devra faire face demain à des problèmes de taille, tels que la réforme en profondeur du système de santé – une usine à gaz si complexe que personne n’ose vraiment s’y colleter -, mais encore la dégradation dramatique de l’environnement, une explosion démographique effarante, une dégradation constante de la sécurité publique, les pressions brutales de l’Union européenne et des Etats-Unis… Croit-on vraiment qu’il suffira d’être un homme ou une femme “de dossiers” pour faire face à ces vents mauvais ?

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Commentaire de Marie-France Oberson le 14 août 2009 à 21:01

M. Barraud, c’est exactement ce que j’aurais voulu écrire, mais en mieux,!

Commentaire de Marc Grandjean le 14 août 2009 à 22:53

M. Barraud: reçu 5 sur 5. Merci de ne pas vous faire berner par la pseudo sagesse du candidat Schwaller. J’en profite pour vous parler d’un autre sujet dont vous ne vous êtes malheureusement pas emparé – par pitié sans doute pour vos confédérés du bout du lac, je veux parler de la dernière affaire Moutinot. Ne voilà-t-il pas un homme politique dont l’essentiel de sa carrière aura été de militer pour plus de tolérance et plus de droits accordés aux étrangers. Et de se retrouver redevable à la communauté moyenne-orientale pour qu’elle cesse de (trop) se faire la caisse de résonance de l’aggravation de la situation dans la cité de Calvin. Evidemment, ne comptez pas sur les médias romands pour désigner les responsables politiques de cette tragédie qui pourtant existent, et ils sont nombreux. A part tirer sur Marcel Ospel, les médias romands ne sont guère futés pour trouver les causes profondes du mal-être francophone, car je reste convaincu que ce qui nous arrive est amplifié par notre proximité à la grande nation voisine et la décomposition de son empire colonial qui n’en finit plus de nous exploser à la face.

Commentaire de Marie-France Oberson le 16 août 2009 à 13:49

Excusez-moi Monsieur Barraud d’utiliser cet article pour faire le commentaire suivant qui n’a aucun lien avec l’un ou l’autre article des différentes rubriques. Je constate qu’il n’y a aucune femme, en dehors de Mme Oberson qui vient donner son avis ici. je me sens un peu comme une intruse. N’y a t-il donc aucune femme qui vient lire ce site ?
Autre chose, il arrive souvent que votre “stop spam” soit impossible à lire; alors, si ça ne marche pas du 1er coup, on se décourage et on ne poste pas notre commentaire…

Commentaire de Jean-Pierre Blanc le 17 août 2009 à 0:08

Le CF a récemment compté une “bête politique”. Il s’est fait massacrer puis chasser après avoir gagné les élections. La gauche a très bien compris qu’il faut des nouilles au CF pour pouvoir imposer le Nouvel Ordre Mondial et donc l’UE soviétoïde.

Commentaire de Gérald Perrin le 17 août 2009 à 17:17

Que c’est bon à entendre, enfin je veux dire à lire!
De fait, tous ces prétendants à la fonction suprême de notre pays qui fut, hélas le temps d’une ondée, la quintessence même de l’Etat de droit moderne et ambitieux « juste ce qu’il fallait, comme il fallait », n’entendent plus rien aux enjeux de la NATION, pour ne se préoccuper désormais que de leur pré carré et ainsi élever leur misérabilisme personnel en dogme absolu.

J’affirme que notre pays, à force de métissage de toutes sortes (je laisse à chacun la libre interprétation de cette « locution »…), mais aussi de compromis (compromissions peut-être ?) se meurt littéralement sous les coups de boutoir d’une gauche assassine, inopportune mais ô combien opportuniste, à force de louvoiements partisans, de veuleries inavouées, voire d’incurie.

De facto, ce sont ces caciques, ces apparatchiks, de notre paysage politique (à tous les niveaux), ceux que l’on entend à l’envi jusqu’à l’écoeurement dans les médias, ceux-là mêmes qui font (ou défont) les Conseillers fédéraux, pour ne pas citer d’autres échelons plus ou moins modestes, qui sont et seront désormais et à jamais tout au plus des fantoches redevables à quelques uns, respectivement les fossoyeurs d’un pays devenu linéaire qui, si d’aventure devait se aujourd’hui se distinguer des autres, c’est par ses travers.

Foin de complots et de calculs d’apothicaires Messieurs les politiques « qui comptent » et au travail. Au labeur comme l’on disait antan.

Commentaire de Paul Bär le 19 août 2009 à 15:16

Faisant suite à la très juste remarque de Monsieur Blanc, quant à la “bête politique massacrée”, j’aimerais attirer votre attention sur un très bon billet paru sur ce blog…

http://lepelicastrejouisseur.wordpress.com/2009/08/18/lhomme-nest-plus-legal-de-lhomme/

… qui detaille limpidement le gluant paradigme dans lequel les derniers tenants du monde d’avant surnagent, avec peine.

Commentaire de Dominique Baettig le 19 août 2009 à 20:34

Et si l’on proposait un candidat qui soit une bête politique, non connaissant pas les rouages formateurs de l’appareil, libres des pressions économiques, patriote, soucieux seulement de l’intérêt général, du monde du travail, de l’enracinement, de la démocratie de proximité, du développement durable, partisan de rapports *protégés” lors d’échandes économiques, souverainiste et guidé par le bon sens et la détestation du politiquement correct ?

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