D’abord ils ne sont pas gratuits, ces feuillets dont on peut se servir à la gare; ils sont seulement payés par d’autres; et ils le sont tellement qu’il arrive que le responsable du marketing prenne part aux séances de rédaction!
Il m’arrive parfois de les feuilleter, quand ils jonchent les sièges du train en fin de journée, à l’heure ingrate où le personnel fatigué n’en finit pas de les ramasser pour les déposer sur les galeries à bagages des wagons.
Surtout, ils rapportent les mêmes nouvelles et disent tous la même chose. C’est-à-dire rien. Dans un quotidien digne de ce nom, on affecte les journalistes débutants à la rubrique des chats crevés, histoire qu’ils apprennent à rédiger en quelques lignes l’essentiel d’un fait divers. C’est un bon exercice. Au début. Or les gratuits ne connaissent d’autres rubriques que celles des débutants: chats crevés, faits insolites, décision anecdotique d’un gouvernement, misères sentimentales d’une vedette, un bric-à-brac à mille lieues de l’information. Prétendre que ces feuilles noircies d’encre et agrémentées de photos sont des journaux reviendrait à revendiquer pour l’annuaire téléphonique une place dans la littérature française.
Devant un parterre d’étudiants médusés, le responsable d’un gratuit romand reprocha publiquement au rédacteur en chef d’un véritable journal de se prendre trop au sérieux et de se montrer prétentieux sous prétexte que ce dernier avait osé donner son avis sur un événement politique. Et il ajouta: «Nous autres, nous sommes de vrais journalistes, car nous transmettons l’info brute, sans aucun commentaire.»
Comme si l’office d’un véritable journaliste n’était pas, justement, de mettre l’événement en perspective! Comme si ce magnifique et difficile métier ne consistait pas à passionner le lecteur ou l’auditeur pour le faire entrer dans l’épaisseur humaine de l’histoire au quotidien! A lui dévoiler au jour le jour son sens culturel!
En réalité, les gratuits ne transmettent pas même de fait brut. Ils se contentent de tout simplifier, d’alpaguer le lecteur ultrapressé, et caricaturer à tour de bras pour tout résumer en un titre racoleur. Bien plus, ils véhiculent en sous-main une anticulture de parti pris simpliste. C’est pourquoi, bon gré mal gré, ils font le nid de ces tendances populistes qui pourrissent depuis quelque temps notre culture politique.
Le Nouvelliste
Il y a quelques jours, en France, un père de famille handicapé a été molesté par six (!) policiers pour avoir laissé sa fille de 3 ans fait pipi derrière un buisson, dans un parc public.
S’il avait eu un chien, personne ne lui aurait rien dit.
Voilà où nous en sommes: la société tolère davantage les chiens que les enfants.
La menace d’une initiative ou d’un référendum est un outil politique redoutable, et l’UDC ne se prive pas d’en user. Mais pour que cet outil reste efficace, il faut prouver qu’on sait s’en servir, et qu’on est capable de mener l’entreprise à bien. Or, le parti de Christoph Blocher tend à devenir un parti qui menace beaucoup, mais réalise peu: en matière d’initiative et de référendum, ces derniers temps, il collectionne les échecs et les ratages (secret bancaire, accord fiscal avec les Etats-Unis…).
Une initiative, un référendum ne sont efficaces que s’ils aboutissent. A en faire de simples outils de communication et de propagande, on les grille et on se grille. La dernière menace de Christoph Blocher (interdire l’adhésion à l’UE dans la Constitution) prend malheureusement le même chemin. Elle est probablement irréalisable, et de surcroît contreproductive: lier les mains des générations futures, c’est affaiblir la Suisse.
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Charmant… A croire que ceux qui émettent de telles critiques lisent tous les jours Montaigne, Boccace et Wagner dans le texte… Le TJ est gratuit depuis ses débuts et agréable à suivre, quoique d’une effarante indigence intellectuelle et même pratique. Or il n’a guère récolté de critiques sous cet angle-là. Il faut prendre les gratuits pour ce qu’ils sont, sans plus. Le fait est par exemple qu’avec un journal gratuit et un bon dictionnaire, vous apprenez une langue étrangère mieux que les gymnases ne sauraient le faire ! Vous voulez un scandale, en voilà bien un… Du reste, maint journal régional alpague le lecteur en profitant de son monopole de fait sur l’information locale et en profite éhontément pour nous communiquer, spécialement sur la politique fédérale, force positions partisanes que nous n’avons point sollicitées.