La période 2010 – 2012 pourrait bien marquer un tournant décisif dans le système suisse de l’assurance-maladie. Et les artisans du changement ne seront pas les politiciens, mais le peuple.
Ces dernières années, les caisses-maladie ont soigneusement scié la branche sur laquelle elles étaient assises, au point que la chute paraît inévitable. Trois mots suffisent à qualifier leur attitude: opacité, arrogance, et clientélisme.
L’opacité a été élevée au rang des beaux-arts par nos assureurs. Opacité dans le calcul des primes; opacité sur leurs comptes; opacité sur le trafic d’argent – interdit – entre l’assurance de base obligatoire, et les assurances complémentaires privées; opacité sur les réserves; opacité sur la protection des données des assurés, dont on sait aujourd’hui qu’elle est gravement bafouée; opacité sur la manière dont elles font de la sélection des risques.
L’arrogance, elle, a été longtemps la seule forme de communication du lobby des assurances. Entre le «tout va bien» le «vous n’y connaissez rien» et le «cela relève du secret des affaires», Santésuisse et son président ont réussi l’exploit d’agacer la population suisse toute entière.
Enfin, presque: il n’y a guère que le parlement et le Conseil fédéral pour trouver parfait notre système d’assurance-maladie. C’est ainsi que les seules instances susceptibles de provoquer un changement dans ce domaine, ont jusqu’ici systématiquement refusé de remettre en cause les privilèges des assurances, et refusé de regarder leurs abus en face. Le citoyen a deux raisons d’être choqué: il y a, à Berne, trop de politiciens qui défendent exclusivement les intérêts des caisses-maladies; et il y a trop de politiciens qui sont rétribués, d’une manière ou d’une autre, par ce secteur.
Au moins deux initiatives populaires vont offrir au peuple de bonnes chances de réformer le système. Celle de la gauche, qui proposera une caisse unique, en laissant ouverte la question du financement; et l’initiative «pour la transparence dans l’assurance-maladie» des médecins genevois, qui vise à imposer une séparation absolue entre l’assurance de base et les assurances privées.
Il y a fort à parier que les deux textes déboucheront, dans la réalité, sur une caisse unique du genre SUVA – qui ne marche pas si mal ! Les assureurs privés se désintéresseront certainement de l’assurance de base, dès lors qu’ils ne pourront plus s’en servir pour acquérir des clients privés, et récolter des données sur leur compte.
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
Excellente analyse. Dans la foulée, on pourrait se demander comment rappeler à l’éthique, à la modestie et à la simplicité tout le complexe sanitaro-mercantile (pharmas en tête) et inverser la tendance à la médicalisation bureaucratico-étatique de l’activité humaine en Suisse.