Le replâtrage continu de l’assurance-maladie ne guérira pas le système, gangrené par l’opacité de caisses-maladie en roue libre, et condamné par les assurés.
Les coûts de la santé augmentent parce que les gens vont davantage chez le médecin et consomment toujours plus de médicaments. Mais comme on n’a aucune prise sur cette frénésie consommatrice, on s’en prend successivement aux acteurs du système. Mais ira-t-on jusqu’au bout?
C’est ainsi qu’on a d’abord brutalement mis sur la sellette les médecins, leurs honoraires et leurs laboratoires. On a vite vu que cela ne suffirait pas, aussi s’en est pris ensuite au prix des médicaments, et donc à l’industrie pharmaceutique, autre acteur central du système. Mais on réalisera vite que cela non plus ne suffira pas à enrayer l’explosion des primes d’assurance-maladie. L’étape suivante consisterait donc a mettre cette fois les caisses sur la sellette. Cela s’impose, mais qui l’osera?
Depuis dix ans, l’avocat genevois Mauro Poggia se bat contre le Groupe Mutuel, contestant chaque année la hausse de ses primes. Son but: avoir accès aux comptes de son assurance pour pouvoir comprendre pourquoi elles augmentent, mais aussi mettre au jour le fonctionnement opaque de ce groupe. D’arrêts en recours, jusqu’au Tribunal fédéral et à Strasbourg, Mauro Poggia n’a toujours pas obtenu gain de cause. Mieux: le Tribunal fédéral, dans un arrêt du 24 novembre 2008, le met dans une situation parfaitement kafkaienne; celui qui veut contester de manière judiciaire la hausse de sa prime d’assurance doit apporter la preuve que l’augmentation ne respecte pas le droit applicable; cela, explique-t-il, parce que «le législateur a expressément érigé une présomption d’adéquation du montant des primes».
Fort bien, dit l’avocat, je vais donc examiner les comptes de ma caisse. Pas question, se défend l’assureur, qui interdit l’accès à ses comptes en invoquant le secret des affaires et la concurrence. En d’autres termes, celui qui veut contester ses hausses de prime devant la justice doit fournir des preuves qu’il n’a aucune chance de pouvoir réunir!
On trouvera le détail de cette affaire sur le blog de Mauro Poggia.
Cette affaire édifiante – et qui n’est pas terminée – montre que l’assuré ne pèse pas lourd face à sa caisse-maladie, fût-il un avocat obstiné. Voilà pourquoi les caisses doivent mathématiquement être la prochaine cible dans l’assainissement de l’assurance-maladie, puisque c’est là que l’on trouvera matière à faire des économies substantielles, tout en donnant un coup de projecteur qui semble s’imposer sur leur manière de faire les comptes et de gérer les réserves.
A cet égard, et au vu de la dégradation dramatique de la situation des assurés annoncée pour l’année prochaine – et, ne rêvons pas, pour les suivantes aussi – la solution de la caisse unique va revenir sur le devant de la scène. Reste à savoir qui la remettra sur les rails.
Or il y a là, pour la droite, un formidable coup politique à jouer d’autant que, curieusement, la gauche n’a pas bougé jusqu’ici. Pourquoi? Parce que, pour les partis bourgeois, la défense crispée du lobby des assureurs est devenue contreproductive, sur le plan politique. La réputation des assureurs est exécrable dans l’opinion publique (disons au niveau de Marcel Ospel…), et cette réputation rejaillit sur les partis qui s’en font les complices. Pour beaucoup d’assurés, qui sont aussi des électeurs, les caisses sont devenus une organisation indéfendable (un autre mot serait plus adéquat, mais bien trop périlleux…).
On veut bien admettre que pour les partis bourgeois, traditionnellement très proches des assureurs, voire inféodés à ceux-ci, il s’agit d’une révolution copernicienne. Mais ont-ils le choix? S’ils ne relancent pas eux-mêmes l’idée d’une caisse unique, en laissant de côté pour l’heure les détails de son financement, ils dérouleront sous les pieds du parti socialiste le tapis rouge d’un futur triomphe populaire. Tout simplement parce que la situation a changé, que l’exaspération des assurés est à son comble, et que le gauche ne fera pas les mêmes erreurs que la première fois.
A bon entendeur…
Il y a quelques jours, en France, un père de famille handicapé a été molesté par six (!) policiers pour avoir laissé sa fille de 3 ans fait pipi derrière un buisson, dans un parc public.
S’il avait eu un chien, personne ne lui aurait rien dit.
Voilà où nous en sommes: la société tolère davantage les chiens que les enfants.
La menace d’une initiative ou d’un référendum est un outil politique redoutable, et l’UDC ne se prive pas d’en user. Mais pour que cet outil reste efficace, il faut prouver qu’on sait s’en servir, et qu’on est capable de mener l’entreprise à bien. Or, le parti de Christoph Blocher tend à devenir un parti qui menace beaucoup, mais réalise peu: en matière d’initiative et de référendum, ces derniers temps, il collectionne les échecs et les ratages (secret bancaire, accord fiscal avec les Etats-Unis…).
Une initiative, un référendum ne sont efficaces que s’ils aboutissent. A en faire de simples outils de communication et de propagande, on les grille et on se grille. La dernière menace de Christoph Blocher (interdire l’adhésion à l’UE dans la Constitution) prend malheureusement le même chemin. Elle est probablement irréalisable, et de surcroît contreproductive: lier les mains des générations futures, c’est affaiblir la Suisse.
WP Cumulus Flash tag cloud by Roy Tanck and Luke Morton requires Flash Player 9 or better.
Enfin une proposition intéressante M. Barraud, mais je pense que vous frisez le délire lorsque vous affirmez que “la gauche n’a pas bougé jusqu’ici”. On croit rêver, effectivement, lorsqu’on sait que pour les votations du 11 mars 2007, c’est la gauche qui a défendu l’initiative pour une caisse unique et que certains de ses représentants – le conseiller d’Etat Maillard p. ex. – se sont impliqués de manière personnelle et intense pour ce projet… Vous est-il si difficile de reconnaître que cette partie de l’échiquier défend parfois des idées qui sont proches des vôtres ???
Une caisse unique n’y changera rien ! Ce qu’il faut, c’est res-pon-sa-bi-li-ser les soignés ! Donc commencer par cesser de rembourser les soins pour les bobos et ne rembourser que les “coups durs”. Les gens ne pourront pas payer ? Qu’ils vendent leur voiture, objet qui, dans la pyramide de Maslow, se situe très au-dessus de la santé.
La grande erreur a été de rendre l’assurance-maladie obligatoire.
A l’époque, les assurés étaient considérés par les prestataires comme des clients. Et les clients étaient rois.
Pourquoi les assureurs se gêneraient-ils puisque c’est obligatoire?
Je ne pense pas que la solution au problème soit la caisse unique, mais je la vois plutôt du côté d’un retour en arrière, à savoir l’abolition de l’obligation de s’assurer. Chacun devra s’adapter et les caisse-maladie aussi. C’est là que le jeu de la concurrence jouera son rôle sans que le politique s’en mêle. Tout le mal vient du politique…
Enfin un article que j’ai lu jusqu’au bout… Mais il ne faut pas se leurrer, la droite ne reprendra jamais une idée qui vient de gauche. Il suffit d’observer les quelques commentaires qui précèdent pour s’en convaincre: la droite préfèrera démanteler l’obligation de s’assurer plutôt que d’admettre que la caisse unique est un moyen efficace de réduire et de contrôler les coûts.
En effet, du moment que toutes les caisses sont censées fournir les mêmes prestations et ne pas faire de bénéfice, on comprends mal quel est l’intérêt du client d’en avoir plusieurs et quelle concurrence existe vraiment. Et la condition de ne pas faire de bénéfice, n’empêche nullement de rémunérer rondement leurs directions sur le dos des assurés. Rien que sur ce point là, il y a donc un gain non négligeable, puisque actuellement, on a un effet de multiplication de structures inutiles.
Le défaut de l’initiative du PS est quelle lie deux aspects qui n’ont rien à voir, à savoir tenter de faire baisser les coût, avec également une plus grande transparence, et la manière de répartir ces coûts entre les personnes. En ce sens, en quoi une répartition en fonction du revenu aurait-elle une quelconque influence sur les coûts.
Ensuite, il y a un aspect profondément illogique quant aux franchises: elles sont annuelles, et non pas par cas comme pour toutes les autres assurances. Du moment que vous avez atteint votre franchise, vous avez donc intérêt à aller chez le médecin à la moindre occasion, puisque ça ne vous coûte rien. C’est également profondément antisocial pour ceux qui sont atteints de maladie se soignant sur plusieurs années, voir incurable, puisqu’ils paient à chaque fois pour le même cas. L’un dans l’autre, c’est difficile à dire si ce genre de mesure contribuerait à faire baisser les coûts. Elle aurait au moins le mérite de diminuer le nombre de cas de bobologie, quitte à ré-attribuer cet argent où il est nécessaire.
Depuis quand la restriction des choix amène plus de prospérité?
La caisse unique, c’est de la bureaucratie, l’irresponsabilité érigée en système, puisqu’il n’y aurait plus ni alternative, ni élément de comparaison, et des coûts en roue libre, les contribuables étant sempiternellement pressurés pour corriger le tir. Que cette pseudo-solution soit suggérée par la gauche ou la droite n’y change rien.
Pour que la santé s’en sorte, il faut laisser aux gens la possibilité de s’assurer ou non, libéraliser les modèles d’assurance (franchise, médecins salariés), permettre aux malades de suivre des traitements à l’étranger où ils sont moins chers. Ne glissons pas dans le racisme de base où c’qu’y'est point’d'chez nous est forcément moins bien. Finalement, il faut ouvrir le marché de l’assurance maladie à tous les acteurs de la santé européens. Sans oublier de mettre en concurrence les hôpitaux en les transformant en prestataires contractuels de services publics.
Et là nous aurons la meilleure santé du monde à un prix très abordable, parce qu’un marché ouvert est le meilleur qui soit pour le consommateur. Le débat sur la transparence de la comptabilité des caisses maladies n’est qu’une péripétie qui ne doit pas détourner du fond du problème.
Etonnant comme les gens veulent une tonne de choix pour le forfait de leur téléphone portable mais sont prêts à laisser quelque chose d’aussi crucial que leur santé entre les mains d’une poignée de technocrates!
Question intéressante, à ne pas traiter de manière politicarde comme vous le proposez, mais avec un certain pragmatisme.
Oui, l’obligation de s’assurer n’était pas une bonne idée car il n’y a aucun contrôle public sérieux des caisses que l’OFAS fait rire.Mais pour un système unique, met-on en cause l’obligation de payer les impôts pour l’instruction ou la justice?
Si on fait une caisse unique,la comparaison avec la Sécu française arrivera inévitablement sur la table: “Horreur, et le Trou de la Sécu?”
Il est de l’ordre de 12 millards d’euros l’an passé, mais de “seulement” 8 millards (sur 129 de dépenses totales) en ne considérant que sa part maladie pour comparer avec notre système.
Divisons par le nombre d’assurés,env 70 millons, on arrive à 114 euros ou env CHF 170.- par an.
Les caisses suisses envisagent de nous taxer 10% de plus, sur environ CHF 3000.- de primes annuelles, soit 300 CHF de plus.
Près du double du trou de la sécu par tête,pour la seule augmentation 2010.
Morales:
1) Les caisses maladie se foutent de notre gueule.
2) La Sécu à la française (lisez Wikipedia à ce sujet) n’est pas pire, au contraire.
3) Attention à la machine à crétiniser et aux gros chiffres articulés par les politiciens inféodés aux caisses.
@ Stéphane Montabert
La dernière phrase de votre commentaire démontre de manière flagrante que vous n’avez pas compris grand chose au modèle de la caisse unique. La santé des gens est (heureusement!) entre les mains des médecins et du personnel soignant et non pas “d’une poignée de technocrates” comme vous le dites. Ces “technocrates” n’aurait comme tâches que l’administration liée aux prestations de l’assurance de base. Ce qui existe aujourd’hui déjà, mais répliqué autant de fois qu’il y de caisses. Ces technocrates n’auraient qu’un seul directeur, rémunéré aux conditions de l’administration fédérale alors qu’aujourd’hui, chaque caisse à un CEO payé bien au-delà du traitement d’un haut fonctionnaire. Et on ne sait toujours pas quelle part de nos primes LAMAL contribue aux salaires de ces “chers” CEO.
Ce qui m’étonne avec tous vos commentaires. c’est qu’il n’est jamais questions du changement de la nature des soins. Alors que nous venons d’accepter haut la main la prise en compte des médecines complémentaires. on ne tient pas compte qu’elles peuvent soigner mieux et à meilleur prix bon nombre de pathologies et éviter ainsi la chronicité de certains cas.
Puisqu’il est question d’une caisse unique. nous pouvons auss parler d’une médecine intégrative.
@Olivier Girard: Heureusement que vous, vous avez compris, comme le montre l’évolution des primes maladies dans le système semi-étatique actuel.
Je pense également qu’il est purement scandaleux que les comptes des assurances privées soient secrets et que les salaires de tous les patrons d’assurances ainsi que de leurs cadres sont beaucoup trop importants. Ce n’est pas normal qu’on paye avec notre Lamal pour des salaires exorbitants. A mon sens, est exorbitant ce qui dépasse le salaire d’un Conseiller d’Etat (25′000 nets par mois) ou d’un Conseiller fédéral (50′000 nets par mois). Le plus haut salaire dans une assurance ne devrait pas dépasser un niveau de 30′000 Frs par mois et les cadres devraient se situer entre 10′000 et cette somme. C’est fou ce qu’il y a de néo-féodalité dans notre monde moderne et de voir que le bon peuple l’accepte sans trop broncher… Cette dialectique du maître et de l’esclave, version société moderne démoncratique assez riche, est intéressante…
Pour le reste, il semble en effet qu’une assurance unique responsabilisant les individus et faisant pression sur les acteurs de la santé (médecins, hôpitaux, pharmas) pour baisser les frais, serait une bonne solution. Le problème des revenus excessifs concernent également les pharmas et les médecins. Pourquoi un médecin gagnerait-il 20′000 Frs par mois, 30′000 ou encore 50’000 ? 15′000 ne lui suffisent-ils pas ? C’est toujours 3-4 fois plus qu’un salaire de base, et près de 4-5 fois celui d’une caissière… Un médecin ne travaille pas dix fois plus qu’une caissière. Son temps ne vaut pas dix fois plus cher.