ico Suisse Aquarius 2: des bons sentiments irresponsables

2 octobre 2018 | Catégorie: suisse

PHILIPPE BARRAUD

Le discours humanitaire n’est jamais loin de la démagogie, surtout dans la bouche de politiciens tels que ceux qui préconisent d’accorder le pavillon de la Suisse à l’Acquarius 2. Car, emportés par leur discours bien pensant et attendris par l’image flatteuse qu’ils donnent d’eux-mêmes, ils évitent soigneusement d’évoquer les conséquences pratiques et humaines de leur proposition.

Un discours noble et généreux n’est pas nécessairement un discours responsable, ni même intelligent. Alors oui, les drames à répétition qui se déroulent en Méditerranée sont une grosse épine dans nos consciences. Cela ne veut pas dire que nous en soyons responsables, ni surtout que nous devions prêter la main aux activités des passeurs qui, prospères et cruels, mènent rondement leurs affaires et trimbalent les émigrants comme les négriers trimbalaient les esclaves vers l’Amérique, en toute impunité. Le problème numéro un en termes de migrations, ce sont les gouvernements corrompus et incapables d’Afrique et du Moyen-Orient, dont l’incurie sans limites pousse les populations à l’exil; le problème numéro deux, ce sont les passeurs, contre qui les Européens devraient mener une guerre en règle, une vraie guerre, sur le terrain.

Or, l’Aquarius 2 et les autres navires opérant la même activité deviennent les complices objectifs des passeurs, ceux-ci pouvant compter sur les humanitaires pour récupérer quelques-unes de leurs victimes, et ainsi rassurer la «clientèle» désireuse d’embarquer à n’importe quel prix.

La proposition d’Ada Marra et consorts dégouline de bons sentiments, mais elle porte en elle son inanité. Supposons que, dans un moment d’égarement, le Conseil fédéral donne suite à cette demande – situation au demeurant impossible en l’état, le bateau n’étant pas en mains d’un armateur suisse, mais italien. Imaginons ensuite que lors de sa première mission sous pavillon helvétique, l’Aquarius 2 ramène 250 émigrants à son bord. Où va-t-il accoster ? Le passé récent nous a montré quels psychodrames à répétition et quelles tensions politiques ce genre de situation provoque inévitablement. Mais bon: supposons qu’il puisse s’amarrer à La Valette. Et ensuite ? Que deviendront ces passagers ? Vont-ils être automatiquement débarqués, puis envoyés en Suisse ? Et la Suisse, et les Suisses, sont-ils prêts à devenir le port final de l’Aquarius 2 ? La réponse à cette question ne fait aucun doute.

Cette question, malheureusement, les auteurs de la motion ne s’y arrêtent guère, et pour cause. Les questions très concrètes qui très vite se poseraient sont soigneusement évitées, au profit de gesticulations autour d’un drapeau (facile ! Rien de plus symbolique qu’un drapeau), de la Genève internationale, de la mission de la Suisse, de la Déclaration des droits de l’homme, etc. Bref, des paroles verbales et du birchermüesli électoral. Le sort des naufragés de la Méditerranée mérite mieux que ça.

Publicité
****½59votes




Commentaire de Gabrielle Mudry le 3 octobre 2018 à 15:52

Madame Ada Marra ne nous dit pas ce qu’elle envisage pour les milliers de migrants-réfugiés qui seraient envoyés en Suisse…
Dans un cas pareil, il faut voir “plus loin que le bout de son nez” et prévoir la suite pour ces pauvres gens!
Comme Madame Merkel: “Qui veut faire l’ange, fait la bête”! (Saint Augustin)

Commentaire de Jérôme Lorenz le 3 octobre 2018 à 22:08

Beaucoup de socialistes proposent même qu’on organise leur transfert d’Afrique directement chez nous.
Ce qui est regrettable, c’est cette immense sentiment de culpabilité lié au colonialisme européen.
Si la volonté d’apporter le progrès, la démocratie, les valeurs du christianisme étaient justes, la cruauté et le racisme dont firent preuve beaucoup d’Européens à cette époque pas si éloignée, est une des raisons majeures pour laquelle l’Europe croit qu’elle a une dette à payer.
Cela passe désormais par l’accueil de toutes ces populations chez nous. Car il paraît à beaucoup insensé d’oser leur apporter nos modes de fonctionnement chez eux, en rejet justement à cette période honnie du colonialisme.

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.