ico Suisse Allô, les indignés ?

17 novembre 2011 | Catégorie: suisse

JEAN ROMAIN

Dans le parc des Bastions de Genève comme dans les parcs d’abstraction de nombreuses villes européennes, on assiste à l’escalade tapageuse des indignés ! Sortes de rebelles de confort qui campent sous tentes, dans de douillets sacs de couchage, avec des iPads et des smartphones, ils consultent sur la vaste Toile (c’est la ville qui paie une connexion ainsi gratuite) l’opinion des alter-indignés qui leur répondent illico depuis l’autre bout du continent. Ils s’indignent d’une société qui a dépassé les bornes en matières d’injustice. Ils n’ont pas tort sur le constat, je les approuve : lorsqu’une banque permet à un trader de jouer avec les milliards des autres, où lorsqu’une Conseillère fédérale demande à un Etat de sanctionner des policiers qui ont arrêté Hannibal dans les règles de l’art, il y a à redire, mais on peut se demander ce que vaut l’indignation de ces mutins de Panurge.
En effet, ils n’ont rien obtenu, strictement rien ; ils ont suscité au mieux l’indifférence de la population, au pire quelques invectives ; et le monde depuis leur apparition n’a pas changé d’un iota. Qu’à cela ne tienne, disent-ils, le positif dans tout ça, c’est le lien qui s’est créé entre nous, le côté festif de la chose ! Nous y voilà : le côté festif de l’affaire. Leur inaptitude à vivre dans le pessimisme, dans le scepticisme, c’est-à-dire dans la lucidité, les force à découvrir l’éternel côté positif de ces manifestations creuses : la fête. En fait, ce n’est pas une vraie révolte, un signe de rupture, une exemplaire confrontation. Non, c’est pour rire, pour faire semblant, bref, pour faire la fête, pour se désennuyer un peu.
On n’a pas voulu mettre en place un véritable désaccord, une vraie fracture qui requerrait de la part de leurs auteurs des actions, des responsabilités… en somme, des risques. Non, on s’est indigné derrière les iPhone4S, on a eu des haut-le-cœur émotionnels réellement authentiques, mais pour ce qui est de proposer une alternative crédible, pour ce qui est de former un collectif pugnace, appelez les abonnés absents ! Allô ? Il n’y a personne au bout du fil.
Or l’intelligence naît où il y a rupture, où il y a brisure. Mais nos indignés de confort sont incapables de se dissocier de ce monde : ils font la fête dans une société urbaine qui a fait de la fête son principal projet. Et durant ces journées d’indignation, personne ne disposant de la distance nécessaire pour rire un peu, on a donc festoyé, tout en construisant ensemble l’effroi moutonnier du grand frisson de faire semblant de se révolter pour de vrai. C’est le vaudeville des impostures contemporaines qui se joue dans nos parcs.

* * * *   45 votes




Commentaire de Patrick Gianini-Rima le 17 novembre 2011 à 18:33

Excellent commentaire.
Sauf en fin d’article, je cite: “Et durant ces journées d’indignation, personne ne disposant de la distance nécessaire pour rire un peu…”
C’est faux ! Moi, j’ai entendu quelqu’un rire très, très fort, la-haut, tout la-haut, dans le firmament: le regretté Philippe Muray.
Et je ne résiste pas au plaisir de le citer à mon tour:
“Il y a un gâtisme de la rébellion (et les indignés sont des rebelles, n’est-ce pas ?ndlr), et il est l’héritage de tout le romantisme, c’est-à-dire du culte de l’authenticité, perfusé avec acharnement depuis deux siècles dans la société. Cette rébellion doit être jetée, comme tant d’autres choses. Je ne vois pas pourquoi elle devrait continuer à être affectée d’un signe positif, quand on voit tant de rampants de toutes sortes (artistes, journalistes au Monde, etc.) s’intituler rebelles ou faire l’éloge de la dérangeance et de l’iconoclasme»
On ne saurait mieux dire !

Commentaire de Paul Bär le 18 novembre 2011 à 12:51

Le problème avec les “Indignés” (quel terme ridicule, “bouh, je suis in-di-gné”, je brandis mes petits poings), c’est qu’ils sont tout à la fois inoffensifs et stupides.

Inoffensifs, parce que des joueurs de djembé et des jeunes filles en rasta ne feront jamais trembler le système.

Stupides, parce que cette troupe bigarrée de redfoireux associés n’a pas la capacité politique nécessaire pour traquer efficacement les vrais coupables (comment des globalistes de gauche pourraient contrer des globalistes financiers, vu que leurs structures conceptuelles de base sont similaires ?).

Je me demande aussi quelquefois si la droite républicaine “de bon goût” est apte ou volontaire à “couper la tête de l’hydre” et pas seulement quelques tentacules périphériques, étant donné que la démarche risque forcément d’entraîner sur des terrains quelquefois qualifiés, le nez pincé, de “nauséabonds”.

Ici…

http://www.fdesouche.com/259103-la-dette-publique-de-leurope-par-etienne-chouard-radio-courtoisie

… le professeur d’économie Etienne Chouart donne quelques pistes pour cette traque (de bons propos notamment sur l’imposture de la démocratie représentative, sur la Réserve fédérale et l’arnaque de la création de monnaie subordonnée aux diktats des lobbies transnationaux).

Commentaire de Paul Bär le 19 novembre 2011 à 11:19

Jean-Paul Bourre sur “l’Occident” et la finance islamique…

http://youtu.be/cEr3UsOw2Co

… voilà contre quoi il faudrait s’indigner…… et agir !

Commentaire de Paul Bär le 19 novembre 2011 à 23:48

Pendant que les banksters transnationaux font les poches du cadavre européen, la junte de Bruxelles organise la submersion allogène du Vieux Continent :

http://fr.rian.ru/world/20111118/192034504.html

Demandez à un “indigné” chômeur ou sous-employé s’il trouve ça bien, “le printemps arabe” et la “migration”, il vous répondra “mais, c’est formidable, plus de frontières, tous frères”.

Il faut toujours imaginer les lemmings joyeux.

Commentaire de Marie-France Oberson le 20 novembre 2011 à 12:34

Et bien Monsieur Bär, voilà qui va en réjouir quelques uns sur ce blog et leur faire regretter de ne pas être dans “l’Europe” pour participer pleinement à ce grand mouvement d’ouverture , par définition altruise, qu’est l’immigration¨! Je dis immigration car malgré le communiqué qui parle de migration donc d’un mouvement d’échanges dans les deux sens de la Méditerranée on n’ignore pas que ce mouvement se fera à sens unique, car je doute fort que les indignés- chômeurs traversent la Méditerannée dans le sens Nord-Sud pour aller participer aux festivités de la démocratie et du développement économique retrouvés!
Bon,vous me direz que notre pays n’a pas besoin de faire partie d el’Empire; il va trouver le moyen de participer à cette grande fiesta en proposant ses services!

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 20 novembre 2011 à 16:23

“Le socialisme ne dure que jusqu’à ce que l’argent des autres soit épuisé” , disait Margaret Thatcher. L’ “indignation” n’est peut-être que l’expression de ce dépit?

Commentaire de Paul Bär le 20 novembre 2011 à 20:06

“L’indignation” n’est qu’un des multiples avatars du drapeau rouge, matiné de quelques tacons roses-verts.

Regardez un beau spécimen ici, tout spécialement à partir de 5.44 :

http://youtu.be/NVdNOCSzafk

C’est le drapeau noir qu’il faudrait lever.

Commentaire de Christophe Schälchli le 20 novembre 2011 à 20:37

Il me semble, M. Esperet, que vous vous fichez un peu des gens qui paient l’AVS. Me trompé-je?

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 20 novembre 2011 à 23:09

@ M. Schälchli

Que saurais-je vous dire de ce qui vous semble et donc de ce qui vous trompe?

Allez… bonne semaine

Commentaire de Pierre Santschi le 21 novembre 2011 à 10:20

Ceux qui, du haut de leur grandeur, s’indignent contre les indignés, ne pourraient-ils pas relire “Les animaux malades de la peste” … financière revisitée, et cesser de crier haro sur les baudets qui passeront à la caisse fiscale en suite de l’assistance publique dont bénéficient les gentils banquiers, les parachutistes dorés et les réfugiés milliardaires?

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 21 novembre 2011 à 23:00

OK…

Mais minorités richissimes à part, deux majorités se dessinent en Suisse: Celle qui dépend de l’aide sociale, sous quelque forme que ce soit (dont l’exonération fiscale, dont bénéficient 40% des résidents à GE!!!, fonctionnaires internationaux non compris) … et celle (souvent dite de “classe moyenne”) qui n’en peut plus de devoir la leur prodiguer, cette aide, par leurs impôts.

Voilà un vrai schisme LOCALen cours, que l’on s’en indigne ou pas

Commentaire de Pierre Santschi le 22 novembre 2011 à 17:42

@M. Esperet
Pourquoi mettre les richissimes à part? Sont-ils sortis de la cuisse de Jupiter?
C’est vrai que cela surprend de devoir constater qu’ils sont des assistés, que ce soit par une fiscalité (dont les forfaits fiscaux) qui encourage la cupidité et l’endettement, ou par la manière dont les media “aux ordres” (ou soumis à la non-pensance) les portent aux nues. Pour ma part j’admets d’assister financièrement de plus pauvres que moi, mais j’ai peine à devoir le faire pour de plus riches, ce qui est actuellement le cas par cette fiscalité. Et quand, par dessus le marché (!), ces plus riches détruisent l’environnement naturel et social par leur comportement, cela devient vraiment lourd. C’est là qu’est le vrai schisme !!!

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 22 novembre 2011 à 21:41

Idéologie à part, les forfaits fiscaux sont une AUBAINE pour ceux –les cantons– qui les concèdent. Un impôt certes forfaitaire mais qui serait payé ailleurs s’il n’était pas prélevé chez nous. Ou qui ne serait pas payé du tout.

Et les bénéficiares de ces forfaits fiscaux ne coûtent RIEN à la société. Ils ne résident à l’évidence pas dans des logements “sociaux”. Leurs enfants fréquentent des écoles privées, pas des crèches. S’ils sont malades, ils sont pris en charge par des établissement privés, etc.

En outre, leur consommation courante est assujettie à la TVA comme la votre et la mienne , ils payent les impôts auto, la vignette autroroutière, la redevance TV, etc.

Ajouterais-je qu’ils sont pour la plupart créateurs nets d’emplois locaux (conseilers et autres gérants patrimoniaux, bien sûr, mais aussi chauffeurs, gardiens, nettoyeurs, jardiniers, etc.). Et souvent fiers de l’être.

Bon, je vous laisse la tâche de nous expliquer en quoi ces gens “détruisent l’environnement (…)”

Commentaire de Marie-France Oberson le 4 décembre 2011 à 10:46

On se régale au p’tit déj ce dimanche Matin avec l’excellent article de Marc Bonnant :

“Indignation:
un petit vertige pour couillons”

Bon dimanche à tous !

Commentaire de Jean-Michel Esperet le 4 décembre 2011 à 14:42

En attendant, ils continuent de “jouer aux SDF”, d’occuper en toute illégalité et de dégrader, au moins visuellement, le Parc des Bastions, la gôche majoritaire refusant de les en chasser.

Une cocasse “genevoiserie” de plus alors qu’ailleurs en Suisse et, sauf erreur, en Europe , ces “indignés” ont été renvoyés à leurs foyers.

Selon la Tribune de Genève d’hier, la gôche en question leur aurait néanmoins “donné une semaine (de plus) pour négocier”.

Pour “négocier” quoi? ai-je poliment demandé, depassage que j’étais dans le quartier, à l’un de ces squatters . Sa réponse?: “C’est ce qu’on va négocier!”

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.