Avec une joie féroce parfois, les commentateurs ont salué l’échec de la demande d’initiative qui, dans le canton de Vaud, voulait soumettre au peuple le principe du droit de vote et d’éligibilité pour les étrangers. Celui-ci, on le rappelle, a été introduit à la sauvette, à la faveur du multipack de la nouvelle Constitution vaudoise.
Dans le passé, les Vaudois avaient refusé à plusieurs reprises cette mesure lorsqu’elle leur avait été soumise seule. C’était donc une bonne occasion de vérifier si le vote de la constitution avait été vraiment plein et sincère. En ce sens, et n’en déplaise aux moralistes excités qui voyaient là une manifestation de nationalisme (!), un tel vote aurait été un excellent exercice démocratique.
Mais les exercices démocratiques, les progressistes ne les aiment guère lorsqu’ils ne vont pas dans le sens de la pensée unique. À preuve cette déclaration étourdie du Conseiller d’Etat socialiste Pierre Chiffelle : ” C’est juste et sain, on ne peut pas toujours remettre en question des décisions du peuple. ” Pardon : combien de fois son parti s’est-il obstiné à ” remettre en question des décisions du peuple “, s’agissant du démantèlement de l’armée, ou…du droit de vote des étrangers ? Au palmarès des abus de démocratie, la gauche n’a de leçon à donner à personne.
Cette initiative aurait aussi pu être l’occasion d’un débat utile et nécessaire sur l’immigration et l’intégration. La participation à la politique locale est sans doute un bon moyen d’intégration, mais pour bien participer et bien s’intégrer, il faut être complètement partie prenante. Pour voter dans un club, il faut en être membre à part entière. Or les étrangers, par définition, ne font pas partie du club politique suisse à 100%, puisqu’ils ne sont pas suisses. En particulier, ils ne partagent pas les mêmes obligations (militaires par exemple), et pourraient arguer de leur statut pour échapper à la règle commune.
De la même manière, il est à prévoir que des tiraillements ne viennent compromettre la belle harmonie qu’on nous promet entre conseillers municipaux étrangers et administrés suisses. Ces derniers pourraient avoir de la peine à se soumettre à des décisions, de police par exemple, venant d’un syndic ou d’un municipal étranger.
Pour les étrangers résidant de longue date en Suisse, il n’y a qu’un moyen efficace et crédible de s’intégrer : c’est la naturalisation. Elle est le meilleur témoignage, et le plus sincère, d’une réelle volonté d’appartenance à une collectivité.
Aujourd’hui, elle est facilitée, elle est à la portée de tout étranger véritablement désireux de s’intégrer à la communauté nationale. On se demande donc bien pourquoi ceux qui prétendent si fort s’intégrer ne deviennent pas suisses, tout simplement, et pourquoi il faut leur octroyer des droits qui, à notre sens, doivent rester l’apanage des citoyens à part entière.
Il y a quelques jours, en France, un père de famille handicapé a été molesté par six (!) policiers pour avoir laissé sa fille de 3 ans fait pipi derrière un buisson, dans un parc public.
S’il avait eu un chien, personne ne lui aurait rien dit.
Voilà où nous en sommes: la société tolère davantage les chiens que les enfants.
La menace d’une initiative ou d’un référendum est un outil politique redoutable, et l’UDC ne se prive pas d’en user. Mais pour que cet outil reste efficace, il faut prouver qu’on sait s’en servir, et qu’on est capable de mener l’entreprise à bien. Or, le parti de Christoph Blocher tend à devenir un parti qui menace beaucoup, mais réalise peu: en matière d’initiative et de référendum, ces derniers temps, il collectionne les échecs et les ratages (secret bancaire, accord fiscal avec les Etats-Unis…).
Une initiative, un référendum ne sont efficaces que s’ils aboutissent. A en faire de simples outils de communication et de propagande, on les grille et on se grille. La dernière menace de Christoph Blocher (interdire l’adhésion à l’UE dans la Constitution) prend malheureusement le même chemin. Elle est probablement irréalisable, et de surcroît contreproductive: lier les mains des générations futures, c’est affaiblir la Suisse.
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Des gens qui abusent, il y en a parmi nous comme parmi les étrangers
Si vraiment les étrangers ne méritaient pas de voter car, en choisissant de rester étrangers, ils jouent les opportunistes (concernant les obligations militaires par exemple), une deuxième remarque devrait alors être faite en même temps, pour rester objectifs et égalitaires.
C’est que parmi les Suisses (“citoyens à part entière”), il en existe aussi qui déshonorent leur pays par leur malhonnêteté, et qui ne mériteraient donc pas du tout de voter. Au contraire, parmi les étrangers, parmi lesquel il existe bien sûr aussi des malhonnêtes, il semblerait déshumanisant de pénaliser ceux qui apportent leur contribution quotidienne au pays, malgré le choix de ne pas se naturaliser suisses.
Pour ces étrangers qui contribuent au développement et au bien-être de la Suisse et de ses habitants, merci, et qu’ils votent.