Il n’est pas surprenant que de nombreux élus du Parti radical s’engagent contre le démantèlement du droit de recours des associations: c’est un coup tordu non pas contre celles-ci, mais contre notre patrimoine.
On comprend bien la fureur des instances nationales du parti, qui rêvent de députés alignés-couverts derrière la direction. Mais pardon: cette initiative, née d’un fait divers local à Zurich, est indéfendable, et il est donc pour le moins normal que les élus se manifestent. Comment peut-on vouloir empêcher quiconque de veiller à ce que le droit soit respecté?
On nous dira que les autorités cantonales et communales, pleines de sagesse et de rigueur cela va de soi, sont là, précisément, pour veiller à la conformité des projets au droit. Hélas… Si ces autorités, ces syndics et ces conseillers d’Etat faisaient leur boulot jusqu’au bout, il n’y aurait pas besoin de droit de recours. Malheureusement, et parce que la politique, surtout au niveau communal, est un art difficile, il est indispensable qu’un regard extérieur indépendant vienne examiner les choses de près et, au besoin, dépose un recours.
De nombreuses études montrent que les associations de protection de l’environnement n’usent du droit de recours que comme ultima ratio et que, avant qu’on en arrive là, la discussion entre les parties permet souvent de trouver une solution satisfaisante pour tous.
Les (rares) partisans de la suppression du droit de recours invoquent les frais liés au retard d’un projet, voire les emplois menacés de ce fait. Curieuse conception des choses! Si un projet n’est pas conforme au droit, il ne doit pas être retardé, mais modifié ou abandonné, un point c’est tout. Et si son promoteur a eu l’imprudence d’engager des travaux préliminaires sans se soucier du reste, il a fait preuve de témérité et doit logiquement en payer le prix. Où irait-on, si on laissait faire tout et n’importe quoi sous prétexte qu’il y a des échéances et des ouvriers à occuper?
Le droit de recours des associations, c’est une des plus belles formes du patriotisme, dans l’optique de la défense d’un patrimoine gravement menacé. Car lorsqu’un paysage est défiguré par des parallélépipèdes de couleurs comme il en pousse partout (bravo les architectes…), c’est pour des décennies. Le patrimoine naturel et paysager est quelque chose d’éminemment fragile, mais c’est aussi quelque chose de constitutif de notre identité, de notre appartenance à un coin de terre. Voilà pourquoi on ne saurait le brader pour un plat de lentilles.
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
Payer le prix
vous écrivez : «Et si son promoteur a eu l’imprudence d’engager des travaux préliminaires sans se soucier du reste, il a fait preuve de témérité et doit logiquement en payer le prix». Je partage votre avis.
Et dans le sens inverse ? Si une association fait obstacle à un projet judicieux, (qui sera finalement approuvé par les Tribunaux) ce qui occasionne pour le constructeur des frais considérables, intérêts intercalaires etc. les recourants devront-ils, au titre de leur témérité, verser au promoteur, en plus des frais de tribunal et des dépens, une indemnité pour le dommage subi ?
Spoliation
Que ceux qui sont attachés à tel ou tel «patrimoine» l’achète et ensuite, ils peuvent bien en faire ce qu’ils veulent, notamment ne rien en faire du tout.
Les procédés qui ont actuellement cours dans notre pays et plus généralement en Occident, les «classements» et autres «sauvegarde», ne sont que de la spoliation par des groupes qui s’emparent pas la force de ce qu’elle ne peuvent pas s’offrir par leur travail. Oh, certes, ils emploient la force légale. Elle n’est pas légitime pour autant.
Que les écologistes travaillent au lieu de comploter, et achètent les lieux qu’ils veulent «préserver».
De quel droit ?
Campagne fribourgeoise, milieu des années 80. Une famille de paysans à l’exploitation petite, pense se développer pour pouvoir vivre de son travail. Un hangar à poulets est prévu et tout est planifié. Tout! Sauf l’arrivée d’une bande acharnée d’écolos.
De recours en recours, la brave famille abandonne tous projets et le fils doit s’en aller travailler en ville. Pas mal de temps plus tard, tous les recours sont classés mais le hic, c’est que c’est trop tard, le mal est fait!
Toute la vie de la famille est changée pour les caprices débiles d’une bande d’écolos, qui eux, s’en sortent avec des pincettes et sans débourser le moindre centime !
Rien pour que cet exemple, je voterai oui……et avec plaisr.
Je ne vois de quel droit, une association autoproclamée aurait le droit d’em… le peuple pour soulager ses caprices. ET vive la démocratie.
Patriotisme-autisme
Cher Monsieur Barraud,
quelques points quant à votre message sur le droit d’empêchement des organisations écologiques.
Premièrement vous dites que personne ne soutient cette initiative. On verra, le seul verdict des urnes nous le dira. Dois-je vous rappeler toutefois que cette technique de démobilisation fleure bon les méthodes de la presse-du-bien que vous dénoncez à longueur de blog?
Deuxièmement vous dites, argument péremptoire s’il en est, que des radicaux sont contre. Que cela change-t-il au problème? Rien! De plus, le communiqué ne vient pas du PLR mais du comité contre l’initiative, qui, semblerait-il ne s’est même pas soucié d’avoir l’accord des gens dont il a utilisé la photo (à contrôler, mais c’est le job d’un journaliste)
Ensuite, profane citadin, j’attends des arguments convaincant pour soutenir ce droit de recours, exceptionnel dans notre ordre juridique. Et que vois-je du côté des organisation? Le Lavaux! Défendu par une initiative, et pas par le recours. Une contre-vérité qui révèle le vide sidéral du lobby vert, prompt à dépenser ses millions pour sauver ses privilèges et prébendes.
Par contre d’expérience, je connais des exemple d’abus. Le plus rigolo, (faut-il en pleurer) est l’annonce faite par ce militant anti musée des beaux arts (qui trempe aussi dans une organisation écologiste) qui m’a dit que de toutes manières ils feront recours… triste non?
Le château de l’aile de Vevey aussi, dont le projet de réfection a été accepté par le peuple est encore en ruine du fait d’un quérulent à qui la LPE a donné le droit de recours, et qui s’amuse à aller devant les tribunaux pour se voir dire que le projet est conforme. On rigole?
Les exemples je pourrais les multiplier à l’envi, je vous en épargne, mais je vous rappelle qu’une personne attachée aux droits populaires comme vous devrait relire le texte de l’initiative, qui ne concerne que les projets votés par le peuple ou le parlement, c’est à dire les projets publics!
Mauvaise critique
C’est ce genre de mauvaise critique qui me fait apprécier les excellents articles de Monsieur Philippe Barraud quand il traite d’autres sujets que d’écologie.
Ceci dit, les articles de ce style donnent souvent l’occasion à certains ayatollahs sauveurs de la nature (comme si les anti-écolos dont je suis n’avaient pas le droit d’aimer la nature, sans toutefois ériger sa défense en un dogme) de se défouler en traitant de saloperie une initiative populaire dont le premier but louable est demander que la démocratie soit respectée. La démocratie ? Vous savez, ce régime politique dont Winston Churchill disait qu’il est le moins mauvais d’entre tous… Mais peut-être la démocratie est-elle devenue elle aussi une saloperie aux yeux de certains citoyens, aveuglés par leur combat sectaire et unilatéral.
Bonne mais trop gentille critique
C’est ce genre de prise de position claire en faveur de la nature qui me font encore visiter le site de Philippe Barraud, même si mon écologisme est motivé par un émerveillement qui n’a aucun besoin de patriotisme.
La noblesse de la nature me semble justement, entre autres choses, consister à se moquer des drapeaux, hymnes nationaux et autres symboles conçus seulement pour aider les humains tantôt à se rassembler, tantôt à s’entretuer.
J’aurais pourtant encore plus apprécié cette critique de cette initiative démocraticide si Philippe Barraud avait adopté le même ton virulent qu’il utilise pour défendre les banques, les grandes fortunes, les voltigeurs de la finance et autres dynamiteurs de la fiscalité. J’aurais trouvé plus courageux qu’il stigmatise ces démolisseurs de paysages avec la même hargne qui l’habite quand il s’en prend à tous ces “gauchistes” qu’il a tendance à voir partout dès qu’on s’attaque aux dogmes religieux de son néo-ultra-hyper-libéralisme.
Mais bon, il faut se rappeler que les bétonneurs de biotopes et la précédente énumération d’acteurs de ladite religion sont en étroite relation. D’où cette grande diplomatie face à cette initiative qui n’est pourtant qu’une saloperie intégrale.
Droit d’exception
Le droit de recours est un droit d’exception. Dans un Etat moderne, ce genre de droit à des associations privées doit être si ce n’est supprimé, fortement limité. ABE.
Oui, sauvons un démocratique instrument
Pour répondre aux leçons de démocratie de Monsieur Druey:
1) La démocratie garantit notamment la libre expression. Il se trouve que cette initiative n’est rien d’autre qu’une saloperie, je n’y peux rien, c’est comme ça. Si c’était une initiative me semblant tendancieuse, je la qualifierais de tendancieuse. Si elle me paraissait superflue, je la qualifierais de superflue. En l’occurrence, je trouve que, avec ou sans rouge à lèvres sur sa vilaine bouche prédatrice, cette initiative est une saloperie intégrale et je le dis.
2) Mais pourquoi une saloperie? Justement pour des raisons liées à la démocratie. En effet, une initiative contre ce droit de recours qui permet parfois aux centaines de milliers de membres, de sympathisants, de donateurs d’une trentaine d’associations variées (comme le plutôt radical Club Alpin Suisse) d’être représentés et défendus avec compétence et un peu de moyens face à quelques milliers d’affairistes très affûtés, disposant de gros moyens, faisant souvent la pluie et le beau temps dans leur région et se moquant comme d’une guigne du respect de l’environnement, une telle initiative ne vise rien d’autre qu’à saper un instrument d’équilibrage démocratique. Il est tout simplement fondamental cet instrument si l’on veut conserver nos paysages et quelques biotopes et écosystèmes encore préservés.
3) Conclusion: cette initiative est une saloperie parce qu’elle instaurera en cas de succès un déficit démocratique dans un domaine où, de surcroît, les lois sont déjà quotidiennement violées.
Ma véhémence vient justement d’un point de convergence entre nous, Monsieur Druey: je suis en effet d’accord avec vous et Winston Churchill quand vous dites que la démocratie est le moins mauvais système politique existant. Je bénis quotidiennement, moi aussi, notre imparfaite démocratie directe. C’est un privilège qui n’a pas de prix de vivre dans un tel système . Alors pourquoi défendre une telle, je le répète, saloperie?
Achetez
M. Clot, pourquoi ces «centaines de milliers de membres, de sympathisants, de donateurs» n’achètent-ils pas les terrains dont ils veulent dicter l’usage? Pourquoi ne pas adopter une voie sans contrainte ni spoliation? Pourquoi ne pas vouloir payer le juste prix de ce qui vous tient à coeur? Pourquoi prendre la voie de la force au lieu de celle de la justice?