ico Suisse Pisa 2003, retour sur terre

3 mai 2005 | Catégorie: suisse

Le classement Pisa des cantons romands, Vaud et Genève notamment, ne laisse aucune place à la bonne surprise, et c’est dommage. L’école est médiocre, elle coûte cher. Bien sûr, on ne peut pas espérer une photo fidèle de cette école romande en deux petites heures de test portant sur quatre domaines (math, lecture, sciences et résolution de problèmes), mais enfin ce test inutile corrobore d’autres études, d’autres constats, d’autres analyses qui vont tous dans le même sens.
La surprise aujourd’hui vient des responsables bien-pensants qui évitent soigneusement de désigner le principal fautif de cet échec : la réforme perpétuelle dans laquelle l’école est plongée, et qui a fini par mutiler les élèves (il ne faut pas l’oublier que la Suisse dans son ensemble est très moyenne, Thierry Béguin parle de « bonne médiocrité helvétique »). Bien sûr, il y a peu de consensus genevois ou vaudois sur ce que doit être l’école, bien sûr il y a l’intégration parfois difficile des enfants allophones, certes leur milieu socioculturel joue un rôle, en outre les parents sont moins présents et délèguent leur propre responsabilité à l’école, le livre cesse un peu d’être une valeur, d’autres facteurs encore. Mais les seules dupes de cette minimisation du rôle nocif des réformes constructivistes (dont Pecaro – le pseudo plan cadre romand – serait le point d’orgue si par malheur il voyait le jour) sont ceux qui les ont promues avec obstination. Comment attendre que ces gens dénoncent ce qu’ils ont soutenu si longtemps ? Le peuple valaisan, lui, a su mettre hors jeu le sinistre projet « Education 2000 ». Fribourg, grâce à son chef de département, n’est jamais entré dans la guerre des notes ni n’a jamais épousé les élucubrations réformistes. Bref, plus on est éloigné des milieux pédagogistes, mieux on se porte parce que les réformes ne font pas partie de la solution mais du problème. Par exemple le constructivisme qui se donnait pour une réussite en ce qui concerne la résolution des problèmes (4e volet de Pisa 2003) jette en queue de classement ceux qui s’y abandonnent. Plus ils s’y abandonnent d’ailleurs, plus ils sont mauvais. Or on sait maintenant de manière scientifique que les méthodes issues du constructivisme (laisser l’élève progresser en fonction de ses rythmes afin qu’il puisse construire son savoir face à des difficultés qu’il rencontre) sont hyper élitistes et qu’elles offrent un gain d’apprentissage inférieur aux méthodes plus traditionnelles, dirigées et structurées, comprises par tous. Le constructivisme est une escroquerie.
Reste le bon peuple qui paie et qui assiste, sidéré, à la médiocrité de son école. On lui avait promis que la rénovation du français, qu’EVM ou que la Rénovation du primaire genevois allaient être décisives. L’introduction massive de nouvelles méthodes abstraites, souvent absconses, et qui étaient plutôt des instruments de recherche universitaire que des outils didactiques, a éloigné les parents de leurs enfants. Tant et si bien que le soutien familial a diminué sur l’air de : « après tout, je ne comprends plus rien à cette école, débrouille-toi avec ton prof ! ». Or, on a vendu aux parents ces réformes en leur promettant justement de meilleurs résultats, et maintenant que ces résultats tombent et qu’ils sont mauvais, on dévie la raison de cet échec sur de multiples facteurs en évitant d’incriminer ces réformes.
Retour sur terre ! Il faut que cesse la lévitation pédagogique.

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Commentaire de Stéphane Montabert le 3 mai 2005 à 3:25

La procédure à l’oeuvre
 
Votre article sonne juste mais vous n’avez pas l’air de comprendre les mécanismes mis en oeuvre.

Les réformes ne seront pas remises en question malgré leur inefficacité. Au contraire, elles seront poursuivies, et avec plus d’ampleur. Je suis prêt à prendre le pari.

Pourquoi? Si vous voulez une idée de la raison derrière tout cela, demandez-vous alors quel est le rôle de l’école.

Former des adultes compétents et responsables, capables de gérer leur vie, de se débrouiller une fois lâchés dans la nature? C’est beau, c’est bon, mais cette vision de l’école a trente ans de retard sur ce que “certains” en ont fait.

Si, au contraire, vous estimez que l’école ne produit que des individus incapables de s’intégrer dans le monde du travail, assistés, hostiles, revendicatifs, qui savent comment critiquer la société qui les entoure et faire des manifestations mais s’avèrent incapables d’écrire une simple lettre de motivation sans fautes d’orthographe… Vous serez plus proche du rôle de l’école aujourd’hui: formater les esprits.

A mon avis, ce n’est pas par incompétence mais par dessein. On ne peut pas être continuellement incompétent pendant trente ans. Le peuple Suisse, par sa naïveté crasse, n’a que l’école publique qu’il mérite. Rassurez-vous, cela va empirer.

Commentaire de Nicolas Daïna le 4 mai 2005 à 6:10

Il serait temps de rendre des comptes
 
A la publication des résultats de PISA 2000 figurant la médiocrité des résultats vaudois, Madame Lyon, responsable de l’instruction publique, s’empressait de souligner qu’EVM n’avait pas été introduite dans les classes testées.

Interpelée par le quotidien Le Temps au sujet de la faiblesse persistante de l’école vaudoise constatée par PISA 2003, Madame Lyon qualifie, dans les grandes lignes, de stabilisateur l’effet provoqué par l’introduction d’EVM. Face à ce constat de stabilisation dans la médiocrité, il est regrettable que la magistrate ne songe pas (encore) à remettre les méthodes actuelles en cause, à l’image de ce qu’elle fit adroitement à la suite de l’initiative libérale sur les notes.

Le constat est pourtant péremptoire: l’école vaudoise est moins bonne et plus chère que la plupart des autres! Les méthodes fribourgeoise et valaisanne semblent, cette année encore, donner tort aux pédagogistes vaudois. Le gouvernement vaudois serait bien inspiré d’en tirer les conséquences, lui qui a reçu, le 17 avril, une sévère injonction à chasser les gaspillages.

Commentaire de Rudolf Kiefer le 5 mai 2005 à 10:06

Les visions trop structurées qui déclenchent des guerres!
 
Étonnant, très étonnant les convictions profondes de Jean Romain. Étonnant aussi le vocabulaire qu’il choisit pour juger, mesurer, peser ceux qui pensent autrement que lui. Étonnant aussi la place qu’il laisse au “bon peuple”, cette “masse qui selon lui ne réfléchit pas” mais qui est abusé par ceux qui nous dirigent, à une louable exception près, le peuple valaisan qui lui savait faire la différence.

Je sens une très grande nostalgie de l’école des parents ou des grand parents. Une école qui ne mettait pas sans cesse l’autorité en question. Là c’était simple, il y avait ceux qui savaient et ceux qui devait apprendre, ceux qui comptaient les fautes et ceux qui les faisaient, ceux qui donnaient des notes et ceux qui les recevaient. Là il y avait le drill, pour développer les compétences essentielles, lire, rédiger, calculer, apprendre par coeur l’histoire, voici ce qu’on demandait! De bons “soldats”, peu critiques, qui se laissaient employer facilement dans notre monde de l’économie organisé sur le modèle efficace du fordisme, des gens qui se laissaient aussi entraîner par des dirigeants dans des guerres aussi meurtrières qu’inutiles.

Mais voilà les temps ont changés, la société a changé et change de plus en plus vite et profondément. Et dans un tel contexte on veut empêcher une institution de faire des réformes? Réformer ce n’est rien d’autre que vivre, chercher à s’adapter, chercher des réponses à de nombreux problèmes.

Les valeurs cartésiennes qui ont comme contenu l’ordre des valeurs, la logique ordonnée de la pensée, démontre quelques faiblesses. Des systèmes économiques, des systèmes sociaux, de santé, des systèmes financiers, de grandes entreprises ont montré leur vulnérabilité. De petits événements, de petites variations sont en mesure de créer des conséquences importantes et de mettre en danger toute une construction. L’ordre, la structure, la discipline seule est incapable de maintenir en vie et de stabiliser des systèmes.

Le management qui a pour fonction de maîtriser le chaos à travers des structures d’ordre montre ses limites. La conduite de systèmes sociaux avec des méthodes scientifiques traditionnelles, issue de la pensée cartésienne arrivent au bout de leur capacité ordonnatrice. Nos systèmes de santé, nos systèmes de retraites, nos marchés financiers, nos systèmes de sécurité, nos systèmes de collaboration, nos systèmes de solidarités en donnent aujourd’hui une image saisissante.

Face à cette situation il ne nous faut pas plus d’ordre, mais une autre manière de penser, une autre manière d’agir et d’autres résultats. Mais ceci n’est pas possible avec nos méthodes d’antan. Il nous faut aujourd’hui des être humains autonomes, critiques, qui sont capables de s’adapter mieux et plus rapidement aux changements et qui sont capables de travailler ensemble avec les autres de manière ordonnée et humaine. Mais voilà cela ne peut se faire avec les recettes du passé et les entreprises doivent aussi apprendre et accepter que l’Homme est un système ouvert d’une complexité inouïe qui ne peut être maîtrisé de manière cartésienne, mécanique, mais qui se forme lui-même au contact des situations et des autres. Ainsi si ce système Homme connaît des lacunes, il faut les combler. Ce n’est pas une attitude conflictuelle de revendication, une communication agressive, méprisante pour ceux qui essaient de trouver des solutions qui vont améliorer les capacités essentielles de nos apprenants.
En conclusion: Oh que c’est difficile de vivre et travailler ensemble sur un projet commun de manière humaine et ordonnée! Mais cela aussi peut s’apprendre et si ce n’est pas à l’école c’est ailleurs.

Commentaire de Marie-France Oberson le 7 mai 2005 à 11:24

Pisa
 
Oui, c’est vrai Monsieur Kiefer, les temps ont changé.Les générations précédentes-celles de l’école de grand -papa- étaient selon vous des moutons qui se laissaient conduire à la guerre sans broncher à cause d’une école aux méthodes contestables.
Mais les guerres aussi ont changé.Les moutons actuels ne répondent-ils pas à l’appel de leurs maîtres pour manifester pour tout et pour rien, c’est-à-dire pour mettre la chienlit, pour casser du flic, dégrader la propriété d’autrui? Des moutons en plus incultes, voire analphabètes.
Or, savoir lire c’est être libre. Et votre école que vous préconisez n’apprend pas à lire, donc cette génération n’est pas libre. Elle n’a, ne sachant pas lire, que l’audio-visuel pour s’informer, se former… Et l’on sait que dans un cerveau vide, on peut mettre n’importe quoi. Les “maîtres” l’ont bien compris. A voir et à entendre ce qui est diffusé, on est obligé d’admettre qu’il y a une volonté certaine de maintenir une certaine couche de la population dans l’inculture. J’accuse donc l’école d’être, volontairement, l’instrument de la transmission de l’inculture. On sait que toutes les dictatures ont misé sur l’ignorance de leur population.

Commentaire de Nathalie Kraenzlin Mermod le 11 mai 2005 à 1:03

PISA
 
Bravo pour l’article de M. Jean Romain, les bras m’en sont tombés quand j’ai lu dans le journal que le département de l’instruction mettait la faute aux mauvais résultats scolaires des vaudois et des genevois sur les étrangers et le milieu socioculturel des élèves. Et l’école, elle ne peut pas reconnaître ses erreurs? 31 ans de réformes dans le canton de Vaud, pour en arriver à cette triste réalité, les élèves sont moins bons, c’est le nivellement par le bas, pas de base de grammaire française, ni allemande, des sujets survolés, jamais appronfondis, pas de dictées, mon fils a 12 ans, il n’a jamais fait une dictée sur une page A4 de toute sa scolarité! Pas de livres, on aimerait que nos enfants lisent, or à l’école on ne leur met pas de livres dans les mains!! en 5ème et 6ème mon fils a lu en tout et pour tout 3 livres dont un pour 8 ans!
Un Canadien, Clermont Gauthier, a donné deux conférences en Suisse, et il y a eu un article dans le Matin, il ose dire tout haut ce que la majorité des parents pensent tout bas et n’osent dire à cause de la crainte que l’on s’en prenne à leurs enfants à l’école.
Il y a eu également un excellent édito dans le Matin du 8.05.05 de Michel Danthe, rédacteur en chef du Matin Dimanche, qui parle de clouer le bec aux inefficaces, les psuedo-pédagogues qui dirigent l’école. De plus en plus on s’aperçoit que pour les élèves les moins bons il faut des structures, de bonnes bases. Il y a passé 30 ans lors du système soi-disant élitaire du collège et de la primaire, les élèves qi sortaient de primaire ou de primaire secondaire (actuellement VSO et VSG) savaient lire, écrie et compter, ils réussissait leur apprentissage et avait un CFC. Actuellement, on fait de nos enfants une génération de crétins qui savent peu de choses et tout juste lire, écrie et à peine compter, et ils ne trouvent pas de places d’apprentissage car personne ne les veut, ils ne suivent pas aux cours, et après on dit à ses jeunes qu’ils sont mauvais, non ils ne sont pas mauvais, mais ont peu reçu de l’école et c’est lamentable et scandaleux. Un patron d’apprentissage a demandé à 12 stagiaires combien de 1/2 litres de lait il y avait dans un litre, 2 ont sur répondre!! et c’est la base!J’espère que les choses bont bouger mais que pouvons nous faire nous les parents?

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Griffures



Nucléaire: manipulations et censure

Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de  la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non?  Commentaires.com y reviendra quand même…

Le silence meurt, assassiné

J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...

 


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