La presse salue avec un enthousiasme qui laisse parfois pantois le « retour aux notes » décidé par le magistrat genevois en charge de l’Instruction publique. Il a entendu, il a réfléchi, il a agi, lit-on. Le bon sens serait enfin de retour : les Genevois voulaient des notes, voici donc des notes, et ceux qui auraient une importante nuance à apporter seraient des chipoteurs chagrins. Pascal Décaillet, dans la presse dominicale du 15 mai 2005, voit même en Charles Beer un Mazarin moderne !
Or le coup de force de M. Beer est à haut risque. En effet, avec sa décision, il coupe l’herbe sous les pieds par voie réglementaire de ce que dira la nouvelle Loi sur l’Instruction publique, du moins en ce qui concerne l’école primaire. Qu’en sera-il de la pagaille scolaire genevoise au moment où une loi (ou bien l’initiative de l’Arle) viendra contredire ce nouveau règlement ? Qu’à cela ne tienne ! entend-on, tout le monde s’accorde pour vouloir des notes; eh bien en voici, en voilà ! Le reste n’est que logomachie !
Bien sûr, Charles Beer parle de notes, mais ce n’est qu’une posture formelle car ce qu’il entend par note n’a que peu en commun avec ce que tout un chacun entend par cette mesure d’évaluation. En fait, il parle d’appréciations formatives traduites ensuite en note pour les communiquer aux parents. Qu’en est-il au juste ? J’admets qu’il faut treize secondes d’attention de plus pour comprendre qu’une appréciation-traduite-en-note-au-trimestre évalue le seul progrès de l’élève, alors que tout Genève attend une note qui traduise ce que sait effectivement l’élève.
La nuance est simple pour qui est de la partie, elle devient plus complexe pour une personne peu rompue à cet exercice. Mais je tiens le pari que nous parviendrons à la faire comprendre si votations il y a.
Denise, qui commet 3 fautes lundi à une dictée à côté de Thomas qui en fait 42, fait encore 3 fautes vendredi à un autre test alors que Thomas n’en fait plus que 32. Le progrès de Thomas est sidérant alors que celui de Denise est nul. Il faut une note qui dise qu’il est mieux, quel que soit le cas de figure, de faire trois fautes plutôt que trente-deux, et il faut par ailleurs un encouragement très vigoureux pour Thomas, qui a progressé mais qui reste cependant un mauvais élève en dictée. (Pardon pour «mauvais élève» ! Préférons «apprenant en voie d’acquérir les compétences idoines»)
Et puis, entre nous puisque nous parlons sous le couvert de la discrétion, s’il s’agissait de vraies notes, celles auxquelles tout le monde pense, Charles Beer n’aurait pas besoin de trois mois pour former les enseignants, n’est-ce pas ? Ces trois mois qu’il prévoit montrent bien qu’il s’agit de tout autre chose, et qu’on agite le mot «notes» pour stimuler les chiens de Pavlov; mais derrière le son, il n’y a pas le référent attendu.
Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non? Commentaires.com y reviendra quand même…
J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...
Notes à l’école
A mon avis, il faut commencer quelque part.
Les enfants et jeunes sont motivés par la compétition et
travaillent parfois mieux s’ils peuvent comparer des notes avec leurs camarades. Peu importe si cela est trimestriel ou mensuel!