ico Société Y aura-t-il encore des abeilles demain ?

23 mai 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

En Suisse, l’hiver 2016-2017 a été particulièrement dramatique pour les abeilles: les pertes ont été deux fois plus élevées que l’hiver précédent. Et tout indique que le bilan de l’hiver 2017-2018 ne sera pas meilleur, si l’on en croit les témoignages d’apiculteurs de notre région. En 2017 toujours, on a relevé un nombre record de cas d’intoxications d’abeilles, un chiffre jamais atteint depuis 1995.

En France, c’est encore pire: c’est toute la filière apicole qui s’effondre, certaines régions ayant connu des pertes de 90%, aussi bien chez les professionnels que chez les amateurs et dans les ruchers-écoles, tandis que la récolte 2017 s’avérait misérable en raison de la sécheresse. Dans une lettre au président de la République et au Premier Ministre, le président du Syndicat national d’apiculture demande des mesures drastiques et urgentes, afin que la production de miel revienne à ce qu’elle était il y a 20 ans – 30’000 tonnes par an, contre 13’000 aujourd’hui, pour une consommation de 40’000 tonnes.

Parmi les revendications de l’apiculture française, il y a l’interdiction des néonicotinoïdes et l’interdiction du glyphosate, en particulier sur les jachères à fleurs (une monstruosité courante hélas en Suisse, où on brûle les jachères et les pissenlits de la vigne au Roundup), une application régulée des autres pesticides, l’encouragement de l’agriculture biologique, etc.

Récemment sur France-Info, l’écrivain Didier Van Cauwelaert1, grand spécialiste et chantre des abeilles, exposait l’ampleur du phénomène bouleversant auquel nous assistons: au cours des 70 dernières années, les abeilles ont subi davantage de perturbations que pendant les 140 millions d’années de leur existence ! Elles ont survécu à des cataclysmes, à des glaciations et à toutes sortes d’agressions; mais aujourd’hui, après quelques décennies seulement de voisinage avec la société industrielle, elles sont au bord de l’extinction. C’est que la conjonction des facteurs d’origine humaine qui l’agressent est d’une violence inouïe: la somme des pesticides, des OGM, de la monoculture qui a fait disparaître les fleurs, des acariens et des prédateurs importés d’Asie, des ondes électro-magnétiques, fait que c’est tout simplement trop, et trop vite. Nos colonies sont faibles, et donc vulnérables, et souvent elles disparaissent purement et simplement.

Les abeilles sont en réalité à l’image de la biodiversité, qui fond inexorablement: elle n’ont plus leur place dans le monde contemporain que les humains ont construit, qui exclut le vivant ancien, qui était là bien avant lui. Saurons-nous sauver les abeilles ? Il est possible que si c’est le cas, ce sera avant tout pour leur rôle de pollinisatrices, avantageux du point de vue économique: l’abeille est bonne pour l’économie… Amère victoire certes mais, au point où nous en sommes, toute initiative visant à sauver les abeilles est bonne à prendre, quelle qu’en soit la motivation !

  1. “Les Abeilles et la vie”. Photographies de Jean-Claude Teyssier. Ed. Michel Lafon.

 

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Commentaire de Pierre-Alain Tissot le 25 mai 2018 à 11:49

La grande faiblesse des colonies d’abeilles domestiques cache aussi la forte diminution des abeilles sauvages et autre insectes pollinisateurs. Un signe supplémentaire de l’accélération de la sixième extinction de l’Holocène.
L’Homme a beaucoup de peine à comprendre que, par son emprise grandissante sur son environnement, il met en danger le berceau de la vie et son enveloppe fragile, en quelque sorte notre vaisseau spatial, la Terre, (déclaration de l’astronaute Thomas Pesquet dans le 19h30 du 17 mai).
Même si l’on pourrait espérer que l’humanité, la sagesse l’emportant, sera peut-être capable dans un lointain futur, d’essaimer ailleurs dans l’univers, en passant d’abord par Mars ; mais pour cela, il faut maintenir notre terre vivante…

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