ico Société Trump et les intellectuels aveuglés

5 juin 2017 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Qui croit encore que Donald Trump est à la hauteur de sa tâche ? Ou pire, ne le croit plus, mais le soutient quand même ? Il y a d’une part ses électeurs inconditionnels, qui pensent encore, dindons de la farce, qu’il roule pour eux; et d’autre part, chez nous, des intellectuels, fascinés par le côté fruste, inculte et brutal du personnage – un vrai populiste.

Les autocrates populistes ont toujours fasciné les intellectuels, parce qu’ils sont le contraire de ce qu’ils sont eux-mêmes: cultivés, connaissant l’Histoire, aimant le débat et la réflexion, ils ont tendance à relativiser les choses, à transiger, à réfléchir longuement pour bien comprendre les problèmes, et peinent à prendre des décisions. Bref, ils sont compliqués. L’autocrate inculte, tout au contraire, balaye ces réflexions et ces débats qui l’ennuient, et auxquels de toute façon il n’entend rien. Il estime avoir tout compris d’instinct, il aime les situations simples et les solutions à l’arrache.

Mais nos intellectuels aiment aussi, plus secrètement, la force brutale, la virilité, la main de fer qui culbute le marécage parlementaire. Aux pigeons de Picasso, ils préfèrent le soldat à gueule de brute d’Arno Brecker. À Angela Merkel, ils préfèrent Poutine et Erdogan.

On reste ahuri de lire, sous la plume de journalistes tels que Roger Koeppel ou Pascal Décaillet, des dithyrambes énamourés adressés à Trump, sous le seul prétexte qu’il tourne le dos aux usages et se comporte en adolescent grossier dans les cercles internationaux. Cet aveuglement volontaire est véritablement dramatique.

A propos de son rejet de l’Accord de Paris sur le climat – un grand pas vers l’isolement et le déclin des Etats-Unis s’il est suivi d’effets – le deuxième journaliste cité écrit ceci: «Donald Trump voit les choses autrement. Il considère que les nations sont souveraines. Que chacune d’entre elles doit avant tout compter sur elle-même, en puisant dans son génie propre, dans ses racines, ses traditions, la sève de sa mémoire. Et que cette nébuleuse de conciliabules multilatéraux, qui a grillé, depuis 1945, tant de millions de tonnes de kérosène pour que les grands de ce monde se pavanent en se serrant la pince, a fait son temps. Dans la campagne électorale, il avait annoncé qu’il dénoncerait l’Accord de Paris sur le climat. Hier soir, il a tenu sa promesse. Dans la même campagne, il avait dit son intention de revenir à une diplomatie bilatérale, en tournant le dos aux pieuvres mondialisées. Hier soir, il l’a fait. On apprécie ou non l’action de M. Trump, chacun est libre. Mais voilà un Président qui tient ses promesses. C’est assez rare pour être relevé.»

Tout à l’opposé, Emmanuel Macron représente pour la mouvance trumpienne le repoussoir absolu: «Cinq ans de répit pour l’Ancien Monde. A l’issue de ce répit, la Révolution conservatrice se rappellera à notre bon souvenir. Elle ne viendra pas de la tête. Mais surgira des entrailles», nous avertit Décaillet.

Nous voilà prévenus, voire fichés… Encore qu’on ne voit pas d’où viendra cette fameuse révolution conservatrice, et pour cause: qui veut revenir aux années Trente ? Qui veut renvoyer les femmes à la maison ? Qui veut faire taire les… intellectuels ? Qui veut la guerre ?

La question n’est pas vaine: au XXe siècle, la guerre est arrivée parce que personne n’a voulu la voir venir, parce que personne n’a mesuré la portée de la révolution conservatrice que portait Hitler. En quelques mois seulement, en Allemagne, tout a changé, et pour le pire, comme le montre un excellent ouvrage collectif: «Avant l’Apocalypse – Berlin 1919-1933». (Autrement).

Donald Trump tient-il donc ses promesses ? Sur le papier peut-être: mais aucune n’est encore entrée en vigueur, et l’Accord de Paris sera bel et bien appliqué aux Etats-Unis, mais par ceux qui tiennent le couteau par le manche: les Etats et les grandes villes. L’Amérique de demain, celle qui sera peut-être great again, après le formidable abaissement entrepris par Trump, c’est la Californie, c’est New York, loin de ce président de Théâtre Guignol et de ses Trumpettes blondes, de ses mensonges, de ses caprices infantiles et de sa haine du savoir.

Trump restera comme un accident de l’Histoire, mais qui aura eu le temps de ridiculiser son pays, et de raviver la haine anti-américaine déjà bien présente dans le monde, avant peut-être de commettre l’irréparable. Dommage pour l’Amérique, mais pourquoi donc l’a-t-elle élu ?

La plus grande énigme demeure le pourquoi de cette adhésion inconditionnelle de la part de nos intellectuels. Quelle colère, quelles frustrations, quelle haine de soi, les amènent-elles à défendre l’indéfendable, à soutenir contre vents et marées un individu qui foule aux pieds les valeurs fondamentales de nos nations – la liberté, la culture, la démocratie, la solidarité, la science ? Et on ne peut même pas leur reprocher de na pas savoir, de ne pas connaître l’Histoire…

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Commentaire de Marie-France Oberson le 5 juin 2017 à 14:50

Ne vous en déplaise M. Barraud, mais ne croyez-vous pas que Trump “l’imbécile” a marqué des points en allant, le moi de mai dernier ,à Ryad, “inviter” la trentaine de dirigeants de pays musulmans à vaincre “l’extrémisme islamiste” en les “invitant” à créer une “coalition de peuples qui se liguent pour éradiquer le terrorisme”. mettant les leaders musulmans devant leur responsabilité. “Chassez (les terroristes) de vos lieux de culte, de vos terres sacrées, de vos communautés et de vos territoires”.

Aujourd’hui on apprend que
L’Arabie saoudite et ses alliés ont rompu lundi avec le Qatar qu’ils accusent de soutenir le “terrorisme”, provoquant une crise diplomatique majeure au Moyen-Orient quinze jours après un appel de Donald Trump à l’unité des Arabes face à l’extrémisme.

http://www.ladepeche.fr/article/2017/06/05/2587832-arabie-egypte-emirats-bahrein-rompent-qatar.html

Non , Monsieur Barraud, ce n’est pas votre petit Bonarparte français mais bien “l’imbécile et inculte Trump” qui a enfin secoué le monde arabo-musulma et réussi à les mobiliser pour lutter contre le terrorisme! car ce n’est pas les discours lénifiants, les “on n’a pas peur” – voir ce qu’il s’est passé à Turin pour savoir si reéellement nous n’avons pas peur !! -les bougies , et autre “concerts” de jeune s chanteurs et chateuses qui vont permettre d’erradiquer le terrorisme.
Trump n’est peut être pas si sot que l’on veut bien nous faire croire.
Il y a parfois des imbéciles qui ont plus de bon sens que des soi-disant “culturés” imbus d’eux-mêmes et aux Q cousus.

Alors,pour ma part, même s’il faut rester vigilant avec l’Arabie Saoudite, je dis : chapeau à” l’imbécile” Trump à qui on a reproché ses accords commerciaux avec l’AS ( alors que nombre de pays européens dont la France lui livrent des armes pour des milliards d’euros !!) mais qui , certainement en contre-partie a obtenu de ce pays ce que ni les “Européens”, ni le nouveau futur Napoléon n’ont pas obtenu jusuq’ici !

Commentaire de Marie-France Oberson le 5 juin 2017 à 15:02

Je rajouterais que pendant ce temps-là, les Don quichotte “euroépens” se battent contre des moulins à vent.. euh.. pardon: le réchauffement climatique qu’ils prétendent être le plus grand danger du moment !!
Une façon comme une autre de détourner nos regard d’un danger que l’on a créé et dont on ne sait comment erradiquer !!

Commentaire de B. Brunner le 5 juin 2017 à 15:15

Le passage de ce grotesque personnage aura eu un effet positif: Il aura provoqué la prise de parole politique de beaucoup de scientifiques et de monde habituellement tranquille. Protestant dans la rue, on aura jamais vu autant de scientifiques et de monde! Dans les médias non plus.

Il aura aussi donné involontairement un coup de pub au changement climatique et à l’accord de Paris, et poussé au renforcement politique des mesures dans d’autres pays.

Finalement, il vaut mieux qu’il ne soit pas impliqué dans les négociations des COP, qu’il n’aurrait tiré que vers le bas.

Ce qu’il dit, bien que scandaleux, est moins important que ce qu’il fait, ou ne fait pas:

Ce qu’il a déjà fait chez lui pour permettre à nouveau la pollution de l’air et de l’eau avant même de sortir de l’Accord de Paris est proprement scandaleux et ses décisions climatiques impliquent des morts et des malades. il se pourrait ainsi qu’il commette ce qui pourrait être considéré comme crimes contre l’humanité.

Mais je ne crains que le pire reste à venir s’il reste encore longtemps.

Le monde politique doit mettre en place des règles éthiques qui évitent le ras-le-bol de la population: Minimiser les conflits d’intérêts, ne pas s’accrocher aux acquis, respecter la science, le progrès, et l’humanité. Et se rapprocher des gens. C’est la seule manière d’éviter l’élection de populistes anti-système anti-science anti-humanité.

Commentaire de Alexandre Medawar le 5 juin 2017 à 17:11

J’ai un autre son de cloche à vous offrir. Il n’est pas celui d’un intellectuel petit blanc en auto-flagellation…

Je suis personnellement heureux de l’élection de Trump car il me fait rire. Mes amis ne cessent de m’envoyer gags et images détournées du bonhomme. Ils ne le faisaient pas pour Obama. Il est vrai qu’il présentait mieux. Et ça aurait été du racisme…

Je suis personnellement aussi heureux de son élection car elle a fait sortir du bois les mécontents. J’aurai été citoyen américain, j’aurai voté Trump juste pour faire chier le monde (désolé, j’ai appris à lire dans Hara-Kiri au milieu des années 70). Et ça a marché. L’autre moitié des petits blancs, qui pédalent pour faire tourner la machine mondialiste à écraser une bonne partie de l’humanité tout en manifestant contre les nombreuses injustices dans le monde (si possible à partir d’un smartphone en se déplaçant sur un e-bike à Seattle ou à Genève), pleurnichent depuis.
Pour moi, c’est tout bénéf’. La machine « libérale » et impériale d’origine anglo-saxonne, recouverte de sa peau de gentil mouton bien entretenue par leurs associés trotskyste, a largement étendu ses activités et son espace d’opération. L’Europe, qui avait déjà baissé sa culotte à la fin de la seconde guerre mondiale pour bénéficier des investissements US, en a repris une tranche à la fin de la guerre froide en se laissant aller à faire le job d’incorporer les anciennes provinces soviétiques dans le nouvel empire dirigé par les mandarins de Goldman-Sachs et consorts.
Alors, si vous m’annoncez aujourd’hui que le roitelet psychopathe (mais élu) a décidé de faire bande à part et que l’empire américain va perdre de sa fière allure, je ne peux que me réjouir. Idem pour les Anglais. Je me réjouis surtout de voir comment ces braves Européens (et les Suisses avec), vont faire sans l’oncle Sam. Car au fond, pour tout vous dire, je ça fait longtemps que je constate que « vos » nations (lesquelles, d’ailleurs ?) se torchent bien de la liberté des autres, de la culture des autres, de la démocratie des autres, de la solidarité et de la science, quand leurs intérêts propres – ou plutôt ceux des élites politiques, économiques et culturelles – n’y trouvent pas bénéfices.
Pour ce qui est du point précis de la COP21, vous savez bien que les simagrées de ce maigre accord pour l’environnement sont des sparadraps sur des mognons purulents prêts pour l’amputation. Il ne sauveront pas la planète de quoi que ce soit. En tout cas pas d’une démographie en constante augmentation, d’une consommation aussi en augmentation et d’un épuisement des ressources largement irréversible par rapport à notre mode de vie actuel – et largement évangélisé – de petit blanc.

Allons, courage, rentrons joyeusement dans cette nouvelle ère « hybride ». Il faut bonne humeur garder et continuer à espérer que plus d’idiots vont s’entretuer. (…)

Commentaire de Joseph Richoz le 6 juin 2017 à 14:59

Se demander pourquoi l’Amérique a élu Donald Trump est une question sans objet, vu qu’il s’agit du résultat d’une décision démocratique. De toute manière, si une réponse existait, elle risquerait de heurter la sensibilité du camp du Bien : « Mieux vaut choisir ce mégalo fantasque qui risque de faire caca sur la moquette que donner sa voix à Hillary Clinton ! » Voilà qui permet de mesurer assez précisément le degré de confiance qu’inspire la championne des démocrates à ses concitoyens.

Faut-il nourrir autant de craintes à l’endroit du nouveau locataire de la Maison blanche comme le laisse supposer cet article ? Jusqu’à présent les institutions américaines se sont révélées extraordinairement résistantes et résilientes face à la mise en œuvre du programme politique du nouveau président. Exactement de la même manière qu’elles l’ont été sous l’ère Obama. Une sorte d’équilibre qui encadre l’action présidentielle et empêche ce dernier de dépasser les limites de son propre pouvoir.

S’inquiéter de la sortie des USA de l’Accord de Paris et déclarer un peu plus loin que toute manière ce sont les états et les villes américaines qui se chargeront – comme des grands et des grandes – de mettre en œuvre cet accord témoigne du peu de valeur qu’accordent certains aux conséquences de choix démocratiques. Ces réactions typiques de mauvais perdant ne s’observent pas uniquement chez les Khmers Verts, hélas. On verra bien si à l’avenir des éoliennes seront érigées entre les gratte-ciels new-yorkais, si Los Angeles couvrira ses toits de panneaux solaires ou si les américains troqueront leurs gros SUV contre des Smart.

Et du côté de la France ? On attendait Godot. Ce sera Nicolas Hulot. On veut bien espérer que la sympathique bande de ministres et ministresses fraîchement nommés annonce une renaissance française. Mais, on peut aussi être pris d’une sorte de vertige en imaginant que l’âme française puisse se dissoudre dans un fédéralisme à la sauce helvétique ou que ce pays s’engage dans une révolution thatchérienne. Attendons ces fameuses législatives de juin et nous pourrons alors faire nôtre le plus actuel que jamais « Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change».

Commentaire de Margita Doppenberg le 22 juin 2017 à 14:22

Monsieur Medawar,

Entièrement d’accord avec vous concernant la menace la plus grave qui est liée à l’augmentation exponentielle de la population mondiale (majoritairement l’Inde, Asie Sud-Est, Chine, Afrique) qui représente le plus grave danger à venir – évidemment que ses peuples vont souhaiter consommer comme les Occidentaux depuis 50 ans (mais qui ne représentent au totale même pas 1 mia je pense) – c’est tout simplement inconcevable – ceux qui sont déjà sur Terre devront faire des sacrifices – mais on essaie de nous dire que non on y arrivera – le génie humain trouvera des solutions à nourrir et loger tout le monde – mais toutes les solutions même les plus utopiques seront anéanties pas le pure nombre des humains qui vont naitre dans les quelques années à venir! On aura même pas le temps de s’occuper du réchauffement climatique et développer les technologies magiques car on sera anéantie avant par le manque d’eau potable, des terres arable (car il faut construire partout pour loger un nombre exponentiellement croissant d’humains ici et maintenant) et les guerres qui éclateront pour les ressources! Pourquoi ne parle-t-on jamais de ça? Est-ce un tabou? Si quelqu’un est vraiment Vert, ceci devrait être sa principale préoccupation. Et l’ONU aussi devrait mettre en place un plan urgemment pour limiter les naissances. Peut-être ça parait pas très humaniste mais en fait ça pourrait sauver l’humanité et améliorer la vie de ceux qui son déjà là (et nombreux!).

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