ico Société Se marier à l’église, mais sans l’Eglise !

15 novembre 2011 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Il semble qu’un nombre croissant de couples souhaitent se marier lors d’une cérémonie impliquant une forme de spiritualité, mais surtout qu’on ne leur parle pas de Dieu ! Et si les Eglises officielles ne jouent pas le jeu, ils se tournent alors vers des «célébrants laïques», qui vont célébrer le mariage «sans dogmes, ni sermon ni morale». Bref, on veut la forme, mais surtout pas le fond.
Cette attitude est typique d’une époque où tout engagement ne peut être que facultatif, et toute idée d’autorité supérieure attentatoire à la liberté individuelle. On veut une cérémonie solennelle, pour marquer le coup devant la famille et les amis, mais sans référence religieuse; on veut s’engager l’un envers l’autre, mais sans témoin gênant, entendez cette présence invisible que, par définition, on ne maîtrise pas. Les mêmes demandes contradictoires se manifestent d’ailleurs aussi lors de cérémonies funéraires.
On a là un bel exemple de cette soif de rituels que notre société n’a de cesse d’éradiquer, sous prétexte de «libérer» l’individu de toute attache à des traditions, à une religion, à la société. Quoi qu’en pensent les beaux esprits détachés de tout (et donc déjà morts), les humains ont décidément besoin de rites de passage, de moments-clé, de symboles forts, de gestes significatifs – bref, de ces rituels qui leur permettent, étape après étape, de se construire. Au reste, même les institutions, et en premier lieu les Etats, ont besoin de rituels et de mythes fondateurs, fussent-ils fabriqués de toute pièce: l’essentiel est qu’ils suscitent l’adhésion, et ancrent le pays dans l’Histoire.
Les Eglises sont bien embêtées face à ce qui constitue pourtant, en y regardant bien, la négation même de leur existence. En effet, on exige d’elles qu’elles se prêtent à une parodie de mariage, tout en rejetant ce qui constitue leur seule justification: la propagation du message du Christ, et donc la Bible. Explication éclairante du pasteur Christian van den Heuvel, dans un excellent article du Temps du 15 novembre: «Il y a quelques semaines, au cours de la préparation du mariage d’un jeune couple qui ne fréquentait pas l’Eglise, la femme m’a averti que s’il était très important qu’un pasteur les marie, il fallait éviter de lire la Bible, car cela «risque de gêner les invités». N’est-ce pas extraordinaire ? Parler de la Bible dans une église pourrait choquer !
Si elles avaient un peu d’orgueil, les Eglises laisseraient les athées et les indifférents se marier devant des «célébrants laïques» et autres charlatans du mariage tarifé. Lesquels par ailleurs se permettent d’asséner leur propre morale aux mariés: dans 24 Heures du 29 octobre, un «célébrant» explique:
«Si la mariée souhaite arriver au bras de son père on lui demande d’en mesurer la signification. Veut-elle passer de la protection d un mâle à un autre ou aspire-t-elle à autre chose pour son couple?» Dans le genre sermon, on n’en fait pas autant dans les églises…
Mais les Eglises ont tellement peur de perdre leurs derniers «clients» qu’elles acceptent de célébrer des mariages agnostiques – c’est assez fort de café! Le pasteur ou le prêtre devient alors une sorte d’animateur télé en costume rituel (blanc bien sûr, le noir pourrait «choquer les invités»), expurge son discours de toute référence religieuse pour ne pas décoiffer l’assemblée, accepte que son église devienne une sorte de salle des fêtes où on diffuse les niaiseries musicales qui ont ému les jeunes mariés, avant que ceux-ci n’accablent les invités en s’échangeant des promesses d’amour éternel et des citations poisseuses de Khalil Gibran. Et pendant ce temps, on filme et on flashe à tout va, quitte à faire rejouer plusieurs fois l’échange des anneaux… Seigneur, protégez-moi des mariages !
Les gens d’Eglise qui se prêtent à ces comédies grotesques font preuve de lâcheté et d’abandon, et témoignent d’une foi bien fragile dans leur sacerdoce. Ils ne devraient pas transiger si facilement, ni se soumettre aux caprices des «clients» car ceux-ci, fondamentalement, les méprisent en les considérant comme un vulgaire service public, au même titre que les pompiers et le ramassage des ordures.
Ils devraient bien plutôt refuser de franchir certaines limites, notamment celle du message religieux: celui-ci touchera plus sûrement les personnes présentes, dans le secret de leur coeur, qu’une cérémonie-bidon, tellement
cool peut-être, mais qui n’aura, littéralement, aucun sens en tant que rituel. Comme le dit encore le pasteur van den Heuvel, «imaginer que le message biblique n’a plus rien à dire à ceux qui fréquentent peu ou pas du tout les églises est surprenant. Tout est dans la manière de le présenter. Un mariage ou un service funèbre ne se prépare pas deux fois de la même manière, parce qu’il n’y a jamais deux situations identiques. Je pense donc essentiel dans nos actes ecclésiastiques, en particulier les services funèbres, d’évoquer tous les événements qui ont été de l’ordre de l’amour, de la justice, de la générosité, de l’accueil chez la personne décédée… et qui furent à leur façon des signes de cet Amour éternel, dans lequel l’être aimé se trouve maintenant. Nos cérémonies à l’église ou au cimetière sont essentielles pour rappeler cette réalité qui nous dépasse et que depuis l’origine des temps l’être humain ne cesse de rechercher.»
C’est en effet la seule démarche juste: assumer sa tâche jusqu’au bout, et montrer à l’assemblée que, loin de la choquer, ce que le pasteur ou le prêtre a à dire est bénéfique pour tout le monde. Et qui sait si quelques minutes d’introspection, imposées par un prêtre ou par un pasteur qui croit à sa mission et qui sait convaincre, n’éviteraient pas que plus de la moitié des mariages ne finissent en naufrage…

36 votes Voter !




Commentaire de Christos Nüssli le 15 novembre 2011 à 12:04

C’est encore pire que cela: on refuse le message biblique mais par ailleurs, on nous inonde, à journée faite, de considérations moralisatrices gluantes sur la justice sociale, la tolérance, le climat, l’égalité ou le savoir-être, considérations nettement pires que celles de la religion traditionnelle.
Écoutez donc la RSR: c’est le Sermon sur la montagne tous les matins, avec quelques accents paroxystiques le samedi.

Commentaire de Jean-Pierre Blanc le 15 novembre 2011 à 22:34

La RSR : En effet, le Sermon sur la montagne tous les matins et du vomi + allusions perfides contre l’udc jour et nuit (même aux dicodeurs ce matin par exemple).

Commentaire de Sabine Muller le 15 novembre 2011 à 22:35

D’accord de ne pas apprécier l’hypocrisie des « consommateurs » des prestations ecclésiastiques.

Mais de là à se moquer de ceux qui justement ne veulent pas utiliser des rites religieux comme simple décoration pour leur mariage/enterrement il n y a qu’un petit pas. Que vous avez d’ailleurs franchi, en estampillant ceux qui proposent d’autres manières de célébrer l’amour ou la mort de «célébrants laïques et autres charlatans du mariage tarifé».

Commentaire de Heidi Staub le 16 novembre 2011 à 10:23

Il faut savoir ce qu’on veut. Dans ce cas, le mariage civil est suffisant si on ne croit pas en Dieu.

Donc pas besoin de l’église. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Commentaire de Xavier Gruffat le 16 novembre 2011 à 12:37

Très bon article qui concerne seulement la Suisse (1 pour mille de la population du monde, 7 millions versus 7 millards d’habitants), et il est important de le préciser. L’entier du continent américain (800 millions d’habitants à part peut-être le Canada) reste très religieux souvent à hauteur de 95%, dans ce cas Chrétien. Sans compter l’Afrique et surtout le Nigéria, qui va être le pays de tous les enjeux au niveau religieux vu son énorme démographie qui pourrait être le 3ème pays le plus peuplé au monde d’ici quelques années (bataille Chrétien vs Musulmans) et de l’Asie, donc il me semble que l’Europe de déchristianise mais va aussi très mal à tous les niveaux (morale sexuelle de DSK ou Berlusconi est pour moi un signe clair). Est-ce que Dieu lâche l’Europe ? Pourquoi pas. Peut-être une rechristianisation de l’Europe et de la Suisse pourrait être un moyen efficace face à la crise, oui Messieurs Dames et ce ne sont pas les théories scientifiques du plus grand sociologue de tous les temps M. Max Weber qui diraient le contraire (voir sa théorie sur le protestantisme et la richesse). Si important à lire et relire, car vous l’aurez compris je suis fan absolu de Max Weber ainsi que des Proverbes de la Bible, pour moi les deux meilleurs livres de “business” au monde. A la fin presque que cela suffit pour faire des affaires, le reste n’est que remplissage (ex. MBA, cours d’HEC, etc).

Commentaire de Paul Bär le 16 novembre 2011 à 19:58

Le problème de fond, c’est la perte du sens du sacré.
Perte de sens qui affecte également l’Eglise.

Quand je vois, par exemple, lors de la Patrouille des Glaciers, les responsables de la compétition faire leur briefing avec leurs papiers étalés sur l’autel, dans l’aire consacrée de l’église, je mesure avec tristesse l’effondrement civilisationnel de notre époque.

Commentaire de Heidi Staub le 17 novembre 2011 à 7:22

Suis pour la Tradition pour la cérémonie du mariage…

..Et pendant que d’aucuns s’éloignent de l’Eglise, PARTOUT EN EUROPE, on attaque notre démocratie, police, partis politiques etc !

[l'adhésion à l'UE oligarchique est une erreur et fait progresser le CALIFAT = charia en Europe.]

¤ 14/11. Autriche, Ville de Graz. Interview du chef de la police : nous serons progressivement conquis par l’islam si nous nous défendons pas

http://revolteseneurope.over-blog.com/m/article-88882107.html

Voir aussi le site indignations.org

Commentaire de jean claude Monneret le 18 novembre 2011 à 11:12

Comme d’habitude, Philippe Barraud appuye où ça fait très mal.

La peinture de l’état de sécularisation de nos sociétés me semble pertinentissime. L’angle choisi – les rites matrimoniaux – révèle effectivement une sorte de clivage intérieur que l’on retrouve chez tous nos contemporains. On veut bien faire une concession aux traditions mais en les dévitalisant de l’intérieur. Avoir tout et son contraire, et vice versa. Le beurre et l’argent du beurre. L’illimitation de ses désirs (personnalisation – le « je le vaux bien », le « c’est tout moi », plus un farouche isolationnisme moral) et un confusionnisme adolescent où on garde tout, sans se sentir la nécessité de choisir dans quel camp on doit effectivement se situer. Avec pour résultat deux impostures : d’un côté on est autarcique (sauf pour les ukases de la société de consommation avec qui on est sans problème….en phase), mais on ne va pas se passer des rituels pour combler le vide de cérémonies qui autrement seraient encore plus dépourvues de contenu, d’un autre côté, on va aux rituels mais on les éviscère de telle sorte que ce n’est plus qu’un formalisme vide. L’ère du vide aux deux bouts de la chaîne…..

C’est l’effet de l’individualisme, dira-t-on ! C’est bien sûr ! Mais il faut aller au de-là de ce mot rebattu, en aval. C’est l’effet de l’individualisme…. en tant qu’il se présente, en fait, comme un terrorisme idéologique. Le pli caractériel et intellectuel résultant de toute la révolution liée à l’anthropologie marchande est de se démarquer, se singulariser, se personnaliser, se désaffilier se déprendre, désappartenir…etc, bref creuser, approfondir un écart par rapport à toute forme ou système de caractère collectif. Un écart perso que l’on doit construire (c’est un impératif) et où on y voit narcissiquement un grand mérite, mais un mérite illusoire car tous les sujets en sont à produire la même démarche sous le knout d’une pression de conformité générale qui ne dit pas son nom, celle de la honte de ne pas pratiquer un anti – suivisme systématique. Le respect, même par rapport à la plus belle et la plus profonde des traditions intellectuelle ou cultuelle, devenant ainsi une tare, ou plutôt un péché car la chose est vécue sous l’angle de nouvelles sacralités. Mais tout ça équivaut au final aux pratiques des sociétés holistes où l’individu n’est rien. La différence étant que cette conformation à l’anti-conformisme, à la fois subliminale et coercitive, est dispatchée, gérée au niveau des individus eux – mêmes. Et on voit que la stigmatisation du non conforme selon les normes actuelles n’est plus mise en œuvre par les prêtres mais par les medias, les gourous, les hyènes associatives, la publicité. Mais à l’arrivée, on a un panurgisme de masse de même ampleur que dans les sociétés qu’on se plaisait à caricaturer, celle du 19° par exemple.

Mais il en reste cependant quelque chose de nos anciennes traditions. Et c’est là où on revient sur des discussions antérieures comme celle sur Vol spécial. Il y a une imprégnation par le christianisme au plan de la sensibilité. Les problèmes les plus cruciaux comme la crue immigratoire, l’approche que l’on doit avoir vis à vis des « sans papiers », sont abordés selon des schémas culturels rémanents issus de nos traditions religieuses. Et ceci à l’insu de notre plein gré. Le migrant (une couverture lexicale commode pour évacuer la fraude aux lois sur l’immigration et le labelliser comme normal !) est bien devenu, forcément, inévitablement, automatiquement un être de souffrance, donc une victime, donc une figure sacralisée, donc une figure christique, qui vient nous racheter, « tollere peccata mundi ». Sa vie est un chemin de croix où il lui faut slalomer entre des Judas et des Pilates. Avec la cruci-fiction possible de bavures racistes et/ou policières. Mais au bout du compte, la Jérusalem céleste est à l’horizon, ou la Pentecôte. Une mixophilie généralisée nous amènera inéluctablement vers une harmonie de tous les esprits, une communion des saints qui ne dit pas son nom, un bain d’amour universel qui désarmera toute négativité. C’est ainsi qu’au milieu de la crise de la foi dans les institutions ecclésiatiques…., on voit une prolifération de néo curés ou de néo pasteurs qui nous annoncent un millénarisme humanitaire, un universalisme de l’amour en Dieu. Ainsi de la fin de « The Trees » of life de Terrence Malick où tous les personnages vont se retrouver dans un « sous les pavés, la plage » de la réconciliation générale de l’humanité. Ainsi des campagnes de Benetton (et même particulièrement la dernière, celle du pape bisouillant l’imam d’AL-Hazar) où le proximisme racial, le métissage, le « embrassons-nous Folleville » assureront à l’humanité une merveilleuse fusion dans une félicité sans nuages.

Que Philippe Barraud se rassure donc. De cette spiritualité traditionnelle et de ces rites que l’on se refuse désormais à connaître, à méditer, à reprendre et à approfondir, il en reste néanmoins quelque chose…. Rien n’est perdu…….

*
*


* Ces champs sont obligatoires ! Veuillez entrer votre nom complet, les commentaires ayant un pseudonymes ne seront pas pris en considération.


 




Griffures



Nucléaire: manipulations et censure

Les nostalgiques du nucléaire avaient cru voir renaître l’espoir: selon la SonntagsZeitung, Mme Doris Leuthard envisagerait de retarder la fermeture de la centrale de Leibstadt. Or il apparaît que cette information était totalement fausse, une manipulation lancée par on ne sait qui (mais on devine!). Il va devenir de plus en plus difficile de trier le vrai du faux, puisque manifestement les journalistes, dont c’est le métier, ne le font plus.
Ajoutons qu’ils font des choix surprenants parfois: il y a quelques jours, le plus grand chantier jamais entrepris par l’humanité a commencé en Ukraine. Il s’agit d’un chantier colossal à 1,54 milliards d’euros, le nouveau sarcophage de  la centrale de Tchernobyl, appelé “L’Arche de Tchernobyl” – on a les symboles qu’on peut. Or, les médias n’en ont parlé que du bout des lèvres, voire pas du tout. Etonnant,non?  Commentaires.com y reviendra quand même…

Le silence meurt, assassiné

J’aime beaucoup cette phrase de Joseph Conrad dans Victory – un auteur qu’il faut lire et relire absolument si on aime bourlinguer par l’imaginaire dans les ports du Sud-Est asiatique d’il y a cent ans: “L’Orchestre Zangiacomo ne jouait pas de la musique; il assassinait tout simplement le silence, avec une énergie vulgaire et féroce.”
Comme cela reste vrai! Un siècle plus tard, le silence est à l’agonie, et les Zangiacomo sévissent plus que jamais...

 


Appel au dons

Articles récents