ico Société «Réformés»: qui sème le vent…

6 février 2018 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

Le scandale provoqué par la publication d’une grande photo à connotation explicitement homosexuelle par le magazine protestant Réformés n’en finit pas de faire des vagues. Vagues justifiées, puisque une provocation délibérée suscite forcément des réactions vives.

Tout inondés que nous soyons d’images, celles-ci conservent un pouvoir émotionnel intense. L’image publiée par Réformés, présentée comme une oeuvre d’art plutôt que comme une simple photographie (ce qu’elle est objectivement) comme pour en atténuer la portée, n’en n’est pas moins choquante en cela qu’elle tranche avec ce qu’on a l’habitude de voir dans la presse imprimée destinée à un public large. Non seulement on voit deux hommes nus, ce qui a une connotation sexuelle explicite, mais encore s’agit-il d’un Noir et d’un Blanc, ce qui, pour beaucoup de lecteur, ajoute un niveau de provocation. L’image est donc perçue comme une agression violente; or, jouer délibérément sur ces sentiments pour interpeller le lecteur, c’est prendre une lourde responsabilité.

Mais tout cela est manifestement voulu, revendiqué et assumé par la rédaction en chef du magazine, dans le cadre de son dossier sur le thème: «Orientations sexuelles, accueillir la différence». Assumé d’autant plus d’ailleurs que, face à l’avalanche de protestations et de désabonnements, les responsables campent irréductiblement sur leurs positions et renvoient les personnes blessées à leur conservatisme et à leur manque d’ouverture.

On ne va pas polémiquer inutilement, mais simplement faire remarquer que le plus dérangeant dans cette affaire est dans la manière plutôt que dans le fond. La rédaction de Réformés aborde la question des orientations sexuelles minoritaires, rassemblées sous l’acronyme LGBTI – qui ne cesse de s’allonger, tout l’alphabet va-t-il y passer ? – sur un ton militant et surtout, prescripteur: il faut «oser la différence», il faut démonter les clichés bibliques sur la sexualité, il faut «contextualiser» les textes de l’apôtre Paul, il faut changer les clés de lecture des passages problématiques du Lévitique, il faut oublier la notion de contre-nature évoquée parfois pour qualifier les relations homosexuelles – d’ailleurs,dit le magazine, cela existe aussi chez les animaux. Alors, si les zèbres, eux aussi…

Lorsqu’on assène aux gens des «il faut» en rafale, on interdit ispo facto tout débat et même, toute opinion divergente: vous n’avez pas le choix, la vérité est là. Cette manière d’imposer une façon de penser a quelque chose de totalitaire, mais que les auteurs assument puisqu’ils sont convaincus d’être dans le Vrai et le Juste: ce sont les évangéliques et les conservateurs qui ont le tort de s’en tenir à la lettre des textes bibliques – ils sont donc dans l’erreur et l’obscurité, pour ne pas dire des demeurés.

On peut ensuite se demander pourquoi, dans notre société, on fait de questions marginales une affaire de la première importance. La situation des personnes relevant de la catégorie LGBTI est précisément marginale, parce qu’elles représentent une fraction très minoritaire de la société, et des paroissiens dans le cas qui nous occupe. Bien sûr, pour ces personnes, la question est essentielle parce qu’elles peinent à être acceptées telles qu’elles sont. Mais pour le reste de la société, ce n’est pas central et partant, les injonctions que suscite en permanence cette communauté sont souvent perçues comme agressives.

Il n’est pas déplacé qu’un magazine lié à l’église aborde ces questions, puisqu’elles existent. Mais elles ne doivent pas être présentées de manière militante, agressive et désobligeante pour ceux qui ont le mauvais goût de ne pas se couler dans le mainstream idéologique en matière de sexualité. Ne serait-ce qu’en raison du caractère furieusement contre-productif de la démarche !

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Commentaire de Bernard Erlicz le 6 février 2018 à 14:09

J’ai lu dans le journal La Nation quelque chose comme ça:

Avant, on quittait l’Église catholique ou protestante parce qu’on ne croyait pas en Dieu… maintenant, on la quitte parce qu’on y croit.

… phrase pertinente, s’il en est.

Si l’Église se comporte comme les gens du Monde, elle appartient au Monde, et elle n’est plus l’Église, car elle n’est plus du Royaume.

Ils croient s’attirer des fidèles? Les vrais chrétiens vont simplement partir… Qu’ils continuent donc, ça amènera plus de croyants dans les églises évangéliques.

Commentaire de Gabrielle Mudry le 6 février 2018 à 14:52

Si le Journal “Réformés” nous invite à “accepter la différence”, ils se doivent, maintenant, de consacrer 8 pages + l’édito+ le titre de couverture (comme ils l’ont fait dans leur No 13…)aux opposants pour prouver leur désir d'”inclusion” de ceux qui ne pensent pas comme eux!

Un peu d’objectivité serait la moindre des choses!

Commentaire de Danièle Gutowski-Zumofen le 6 février 2018 à 16:51

Il faut, il faudrait, il aurait fallu!

Commentaire de Philippe Rochat le 6 février 2018 à 17:37

Le loup est entré dans le bergerie il y a quelques années déjà. Ceux et celles qui ont permis cette intrusion n’auront pas le discernement pour éjecter le loup. D’une voix mi-sévère mi-tolérante, ils vont lui dire: couché ! D’ici quelques semaines, quelques mois tout au plus, dans l’ombre, le loup préparera sa prochaine attaque. Et les autorités prendront un air surpris…

Commentaire de Pierre Santschi le 6 février 2018 à 17:46

Cessons d’appeler l'”Eglise” l’appareil hiérarchique (!) de l’église: l’église est, étymologiquement et réellement, l’assemblée des fidèles et non de ceux (parmi les fidèles) qui sont censés veiller à la transmission de l’essence du message dans le respect de la divinité, davantage que dans le respect d’images ou de textes humains, même inspirés, qui parlent de cette divinité.
Pour ce qui est de la photo en question, j’imagine que Dieu est au dessus de ce type de provocation inutile, voire nuisible, et en tout cas peu respectueux d’une partie des fidèles.
Cela renvoie également au proverbe chinois (légèrement adapté): “Le sage montre la lune, le limité ne regarde que le doigt”.

Commentaire de JA Haury le 6 février 2018 à 21:37

Philippe Barraud aurait encore pu ajouter à ses citations cette phrase figurant dans l’éditorial de Marie Destraz : “Pendant ce temps, le mariage pour tous et la facilitation des procédures pour changer de sexe font leur chemin au niveau fédéral : de quoi se réjouir !”
La Vérité est là…

Commentaire de Pierre-Alain Tissot le 6 février 2018 à 22:48

Dans l’éditorial de Réformés, pour justifier l’insistance à étaler le « cas LGBTI » :
« … diffuser une information ouverte sur le monde, soucieuse des particularités éthiques et sociales de notre temps… » :
– donc suivre le courant mondialiste, multiculturel, féministe qui nous emporte ?
– soutenir l’esprit du temps, soit la gauche soixante-huitarde, œuvrant à poursuivre l’infiltration communiste visant à détruire notre civilisation judéo-chrétienne ?
Cette idéologie et ces dérapages, tels que la photo provocatrice de l’artiste suédoise, sont indignes d’un journal représentant nos Églises réformées.
Pourtant l’Église a pour vocation d’être le sel de la terre et d’en garder sa saveur (Mt 5 : 13), sinon, elle n’est plus bonne qu’à être foulée aux pieds et n’est plus qu’une simple succursale de la gauche libertaire.
Et maintenant, les protestants conservateurs, dans quelle église pourraient-ils se réfugier ? Chez les évangéliques ? Les catholiques traditionnalistes ? Ou alors chez les orthodoxes ?

Commentaire de Jérôme Lorenz le 7 février 2018 à 20:55

A quand une plainte pénale contre la Bible et les pasteurs qui s’y réfèrent pour discrimination liée à l’orientation sexuelle?
En juin 2015,la Gay Pride avait attiré 15000 adeptes de la cause gay dans les rues de Sion.
Lors du culte de ce dimanche-là, le pasteur protestant avait fait sa prédication comme si cet événement n’avait pas lieu.
J’avais trouvé décevant qu’il ne prenne pas position.
Mais en même temps, s’il avait eu le courage de se référer à Dieu qui a en abomination homosexualité, il aurait sûrement eu droit à des attaques de toute part.
Et oui, l’esprit du monde s’impose de plus en plus dans nos églises officielles.

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