ico Société Radio: l’exigence, ou les vacances…

19 août 2017 | Catégorie: société

PHILIPPE BARRAUD

L’été venu, l’amateur de radio tend une oreille inquiète vers son poste, dans l’espoir évidemment vain d’y entendre quelque chose d’intéressant et d’original. Hélas ! En dehors des informations, on dirait qu’à la RTS tout le monde est en vacances, et que les auditeurs qui restent n’ont qu’à se contenter de «nouvelles diffusions», cet accablant oreiller de paresse dont notre radio use et abuse.

L’auditeur est en droit de se sentir floué: sa redevance, il la paie plein pot, il n’y a pas de nouvelle diffusion ni de suspension de la redevance pour cause d’émissions d’occase. Ainsi, les abonnés de 24 Heures ou du Temps apprécieraient moyennement qu’on leur balance des articles déjà parus, sous prétexte que les journalistes sont en vacances, comme à la radio, qui elle, se permet d’envoyer sans complexes de vieilles émissions – et pas que les meilleures. Mais c’est sans doute un robot qui gère les programmes.

Les programmes d’été offrent pourtant l’opportunité de confier à des têtes intelligentes des émissions sortant du cadre traditionnel, et manifestant un certain respect pour l’auditeur. Les chefs de programme ont le tort de croire qu’il n’aspire qu’à du divertissement facile, à de l’infotainment, ou à de la radio de compagnie pour ménagers et ménagères à la maison (les débuts d’après-midi sur Espace 2 par exemple, désolant robinet à müesli musical).

France-Inter apporte la preuve qu’on peut faire beaucoup mieux lorsqu’on considère les auditeurs comme des adultes et des gens cultivés. Deux exemples lumineux: le samedi à 19h.15, l’écrivain Sylvain Tesson, plume originale et brillante (il faut lire Les chemins noirs), évoque Homère, et emporte les auditeurs dans une plongée éblouissante dans L’Iliade et L’Odyssée, en montrant les liens évidents entre l’époque du poète grec et la nôtre – rien n’a changé, la guerre est toujours l’état naturel de l’humanité. Comme quoi, en 2017, on peut parler de l’Antiquité au grand public, et le passionner, grâces en soient rendues à des responsables des programmes intelligents – et bien sûr à un écrivain de grand talent.

La même chaîne offre à ses auditeurs un autre bijou: une série d’émissions d’Eric Orsenna sur La Fontaine, basée sur son nouveau livre: La Fontaine, une école buissonnière. Le propos est d’une qualité étincelante, l’érudition parfaite et accessible, et nous fait découvrir l’itinéraire du fabuliste dans une époque où les écrivains vivaient dangereusement. Les textes d’Orsenna sont délicieux, ils ont l’élégance et la fraîcheur d’un Fragonard.

Ces deux exemples pour montrer que lorsqu’il respecte ses auditeurs et ose l’exigence intellectuelle, le service public peut faire des merveilles, et servir la culture. Les uns osent, les autres partent en vacances, c’est ainsi…

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Commentaire de Rosette Quintin le 19 août 2017 à 22:00

Mais, Monsieur Barraud, il y a eu une émission qui les a occupé tous les matins de juillet, sur la frontière de rösti, avec même un marcheur qui l’a suivie du nord au sud. C’était pas mal, non??

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