FABIENNE DESPOT
Belle revanche pour l’écrivain conspué parce qu’il n’avait pas le bon
rang, parce qu’il n’était de la bonne classe sociale, parce qu’il
n’avait pas fait allégeance aux bons pouvoirs. On imagine le pauvre hère
rejeté par les notables, les bourgeois de Brel et leur ordre établi. Les
temps changent et les pouvoirs dans les milieux culturels aussi. La
mauvaise couleur, chez ces gens-là, n’est pas le rouge. Et la
bourgeoisie qui y décide a viré bobo depuis longtemps.
Oskar Freysinger, puisque c’est de lui qu’on parle, a répondu aux
exigences du concours de poésie Maria Rilke en envoyant un poème sous pseudonyme. Le jury n’a pu ainsi évaluer les œuvres qu’à leurs vraies valeurs et non aux avantages ou défauts des concurrents. Et voilà
qu’Oskar reçoit un premier prix pour un poème frais, sensible,
évocateur, sorti de l’imagination d’un jeune homme de 25 ans, selon les
membres du jury, « malgré sa structure classique » (notons que la
versification régulière apparaît comme une tare, seul compte le talent
de l’artiste, et l’effort de l’artisan qui précède l’artiste est
définitivement enterré).
Grincements de dents en terre valaisanne, comme on peut l’imaginer :
comment un conseiller national venu d’un parti aussi grossier, inculte
et éloigné de tout sens culturel pourrait-il gagner un prix de poésie ?
Ou même écrire une poésie ? Aurait-il pris un « nègre », ce qui serait
un comble pour un UDC ?
Le milieu « artiste » n’a pas apprécié ; pour le moins la compagnie
Opale, commanditée pour lire les poèmes primés à la cérémonie de remise des prix. La compagnie qui certainement chante l’ouverture sur tous les tons se l’est jouée vierge effarouchée. Lire le poème de type-là ? Vous n’y pensez pas !
Nous public fûmes ainsi étonnés, en cette cérémonie du 21 août 2009 dans le magnifique château de Mercier à Sierre, de constater la lectureprofessionnelle et appliquée de tous les poèmes primés, hormis celui de M. Freysinger ; lequel fut lu de manière sympathique, certes, maishésitante et monocorde. L’explication vint plus tard : la compagnie Opale ayant refusé de lire du Freysinger, ce fut la fille de la secrétaire de la fondation Rilke qui dut lire le poème au pied levé.
La bourgeoisie bien-pensante a changé de couleur, elle ne s’habille plus
en costume trois pièces, chapeau haut-de-forme et monocle, elle se veut « cool » et « relax ». Mais ses réflexes d’auto-défense face à ceux quipourraient contester sa suprématie culturelle ou qui aiment l’art pour ui-même et non pour l’utilisation que l’on peut en faire sont restés
inchangés.
La France est une démocratie formidable! Dans laquelle un candidat peut utiliser les privilèges de la présidence pour monopoliser les médias, au mépris de ses concurrents. Six chaînes de télé, convoquées pour faire valoir le président, c’est tout simplement inouï, inimaginable ailleurs. Vous imaginez Mme Merkel organisant un show pareil? Ce serait un lynchage médiatique immédiat. En France, non, c’est normal, tout le monde est aux ordres. Tenez, les journaux horaires de France-Inter commencent invariablement par ces mots, obsédants: “Nicolas Sarkozy…”
On se croirait en Corée du Nord ou, pour rester dans l’actualité, au Sénégal. Ce n’est pas un compliment.
Merci d’avoir relevé cela! Très drôle en effet, de montrer comment le conformisme a changé de camp.
La compagnie Opale s’est couverte de ridicule. Sans comparer des individus incomparables, le rejet de “pointures” comme Dürrenmatt ou Frisch en des circonstances analogues était monnaie courante.
Il faudrait généraliser l’anonymat pour les concours artistiques ou architecturaux, comme proposé pour les réponses aux offres d’emploi pour limiter les refus racistes.
Il est vrai que les réflexes de coterie et de trouille d’en être éjecté pour simple neutralité avec “l’ennemi” sont universels.
WINKELRIED – MERZ
Que n’a-t’on pas entendu à propos de notre Président s’en allant seul, à Tripoli, pour s’excuser de sa part et de celle de la Suisse – suite à l’affaire que l’on sait – et contribuer de ce fait à la libération effective de nos otages.
Sa main tendue est-elle de la même nature que celles de Daladier et de Chamberlain, offertes à Hitler, lors des accords de Munich, entérinant de fait le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, par la négociation d’une paix honteuse. Nous savons combien Daladier fut circonspect face à la main du Führer germanique ? Nous pouvons imaginer en son âme un conflit de conscience éprouvant, tragique. Comme peut-être l’a connu à son tour Hans-Rudolf Merz. A son sujet, on a crié à la capitulation. La Suisse mise à genou devant le dictateur berbère. Certes… Mais la Suisse s’est montrée honteuse bien avant la décision de notre Président. Toutes les gesticulations de notre Ministre des affaires étrangères, sa rencontre improbable de Davos, avec un autre fils de Kadhafi, sans succès aucun. Ses sourires imperturbables et sidérants. La déclaration des deux millimètres restant, distance « magique » en vue de la résolution de cette crise. Comme si elle était affaire de mathématique. En parlant de honte, comment exprimer celle ressentie lors de sa rencontre avec le président iranien, toutes voiles dehors, dans un pays qui pratique la lapidation des femmes : assassinat effroyable.
On pourra ajouter que notre Président a rencontré de même Mahmoud Ahmadinejad. Lui a serré la main, à Genève alors qu’il ne s’est trouvé aucune main confédérale pour serrer celle du dalaï-lama à Lausanne. Autrement significatif est l’absence de poignée de main présidentielle avec Angela Merkel, Barack Obama ou Nicolas Sarkosy. N’oublions tout de même pas qui sont nos amis, même s’ils nous ont malmenés ces derniers temps. Car enfin, ils n’exigèrent pas la capitulation de la Suisse mais de solides négociations dans un cadre politique et juridique bien plus acceptable.
Pour en revenir à notre Président, son action s’apparente davantage à celle de Winkelried, lors de la bataille de Sempach. Il y a la version officielle avec le « Prenez soin de ma femme et de mes enfants » et celle plutôt ironique du « Quel est le/la …
qui m’a poussé ? ». Reste à savoir qui l’a poussé ? Probablement quelqu’un/e qui voulait garder les mains propres.
Blaise Augsburger, Chamoson
Capitulation culturelle à la TSR
Avant toutes choses, j’aimerais souligner que mon propos ne vise pas à la déclaration d’une guerre linguistique frontale entre Suisse Romande et Suisse Alémanique, lesquelles, en raison de leurs offres culturelles diversifiées ne sauraient se concevoir comme deux fronts clairement définis. Par contre, s’il est un principe essentiel pour la cohésion de notre pays, c’est celui de la territorialité des langues. Autrement dit on parle le français en Suisse Romande, l’allemand en Suisse Alémanique et l’Italien en Suisse Italienne.
Dans les cantons bilingues, ce principe garantit à l’aire culturelle minoritaire, le droit à l’expression de sa langue propre. Défendre ce principe n’est nullement une offense des « petits » aux « grands ». Bien au contraire, c’est le combat nécessaire pour préserver un pays multiculturel par sa savante mosaïque de « minorités ». Les Tessinois ou les Romanches ne nous désapprouveront pas.
Dès lors, on peut se demander à juste titre s’il est normal que la TSR bafoue ce principe. Comment ? Ce samedi soir 29 août, la TSR a diffusé un concours de *Schlager” se déroulant à Munich. Bien évidemment, aucun des groupes et chanteurs en présence, n’ont chanté dans la langue de Gilles.
Mon désintérêt à l’encontre de cette musique – qui fleure bon le géranium, le schublig et le nain de jardin – n’est pas la source de mon indignation. D’autant plus que j’aime d’autres musiques allemandes comme celle de Bach, Haydn, Mozart et Beethoven, Non, je suis profondément indigné parce qu’une télévision de service public, de langue et de culture française, consacre nombres de ses soirées à de telles émissions. Faut-il y voir un gage d’une soumission « aplaventresque » de la minorité romande face à la majorité allemande ? Ou plus prosaïquement, la conséquence d’un manque patent d’argent pour proposer des émissions culturelles et populaires « maison ». Quoi qu’il en soit, la démarche de la TSR est affligeante et honteuse. Ce d’autant plus que SF1 diffusait exactement la même émission aux mêmes horaires. Ainsi les amateurs de cette musique populaire et “so romantisch” pouvaient trouver avec bonheur, sur leur “zapette”, le chemin de Munich via Zürich.
Et si maintenant la TSR manque de sous, elle peut fort bien vendre les « Coups de coeur d’Alain Morisod » à la SRG ou même aux chaînes allemandes ou autrichiennes. Nous constaterons alors si nous bénéficions d’une même considération culturelle…
Blaise Augsburger, Chamoson